Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

21 février 2017

Mais de quoi faut-il se réveiller ?

L'éveil à sa vraie nature est un réveil ; mais de quoi faut-il se réveiller ?

De l’illusion d’être un moi séparé.

L'éveil est la découverte que notre véritable identité n'est pas l'individu auquel nous nous identifions habituellement. Nous nous vivons comme un individu séparé (homme ou femme), pourvu d’un âge, d’un nom, d’une nationalité, pourvu d’une histoire, d’une mémoire… Si on me demande, par exemple, qui je suis, je peux répondre en montrant ma carte d’identité…Voilà ce que je crois être, José Le Roy, c’est-à-dire un individu. Je me situe quelque part dans la tête, derrière les yeux. Et de là j’observe le monde à distance.

Le monde est alors vécu dans la dualité ; je suis un sujet qui observe les objets. Le mode de vie habituel est en effet basé sur la relation sujet/objet. Nous croyons être un sujet, percevant des objets à distance. Je (moi, l'individu) vois des objets là-bas (une table, une voiture). La vie endormie, c’est aussi une vie basée sur la séparation entre un extérieur et un intérieur : je suis à l’intérieur de ma peau, et le monde est à l’extérieur de moi.

La vie endormie c’est donc 4 illusions au moins :

  • L’illusion d’être un individu
  • L’illusion de la dualité sujet/objet
  • L’illusion d’une distance entre soi et les objets
  • L’illusion de la séparation entre soi et le monde

L’éveil fait éclater complètement ce cadre ; c’est un saut au-delà de la dualité sujet/objet. En réalité il n'y a aucun sujet percevant des objets. Qu'y a-t-il alors s'il n'existe ni sujet, ni objet ?

La totalité du réel se donne dans une présence-absence sans dualité. Personne ne voit des objets ; il y a vision. S’éveiller, c’est voir sa propre nature au-delà de la sphère subjective-objective.

Par exemple, on trouve ce dépassement du sujet et de l’objet dans le bouddhisme dzogchen tibétain. dans le chapitre 38 du tantra du « Roi qui crée tout » Küntché Gyalpo tantra, on lit :

« Celui qui fait la distinction d’un sujet et d’un objet

                N’accomplira pas l’éveil semblable à l’espace.

                La venue de la division sujet-objet est déviante et obscurcissante. »

jlr

renard neige

 

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20 février 2017

Rencontres autour de l'enseignement de Douglas Harding

Rencontres autour de l'enseignement de Douglas Harding à Paris et Bruxelles en février,et cet été en Ardèche

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Catherine, Douglas Harding (1909-2007) et José Le Roy, à Nacton (je ne sais plus quand)

 

 

"La solution est l'ATTENTION, l'attention au lieu de l'intention. L'attention à ce qui est, et non la recherche de ce qui devrait être. Attention à ce que les choses sont déjà, en écartant toute tentative pour les transformer. En fait, l'attention totale est l'abandon, et l'abandon total est l'attention.
  Attention à quoi ? Attention à ce qui vous est donné, ici, au lieu précis de votre présence, en ce moment, l'esprit détaché de tout autre lieu et temps.

Et pour découvrir ce qu'est l'attention, il est inutile de vous contenter de lire : vous, cher Lecteur, ce que vous avez à faire, c'est de regarder maintenant ce qui se trouve juste en face de cette page imprimée, de porter votre regard vers Celui qui voit, vers le Lecteur - s'il y en a un.

N'est-ce pas un fait qu'il n'y a ici rien qui ressemble à une chose, seulement un espace rempli de ce qu'il voit (deux mains tenant ce livre, et entourées de formes colorées) ?

Qu'y a-t-il ici où vous êtes maintenant, si ce n'est une Conscience sans tache ou une Capacité, privée en elle-même de tout son, odeur, goût, couleur, forme, opacité, complexité, mouvement - et en cela même parfaitement conçue pour recevoir tous ces éléments ?

