Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

21 septembre 2017

vous devez retourner le regard

Voici un témoignage de mon ami David Dubois sur le maitre tibétain du bön Tenzin Namdak:

 

Tenzin_Namdak_600_350

"Puisque je parle de Vision et de Douglas Harding, cela me fait penser à Tenzin Namdak.

Avec feu Tulkou Orgyen, il est l'un des rares adeptes du Dzogchen qui pointait directement et simplement notre Vrai Visage, simple, nu, silencieux, doux et toujours accueillant.

Je me souviens de ma première rencontre avec lui, sur le toit de son monastère de Kathmandou. Nous parlâmes de la pluie et du beau temps. Puis il pointa l'essentiel à sa manière, sans emphase :

"Laisse ton esprit détendu... puis retourne l'attention vers toi-même... Il y a une clarté vide, au-delà des concepts, n'est-ce pas ? C'est l'état naturel".

Souvent, il dit juste "l'état" ou "la nature". J'ai eu la chance de l'entendre bien des fois répéter me message simple et essentiel, fondement de toute vie intérieure.
Parmi tous les adeptes du dzogchen, il est sans doute celui qui pointe cela de la manière la plus directe.
Pourquoi ? Parce que c'est simple. Vraiment.
Chercher autre chose, c'est reporter l'inévitable.

David Dubois"

J'avais déjà posté un texte de Lopön Tenzin Namdak sur ce blog dans lequel il nous dit en effet l'essentiel

 

1-Inversez la flèche de l'attention

2-Voir la nature de l'esprit

3-Stabiliser la vision en se familiarisant avec elle

4-Accueillir tout ce qui se présente à partir de la nature claire de l'esprit et le laisser s'autolibérer.

 

jlr

 

 

 

"Afin de reconnaître clairement l'état naturel, vous devez retourner le regard sur vos pensées. Lorsque vous pratiquez ainsi, vous réalisez qu'à la fois celui qui regarde et l'objet qui est regardé disparaissent simultanément.

Si vous observez attentivement ce qui se passe à cet instant, vous verrez qu'en vérité, vous ne pouvez absolument rien trouver. Il n'y a rien là. Cependant, vous ne tombez pas dans un état d'insconscience. Au contraire, si vous regardez très attentivement, vous allez voir que cet état est plutôt clair et lumineux. Il est impossible de le décrire car il transcende toute description et parce que le langage est fondamentalement conditionné.

Cet état est au-delà des définitions et au-delà de la saisie mentale. Calme, il est parfaitement conscient de lui-même car lorsque vous demeurez dans un tel état, vous réalisez que vous êtes dans votre mode originel ou votre état primordial lui-même. Vous devez vérifier cela très souvent et vous familiariser avec cela aussi fréquemment que possible.

Lorsque vous vous serez familiarisé avec cet état et que vous l'aurez cultivé encore et encore, sans aucun artifice, votre expérience de cet état va devenir de plus en plus stable.

Lorsqu'elle commencera se stabiliser, vous remarquerez que les pensées impures ne surviennent pas comme elles le font d'habitude et vous verrez qu'elle se purifient naturellement d'elles-mêmes. Ces pensées impures deviendront de plus en plus rares, jusqu'à ce qu'elles soient complètement pacifiées dans l'état naturel.

Il est extrêmement important de parvenir à un tel état afin de cultiver l'expérience de l'état naturel de manière continue.” 

Lopön Tenzin Namdak

 

 

Déjà publié en dec 2014, Vu sur le site de Patrice,  KHORDONG

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20 septembre 2017

Hâte-toi d'y accéder

Tripura-Rahasya

"Prince! Discerne donc cette essence qui est la tienne! Cette conscience universelle au sein de laquelle le monde se révèle; si tu réussis à y pénétrer, tu deviendras le créateur de toutes choses. Je vais te dire comment on y parvient, comment on accède à ce domaine.

