La beauté est aussi un merveilleux guide vers la Source, comme le rappelle ici Douglas Harding :

 

"En 1964, je conduisais ce que, faute de mieux, j’appelle « un atelier sans tête », dans le cadre d’une Ecole Bouddhiste d’Eté, près de Londres. Parmi ceux qui « perdirent leur tête » en cette occasion, se trouvait un monsieur qui se présenta comme Lieutenant Colonel Roger Gunter Jones. Le lendemain, alors que nous nous promenions ensemble dans le jardin, il fut transporté par l’éclat de certaines roses, se demandant de quel pays elles avaient été importées. Mais devant d’autres sortes de fleurs, un peu plus loin, il découvrit qu’elles aussi étaient d’une beauté saisissante. C’était comme si toutes les couleurs du monde de Roger s’étaient soudain mises à chanter. Et l’histoire ne s’arrête pas là. Au bas de la route, il y avait une décharge mal dissimulée et malodorante. Une semaine plus tard, je découvris Roger en contemplation devant un tas de vieilles boîtes de conserves, de débris de meubles et de vaisselle, de vieux journaux crasseux et froissés, en extase devant la perfection absolue de cet ensemble de formes et de couleurs. Nullement le genre de sentiment ou d’attitude que vous vous attendriez à trouver chez un officier de l’armée et attaché d’ambassade en retraite !

La vérité, c’est que lorsqu’en grandissant, nous commettons l’erreur monstrueuse mais inévitable d’amener cette tête-dans-notre-miroir sur nos épaules ici, au lieu de la laisser là-bas où elle est très bien sur ces autres épaules, elle obscurcit, déforme et ternit tout ce que nous voyons. Et le seul moyen de retrouver le monde brillant et resplendissant que nous avons perdu en grandissant, c’est de retourner notre attention vers ce qui reçoit le monde, et de voir qu’ici il n’y a pas l’ombre d’un grain de poussière – encore moins une tête – entre le monde et moi. Je vous accorde, bien sûr, qu’il y a une grande différence entre cette capacité renouvelée de savourer le monde et le don de le célébrer par de grandes œuvres de peinture, de littérature ou de musique. Mais cette capacité est vraiment merveilleuse et – oui ! – profondément créatrice : ne vous méprenez pas, elle n’a rien de passif. Et finalement elle est nécessaire si vous voulez élire domicile dans le Palais même de la Beauté."

Douglas Harding