Une disponibilité remplie, n'est-ce pas ce que vous êtes en ce moment même, de façon évidente et immédiate ?

  Cette vue-vers-l'intérieur, cette attention à ce que l'on est toujours (qu'on s'en rende compte ou non), cette découverte de ce qui est au-delà de tout perfectionnement (car ici il n'y a rien qui change ou qui puisse être changé) - voilà le seul et véritable abandon total. Il nous fait renoncer à toutes les prérogatives, toutes les qualités et fonctions que nous avions revendiquées jusque-là, il met fin à nos prétentions à être quelque chose, à être quoi que ce soit. Pas un atome de substance, pas une pointe de sentiment, pas l'ombre d'une pensée ne peuvent survivre dans
l'atmosphère raréfiée du Centre.

Ici, il ne reste que l'attention, la vigilance, la pure conscience-de-la-conscience, vide de tout contenu et de toute qualité, et Ceci ne va ni ne vient. Voici l'abandon même, qui inclut l'abandon de tout temps et de tout changement. Nul ne peut réaliser cet Abandon : nous le sommes éternellement."


 Douglas Harding « Vivre Sans tête »
     Ed. Le courrier du Livre P 92-

 

Février 2017

Réunion Internet sur l'enseignement de Douglas Harding avec José Le Roy

de 20h30 à 21h30h

Jeudi 23 février

gratuit

contact : joseleroy29@gmail.com

 

 


 

Paris : 24 février

Vendredi à 20h30

atelier avec José Le Roy, Lorene Le Roy et Serge Durand

contact : joseleroy29@gmail.com

 


 

Bruxelles : 26 février

Dimanche de 14h30 à 17h30 à Bruxelles chez Anne Degrand-Guillaud.

Thème de l'atelier "Thème: "Que suis-je vraiment, vraiment?" co-animé par Anne, Jacques et Pierre.

Les places étant limitées, merci d'informer de votre participation en vous inscrivant.

Sans participation financière

contact : anne.atelier.bruxelles@gmail.com

 


 

Juillet

Ardèche :

Atelier en Ardèche

au centre Terreaulumière

Avec Catherine Harding et José Le Roy

Une semaine pour s'éveiller à sa vraie nature, se recentrer grâce aux outils mis au point par Douglas Harding

Arrivée dimanche 9 juillet en fin d'après-midi

début du stage lundi matin à 10 heures

fin du stage vendredi soir à 19 heures

départ samedi matin 15 juillet après le petit déjeuner.

 

Contact : joseleroy29@gmail.com

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C'est mais personne ne sait quoi

J'ai lu aujourd'hui ce poème dans le livre de Marguerie Porete,

Le miroir des âmes simples et anéanties

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Marguerite Porete est une mystique française du 13ème siècle, qui vécue près de Valenciennes. Elle fut brûlée vive à Paris, place de Grève  le 1er juin 1310 pour hérésie. Son jugement fut rendu par l'inquisiteur pour le Royaume de France, Guillaume de Paris

Le poème n'est pas d'elle mais d'un de ses contemporains anonymes,mais elle aurait pu le signer, tant il est proche de sa mystique exceptionnelle.

Marguerite Porete fut une des sources, une des inspirations de Maitre Eckhart. Ce texte lui a d'ailleurs parfois été attribué.

Le poème est traduit ici par Max Huot de Longchamp

 

 

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"C’est, mais personne ne sait quoi.
C’est ici, c’est là,
C’est loin, c’est près,
C’est profond, c’est élevé ;
C’est ainsi :
Ce n’est ni ceci ni cela.


C’est lumière, c’est clarté,
C’est tout obscurité,
C’est innommé,
C’est inconnu.
Sans commencement et sans fin ;
C’est un lieu silencieux Qui s’écoule, indéfini.
Qui connaît sa maison ?
Qu’il en sorte celui-là,
Et nous dise quelle est sa forme !