Pour cela, tu dois viser avec acuité l'instant intermédiaire entre le sommeil et l'état de veille, ou bien le passage d'une idée à une autre, ou encore l'instant où la conscience de soi est sur le point de fusionner avec l'objet. Ce plan est celui de ta propre essence. Une fois que tu l'auras atteint, tu ne connaitras plus d'égarement. L'univers, tel que nous le voyons, ne procède que de l'ignorance de cette réalité. Là, il n'y a ni couleur, ni saveur, ni odeur, ni forme tangible, ni son ; il n'y a ni douleur, ni plaisir, ni objet connu, ni sujet connaissant. Support de toutes choses, essence de toutes choses, cela est en même temps exempt de toute détermination. Cela est le suprême Seigneur, cela est Brahma, Vishnou, Roudra et Sadashiva.

Sois sincère dans ton effort pour bloquer l'activité mentale, délaisse l'extraversion au profit de l'introversion et bientôt tu te verras toi-même par toi-même. Renonce, comme si tu étais aveugle, à l'idée même du "je vois". L'esprit immobile, abandonne le dilemme "voir ou ne pas voir" et la forme que prendra alors ton expérience ne sera autre que toi-même. Hâte-toi d'y accéder!"

Tripurarahasya, Trad. du sanskrit Michel Hulin.

 

Si je retourne mon attention de 180°, si je regarde celui qui observe en ce moment, je ne trouve pas de sujet, pas d'observateur.

Aucune forme, aucune couleur.

Vacuité.

Il n'y a pas de "je vois" mais il y a vision,

il y a être,

il y a conscience, une et universelle.

Retourner son regard, et se saisir soi-même par soi-même sans soi-même.

Au-delà de la dualité du sujet et de l'objet.

Rien de plus urgent que d'y accéder.

Rien de plus simple.

jlr

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comme si elle était dans la nature et dans le vide

"Jacques Bertot (1620-1681) fut confesseur du couvent des bénédictines de Caen fondé par la sœur de Monsieur de Bernières, puis confesseur du couvent de Montmartre à Paris. Son rayonnement déborda sur un cercle laïc, animé par la suite par Madame Guyon.

Les écrits de « Monsieur Bertot » furent publiés anonymement à des dates très espacées et furent associés au quiétisme, deux raisons qui expliquent que ces écrits, comparables aux plus grands textes de direction, soient restés méconnus. Ils furent rédigés sans concession par ce Directeur Mystique (tel est le titre de la partie principale du corpus, publiée en 1726). Ils sont remarquables par la précision apportée aux descriptions du vécu spirituel à tous niveaux et par de profonds exposés des degrés d’oraison". D. Tronc

bertot


"Et dans cet état d'anéantissement de la vie intérieure il ne paraît plus à l’âme ni haut ni bas, ne se trouvant aucune distinction ni différence entre le fond et les puissances, tout étant réduit dans l’unité, simplicité et uniformité, et comme une chose sans distinction ni différence aucune. D’où vient que quelques uns appellent aussi cet état, état d’unité et de simplicité.

Mais dans la dernière consommation de cet état, il ne paraît plus dans l’âme ni unité ni simplicité, tout cela étant comme perdu et anéanti. Et bien plus, elle n’a plus de chez soi, c’est-à-dire elle n’a plus d’intérieur, n’étant plus retirée, ramassée, recueillie et concentrée au-dedans d’elle-même; mais elle est et se trouve au-dehors dans la grande nudité et pauvreté d’esprit dont je viens de parler, comme si elle était dans la nature et dans le vide. D’où vient qu’elle ne sait si elle est en Dieu ou en sa nature.

Elle n’est pourtant pas dans la nature ni dans le vide réel, mais elle est en Dieu qui la remplit tout de Lui-même, mais d’une manière très nue et très simple, et si simple que Sa présence ne lui est ni sensible ni perceptible, ne paraissant rien dans tout son intérieur qu’une capacité très vaste et très étendue".

Jacques Bertot, Directeur Mystique, Editions du Carmel, 2005.