Deviens comme un enfant,
Devient sourd, deviens aveugle !
Le quelque chose qui est tien
Doit devenir rien ;
Quelque chose ou rien : tout va au-delà.
Laisse le lieu, laisse le temps,
Laisse aussi l’image !
Va sans chemin Sur le sentier étroit :
Aussi viens-tu à la trace du désert.


O mon âme !
Sors ! et entre en Dieu ;
Enfonce le quelque chose qui est mien
Dans le rien de Dieu !
Enfonce dans les flots sans fond !
Que je m’enfuie de toi,
Et tu viennes à moi !
Que je me perde,
Et je te trouve
O bien superessentiel !"

19 février 2017

Je suis BIBA

Mon ami Eric me signale que le journal féminin Biba consacre un article sur son site à une exposition de tableau SANS TÊTE à Paris, en faisant directement référence à Douglas Harding (il y a même un lien vers le site français Vivre Sans Tête)

Lien vers la page

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Lien vers la Galerie Laure Roynette à Paris

Sans Tête - No Head Emilie BAZUS / Laurence KIBERLAIN / Zoé RUMEAU

Emilie BAZUS / Laurence KIBERLAIN / Zoé RUMEAU

du 1er au 26 février 2017

Vernissage le 1er février de 18h à 21h

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 Je trouve intéressant que les artistes entreprennnent des créations autour du travail de Douglas Harding.

J'avais donné une conférence il y a quelques années dans une galerie parisienne (L'Oeil du Prince) lors d'une exposition consacrée à la Vision Sans Tête à Paris avec des tableaux de Lorène Le Roy et la machine de Bill Garside.

jlr

 

 

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S'espacifier

De retour des Cévennes, de la solitude et de la nature sauvage, je retrouve Paris et internet !

Il est vrai qu'on peut voir sa vraie nature partout, à Paris dans le métro, dans un supermarché...

Mais il est vrai aussi que les paysages larges, vastes, beaux, comme ceux que je viens de voir sur le Mont Lozère, par exemple, ont le pouvoir de nous élargir avec eux, de nous espacifier.

Quel bonheur d'accueillir dans l'Ouvert que je suis, cette farouche et immense beauté enneigée.

Henri Michaux - sous prise de drogue - avait expérimenté de tels élargissements de la conscience.

Sans aucune drogue et en étant parfaitement lucide, je peux laisser entrer dans mon absence de tête tout ce paysage, qui devient alors mon visage.

jlr

 

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"Je recevais le ciel et le ciel me recevait.

Simultanément, j’étais dans une expansion extra-ordinaire.

L’espace m’espacifiait...

De quantité d’autres façons encore, il me venait.

L’espace était partout.

La tête renversée en arrière pour être face à plus de ciel, j’en sentais la vision, tant elle pénétrait loin et fort en moi, m’entrait “ jusqu’aux oreilles, jusqu’à l’occiput ”

La tête à nouveau perdue dans la gueule de l’espace immensément béant

qui m’avalait,

m’avalait plus avant.(...)"

Henri Michaux

 

 

 

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12 février 2017

Vision et quiétude

 

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Faut-il stabiliser son esprit, « détruire son mental », apaiser ses émotions avant d’être capable de voir sa vraie nature ? Faut-il laisser reposer son esprit un certain temps avant d’être capable de s’éveiller à la claire lumière ?

Dans le bouddhisme on distingue parfois shamatha et vipashyana, c’est-à-dire la quiétude et la vision profonde. La quiétude est parfois présentée comme une condition préalable à la vision profonde, c’est-à-dire à la vision de sa vraie nature.

Je crois qu’en règle générale il n’est pas nécessaire de d’abord stabiliser son esprit. Tout le monde (sauf exception) peut plonger immédiatement dans la nature de l’esprit.

Je ne suis pas contre un apaisement de l’esprit, simplement je crois que c’est la vision de notre vraie nature qui va apaiser réellement notre esprit. Eveillons-nous d’abord à la nature de notre esprit, et nous verrons ensuite si nous avons encore besoin de le calmer.

Dans le traité du Mahamoudra, Rayons de lune, on lit  :

« Certains atteignent la vision supérieure sans avoir atteint la quiétude. Prenant appui sur la vision supérieure, ils s’appliquent ensuite à la quiétude. »

« De nombreux grands êtres accomplis déclarent que pour méditer sur la vision supérieure, il n’est pas nécessaire d’avoir dans un premier temps atteint la quiétude. »

C’est exactement ainsi que Douglas Harding procédait dans ses ateliers : il introduisait les personnes immédiatement et sans préalable à la vraie nature de leur esprit, à la claire lumière.

Ensuite, c’est cette claire lumière elle-même qui nous fait découvrir une paix transcendante et infinie.

En réalité, il n’y a pas d’esprit à apaiser : quand nous regardons dans le fondement de nos pensées ou de nos émotions, nous saisissons la vacuité absolue de l’esprit : telle est la quiétude.

jlr

 

Douglas Harding en BD

Une bande dessinée consacrée à la vie et à l'enseignement de Douglas Harding vient d'être publiée (en anglais pour le moment, une traduction française est en cours)

 

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Dispo ici

 

Une page

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08 février 2017

C'est là

Un moine demanda à Hsuan Sha (835-908) : « Je viens d'arriver, j'implore le maitre de m'indiquer par où entrer dans la voie du zen. »

– « Entends-tu le murmure du ruisseau ? » demanda Hsuan sha.

– « Oui » répondit le moine.

– « C'est là ! » lui révéla Hsuan sha.

Cette histoire zen est une de mes préférées (je l’ai déjà mentionnée dans un autre de mes livres : Le saut dans le vide), et j’y repense aujourd’hui car à côté de la maison de vacances où je me trouve dans les Cévennes, coule un torrent de montagne.

L’éveil passe par les sens, ici par l’ouïe. C’est là, dans l’écoute (ou dans la vision…) qu’on entre dans la voie qui conduit à l’essentiel.

Mais l’écoute véritable est non-duelle, sans sujet qui perçoit, sans objet perçu.

Il y a le chant du ruisseau, rien d’autre. Il y a juste le son du torrent…

Il y a écoute mais personne pour écouter, comme il y a vision mais personne pour voir.

Le son apparait dans un espace de silence vide et nu, la couleur apparait dans un espace de transparence, sans limite, sans forme et sans couleur…et on ne peut séparer l’écoute du son, la vision de la couleur.

Nous rajoutons un « auditeur », un « individu » dans la scène, et l’expérience alors se brise en deux, puis en mille et meurt peu à peu. Il n’y a plus alors ouverture à ce qui est, ni mystère, ni jubilation, ni nouveauté stupéfiante, mais mémoire et concept, et idée et histoire, et séparation et éloignement…

C’est là qu’on entre dans la Voie, là dans le simple murmure d’un ruisseau de montagne, qui a tant à nous apprendre, pour peu qu’on le remonte jusqu’à la Source de notre être et du monde.

jlr

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07 février 2017

Le monde est en moi : Schopenhauer

Schopenhauer

Schopenhauer

Schopenhauer est un philosophe idéaliste, c'est-à-dire qu'il soutient la thèse que rien n'existe hors de notre esprit, que tout est en nous. Schopenhauer rend hommage à Descartes, Berkeley et kant d'avoir permis à la philosophie de penser la vérité du monde, à savoir qu'il n'est qu'une représentation.

C'est dans son maître ouvrage - chef d'oeuvre de la philosophie - Le monde comme volonté et comme représentation que Schopenhauer défend cette thèse. Vous pouvez trouver le livre en PDF ici.