 

 

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19 septembre 2017

Regardez celui qui regarde

 

 
"Lorsque vous pratiquez, quelle que soit la manière dont vous le faites, de nombreuses sortes de pensées et d'expériences différentes vont survenir.
Alors, vous devez les examiner imperturbablement ainsi : d'où sont-elles venues, où demeurent-elles, où s'en vont elles et quelle est leur forme et leur couleur?
Et regardez aussi la conscience elle-même.
Si vous ne voyez rien du tout, alors examinez attentivement ce qui est regardé
et qui est celui qui regarde.
Si vous ne voyez rien qui ait une substance propre, alors examinez attentivement les nombreuses différentes pensées.
Demeurez spontanément sans saisie dans l'état sans limite semblable au ciel, sans objet et ainsi totalement et clairement persuadé que l'esprit est sans aucune racine".


Nuden Dorje Drophan Lingpa
Simply Being/ La Simplicité de la Grande Perfection

 

patrice

"When practicing, however you do it, many different kinds of thoughts and experiences will occur. Then you must unwaveringly examine how they are in terms of wher did they come from, where do they stay, where do they go and what shape and colour they have.
Also look at awareness itself. If you don't see anything at all, then examine carefully what is looked at and who is the looker. If you don't see anything without self substance then really examine the many different thoughts very carefully. Remain spontaneously without grasping in the sky-like state without limits, free of objects and thus be totally clear that mind is without any root."
Merci à Patrice.

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18 septembre 2017

La nature de l'esprit

Voici un texte de Matthieu Ricard sur la nature de l'esprit qui est dite ici être "conscience pure "...

jlr

 

vague

"La nature de l'esprit

Lorsque l'esprit s'examine lui-même, que peut-il apprendre sur sa propre nature? La première chose qui se remarque, ce sont les courants de pensées qui ne cessent de surgir presque à notre insu. Que nous le voulions ou non, d'innombrables pensées traversent notre esprit, entretenues par nos sensations, nos sou­venirs et notre imagination. Mais n'y a-t-il pas aussi une qualité de l'esprit toujours présente, quel que soit le contenu des pensées ? Cette qualité, c’est la conscience première qui sous-tend toute pensée et demeure tandis que, pendant quelques instants, l'esprit reste tranquille, comme immobile, tout en conservant sa faculté de connaître. Cette faculté, cette simple « présence éveillée », on pourrait l'appeler « conscience pure » car elle peut exister en l'absence de constructions mentales.

Continuons à laisser l'esprit s'observer lui-même. Cette « conscience pure », ainsi que les pensées qui surgissent en elle, on en fait indiscutablement l'expé­rience. Elle existe donc. Mais, hormis cela, que peut-on en dire? Si l'on examine les pensées, est-il possible de leur attribuer une caractéristique quel­conque? Ont-elles une localisation? Non. Une cou­leur? Une forme? Non plus. On n'y trouve que cette qualité, « connaître », mais aucune autre caractéris­tique intrinsèque et réelle. C'est dans ce sens que le bouddhisme dit que l'esprit est «vide d'existence propre». Cette notion de vacuité des pensées est certes très étrangère à la psychologie occidentale. À quoi sert-elle? Tout d'abord, lorsqu'une puissante émotion ou pensée surgit, la colère par exemple, que se passe-t-il d'ordinaire? Nous sommes très facile­ment submergé par cette pensée qui s'amplifie et se multiplie en de nombreuses autres pensées qui nous perturbent, nous aveuglent et nous incitent à pronon­cer des paroles et à commettre des actes, parfois vio­lents, qui font souffrir les autres et seront bientôt pour nous une source de regret. Au lieu de laisser se déclencher ce cataclysme, on peut examiner cette pen­sée de colère pour s'apercevoir que dès le départ ce n'est « que du vent ».

Il y a un autre avantage à mieux appréhender la nature fondamentale de l'esprit. Si l'on comprend que les pensées surgissent de la conscience pure, puis s'y résorbent, comme les vagues émergent de l'océan et s'y dissolvent à nouveau, on a fait un grand pas vers la paix intérieure. Dorénavant, les pensées auront perdu une bonne part de leur pouvoir de nous troubler. Pour se familiariser avec cette méthode, lorsqu'une pensée surgit, essayons d'observer sa source ; quand elle disparaît, demandons-nous où elle s'est évanouie. Durant le bref laps de temps où notre esprit n'est pas encombré de pensées discursives, contemplons sa nature. Dans cet intervalle, où les pensées passées ont cessé et les pen­sées futures ne se sont pas encore manifestées, ne per­çoit-on pas une conscience pure et lumineuse qui n'est pas modifiée par nos fabrications conceptuelles ? Pro­cédant ainsi, par l'expérience directe, nous appren­drons peu à peu à mieux comprendre ce que le bouddhisme entend par « nature de l'esprit »."

Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur

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17 septembre 2017

Vivre les difficultés

 

phare

Les circonstances de la vie ne sont pas toujours faciles, parfois elles peuvent être extrêmement difficiles : problèmes d'argent, chomage, maladies, deuil,...

Et parmi les lecteurs de ce blog, je sais qu'il y a certaines personnes qui vivent ces souffrances et qui ont l'impression d'avoir la tête sous l'eau, d'être submergées par mille obstacles qui se dressent.

Et je suis de tout coeur avec elles maintenant.

D'ailleurs tous, à un moment ou à un autre, nous rencontrerons des difficultés.Tous.

Je ne prétends pas avoir une solution magique qui pourrait faire disparaitre ces problèmes.

Mais peut-être pouvons-nous essayer maintenant, ensemble, de voir qu'une partie de nous, et même notre être le plus profond n'est pas entièrement englouti par le flot de nos problèmes.

Si nous regardons au-dessus de nos épaules,

si nous inversons la flèche de notre attention vers ce qui regarde en nous

nous découvrons un grand espace clair et ouvert

Vide et transparent

Et nous voyons alors que le monde et aussi nos pensées, nos émotions, et nos souffrances

apparaissent dans cette Ouverture sans limite.

Nous n'avons pas la tête englouti dans le monde,

non,

c'est le monde qui est englouti dans l'Ouvert.

Notre essence la plus intime, la plus secrète dépasse le monde de tous les côtés.

Il ne s'agit pas de l'imaginer ou de le penser.

Mais de le constater.

 

Pour moi, chaque fois que je vois cela, même pour un instant,

je me sens libre et immense.

Le monde nait, vit et disparait en nous.

Nous ne sommes pas noyés dans le flot de l'existence (le samsara)

Mais ce n'est pas un exercice pour fuir les difficultés, pour refuser ce qui arrive

c'est un exercice pour accueillir le monde plus encore à partir de cet espace clair

à partir de la conscience immuable.

Nous sommes l'océan entier.

Aucune vague ne peut nous noyer.

jlr

 

 

 

 

 

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Barbie Kali

Je veux la même !

 

barbie-kali

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Enregistrements audios de Douglas Harding en Podcast

On peut maintenant écouter des enregistrements audios d'ateliers de Douglas Harding en Podcast.

 

 

 

 D'autres enregistrements podcast sur headless.org

audiosdouglas

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16 septembre 2017

Le crépuscule des mystiques

J'ai lu ce livre hier.

 

crepuscule

Il s'agit d'un compte rendu très précis de la campagne antimystique lancée par Bossuet, Mme. de Maintenon et d'autres contre la mystique de Mme. Guyon et de Fenelon. Cette querelle dite du pur amour a lieu entre 1697 et 1699. Les thèses de Fénelon seront condamnées et Madame Guyon sera finalement saisie de corps et enfermée par lettre de cachet à Vincennes d'où elle sortira en 1703.

Au coeur de ce débat : peut-on faire l'expérience de Dieu dans l'oraison silencieuse ?

Cette triste affaire sonnera le crépuscule de la mystique en France.

Bossuet ne comprend absolument rien à l'expérience mystique vécue dans l'oraison. Pourtant Fenelon écrit plusieurs textes admirables pour montrer que l'union avec l'absolu est au coeur de l'enseignement des saints et des mystiques, Mme. Guyon fait de même dans ses Justifications. Mais rien n'y fait. L'évêque de Meaux (Bossuet) n'est qu'un prélat sans expérience spirituelle; il représente l'institution religieuse et la cour royale.

La doctrine spirituelle de l'oraison et de la contemplation que développe Fénelon le rattache pourtant à la grande tradition mystique espagnole du XVIe siècle et eckhartienne du XIVe siècle,via Benoit de Canfeld et Harphius et, par-delà, à la spiritualité de la théologie négative de Denys l’Aréopagite. Et encore au-delà bien sûr au Christ lui-même.

Excellent livre qui mériterait d'être réédité. Et Louis Cognet écrit dans une très belle langue.

Extrait

"L'idée fondamentale de Fénelon, c'est que le gnostique de Clément s'identifie au mystique des théoriciens mo­dernes: « Ce gnostique, distingué du juste, paraît déjà avoir une grande conformité avec l'homme spirituel de saint Paul; avec l'homme à qui, selon saint Jean, l'onc­tion seule enseigne toutes choses ; avec le contemplatif déiforme de saint Denys ; avec les solitaires de Cassien, qui étaient dans l'oraison continuelle et l'immobilité de l'âme; avec ces hommes sublimes dont saint Augustin dit qu'ils sont instruits de Dieu seul; avec l'âme passive et transformée du bienheureux Jean de la Croix, avec le contemplatif de saint François de Sales, qui est toujours dans la sainte indifférence. Chacun donne des noms diffé­rents, mais le fond de la chose est le même, dans les anciens et dans les modernes »

 

Fénelon, en effet, assimile la gnose à la contemplation non-discursive et non-conceptuelle décrite par les mysti­ques: « Voilà donc une contemplation qui exclut toutes variétés d'actes, de dispositions et d'objets, hors ce qui est incompréhensible en Dieu ; excluant tout ce qui est intelligible, même dans les choses incorporelles. C'est sans doute la contemplation négative, le rayon ténébreux et l'inconnu de Dieu dont parle saint Denys; c'est sans doute cette nuit de la foi dont parle le bienheureux Jean de la Croix, où l'âme, outrepassant tout ce qui peut être compris, atteint jusqu'à Dieu même, au-dessus de tout savoir» Il y verra un « état fixe de contemplation» qui, conformément à son principe, s'identifie à la charité parfaitement désintéressée: « C'est cet amour pur qui prie et qui contemple sans cesse le bien-aimé. C'est cette contemplation ou regard amoureux dont parlent tous les mystiques, qui ne consiste pas dans le travail des puissan­ces de l'âme, mais dans l'union habituelle de l'âme avec Dieu»  Fénelon prend d'ailleurs grand soin de noter que cette union habituelle, loin d'être «une espèce d'exta­se, qui empêche les occupations communes de la vie», constitue « une contemplation d'état permanent et fixe que nulle occupation intérieure n'interrompt, qui est du cœur et non pas de l'esprit, de l'amour et non pas du raisonnement» Il ajoute, en une formule qui rappelle un peu Malebranche: « Tout ce qui est raisonnable et innocent, tout ce qui n'est point contraire à la raison souveraine, qui est le Verbe, loin d'interrompre cette oraison, en est l'exercice et le fruit».

 

Dans l'état du gnostique, Fénelon retrouve cette « déi­formité » chère à l'école mystique française depuis Can­feld: « Dieu cherche tellement à se communiquer à l'âme et à n'être qu'un même esprit avec elle, qu'il la rend déiforme dès le moment qu'elle est purifiée. La voie de la pure foi et de la mort entière à tout amour-propre est celle qui nous communique sans danger d'illusion cette sagesse et cette puissance qui divinisent l'âme». A ce niveau, les désirs et les demandes disparaissent: « Je m'imagine entendre le bienheureux Jean de la Croix qui dit que, l'âme étant déifiée, l'épouse et l'époux ne font plus qu'un même esprit, selon la loi des noces spiri­tuelles; que l'épouse, désappropriée d'elle-même, forme alors des désirs sans mêler aucune propriété dans ces désirs qu'elle reçoit de Dieu»  Ce qui permet à Fénelon de conclure : « Vous voyez que son repos même en Dieu est pour lui une demande éminente de tout ce qu'il ne demande point par des actes formels» Il en va de même pour les pratiques distinctes des vertus : « Il n'y a plus de pratiques des vertus méthodiques à suivre, pour ce gnostique suffisamment instruit et purifié ; il ne lui reste plus qu'à demeurer uni à Dieu dans le repos inalté­rable d'une perpétuelle contemplation» C'est donc un véritable « état passif» qui ne laisse au gnostique « aucune volonté propre ni aucun choix», et qui comporte une « exclusion formelle et absolue de toute crainte des peines et de toute espérance des récompenses» (…) Le point le plus scabreux des idées avancées ici par Fénelon, c'est l'affirmation que la gnose constitue une « tradition secrè­te» remontant jusqu'à l'époque apostolique, qui se pro­longe à travers les âges dans l'enseignement des mystiques, et sur laquelle, au temps de Clément, il exis tait une véritable discipline de l'arcane; sur ce point encore, Fénelon se fait l'interprète des vues de Mme Guyon et même du P. La Combe. On comprend aisé­ment que Mme Guyon ait considéré le Gnostique comme une des meilleures défenses du mysticisme qui aient été écrites."

 

15 septembre 2017

L'intervalle du matin

Une amie très chère m'a envoyé ce message ce matin, et je le partage avec vous

 

"Ce matin, je me suis levée avant ma petite famille ;
je flottais encore gentiment dans un demi-sommeil.
Mon fils m'a rejoint quelques minutes après,
et je l'ai entendu me dire aussitôt en entrant dans la cuisine :
"Maman, est-ce que...?"
Et là - c'est la première fois que ça m'arrive- , j'ai été saisie en entendant "maman".
J'ai cherché une demi-seconde où pouvait se trouver cette personne et me suis souvenue que ça pouvait être moi!
Ce mot m'a aussitôt ramenée à cette identité, ce corps, cette relation parent-enfant.
Quelques secondes auparavant je n'étais personne, personne!
J'ai trouvé ça très troublant."

reveil

Le matin, quand nous sortons du sommeil profond, nous n'avons pas encore revêtu le costume étroit de la personne (être maman, papa, salarié, homme, femme, chrétien, musulman...). Il y a là un intervalle précieux, une ouverture vers l'Être profond, au-delà des masques du personnage.
Et là  nous ne sommes personne mais pur Être, pure conscience, JE absolu, vide.
Nous pouvons garder cette lucidité dans la journée; nous pouvons jouer tous ces rôles en restant conscient de la vacuité en arrière-plan.
Ce qu'a vécu mon amie me fait souvenir d'entretiens de Jean Klein où il évoquait ce moment du réveil :

"Si, le matin, vous ne vous précipitez pas dans un réveil corporel et mental, vous avez ce pressentiment intense de la vérité. Pendant cette courte période, vous n’êtes pas encore totalement sur les rails du conditionnement, et il est très important de se donner pleinement à cet instant. Si vous vous consacrez à cette méditation chaque matin, sans intégrer immédiatement toutes vos facultés, votre personnalité, vous ressentirez dans la journée cet appel en arrière-plan. C’est un émerveillement, mais surtout, ne cherchez pas à l’enfermer dans un concept, à le formuler, à l’expliquer."

Jean Klein, Etre, Ed. Almora

"Regardez attentivement le processus habituel, courant, se dérouler. La pensée, l’agitation surgissent, et c’est chaque fois au niveau du moi, de la personne. Constatez-le. Par contre si vous gardez le matin la fraîcheur du sommeil profond sans rêves, toute votre matinée sera encore teintée par cette expérience. Alors, le moi n’y a pas sa place, on vit dans cette plénitude ! On cire ses souliers, on fait son lit, on se coiffe, personne n’exécute cela, il n’y a que « faire son lit, cirer ses souliers ». Alors, vous vous « savez », non de la même manière que vous « savez » cette chaise, vous savez ce que vous êtes, toute la fraîcheur du sommeil profond vous accompagne.

          Malheureusement, à ce moment-là, vous vous identifiez immédiatement à l’entité que vous représentez : que dois-je faire aujourd’hui ? Téléphoner, écrire, gagner de l’argent, cirer mes souliers… Tout ça crée une émotivité, comme nous le remarquons à l’instant, et vous isole de votre vrai vous-même."

Jean Klein, La joie sans objet, Ed. Almora

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