Dire que le monde est ma représentation, c'est dire que TOUT EST DANS LA CONSCIENCE.

« Le monde est ma représentation » — voilà une proposition, semblable aux axiomes d'Euclide, que tout le monde doit admettre dès qu'il l'a comprise cependant ce n'est pas une de ces vérités qu'il suffit d'entendre pour l'admettre. — Faire comprendre cette proposition, y rattacher la question des rapports de l'idéal et du réel, c'est-à-dire du monde pensé au monde qui est en dehors de la pensée, ç’a été, avec le problème de la liberté morale, l'œuvre caractéristique de la philosophie moderne. Après des siècles de recherches dans le domaine de la philosophie objective, on découvrit pour la première fois que parmi tant de choses, qui rendent le monde si énigmatique et si digne de méditations, la plus importante à coup sûr est ce simple fait quelle qu'en soit la grandeur et la masse, son existence cependant est suspendue à un fil très mince, j'entends la conscience, où il nous est chaque fois donné."

Le monde comme volonté et comme représentation

 

Tout le monde avec son cortège d'objets de toutes sortes existe donc uniquement dans ma tête dit Schopenhauer :

"L’espace n’existe que dans ma tête"

Le monde comme volonté et comme représentation

 

Si on pouvait donc rentrer dans une tête, on y verrait le monde :

 

« Deux choses étaient devant moi, deux corps pesants, de formes régulières, beaux à voir. L’un était un vase de jaspe avec une bordure et des anses d’or ; l’autre, un corps organisé, un homme. Après les avoir longtemps admirés du dehors, je priai le génie qui m’accompagnait de me laisser pénétrer dans leur intérieur. Il me le permit, et dans le vase je ne trouvai rien, si ce n’est la pression de la pesanteur et je ne sais quelle obscure tendance réciproque entre ses parties que j’ai entendu désigner sous le nom de cohésion et d’affinité ; mais quand je pénétrai dans l’autre objet, quelle surprise, et comment raconter ce que je vis ? Les contes de fées et les fables n’ont rien de plus incroyable. Au sein de cet objet ou plutôt dans la partie, supérieure appelée la tête, et qui, vue du dehors, semblait un objet comme tous les autres, circonscrit dans l’espace, pesant, etc., je trouvai quoi ? le monde lui-même, avec l’immensité, de l’espace, dans lequel le Tout est contenu, et. l’immensité, du temps, dans lequel là Tout se meut, et avec la prodigieuse variété des choses qui remplissent l’espace, et le temps, et, ce qui est presque insensé à dire, je m’y aperçus moi-même allant et venant…

« Oui, voilà ce que je découvris dans cet objet à peine aussi gros qu’un gros fruit, et que le bourreau peut faire tomber d’un seul coup, de manière à plonger du même coup dans la nuit le monde qui y est renfermé. Et ce monde n’existerait plus, si cette sorte d’objets ne pullulait sans cesse, pareils à des champignons, pour recevoir le monde prêt à sombrer dans le néant, et se renvoyer entre eux, comme un ballon, cette grande image identique en tous, dont ils expriment cette identité par le mot d’objet… »

 

Ces deux derniers extraits de Schopenhauer sont cités dans Un bouddhiste contemporain en Allemagne - Arthur Schopenhauer, P. Challement-Lacour (1870) 

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06 février 2017

Il faut démythifier l’éveil

Contrairement à ce qu'on peut penser, et à ce que j'ai pensé moi-même, l’éveil est un phénomène relativement fréquent. Ce n’est pas du tout un événement rare.

Beaucoup d’hommes et de femmes aujourd’hui, et beaucoup d’hommes et de femmes dans le passé se sont éveillés à leur vraie nature; des milliers certainement, peut-être des centaines de milliers. 

On croit que seuls certains êtres humains tout à fait spéciaux, très rares, très privilégiés se sont éveillés dans l’histoire. On croit qu’il faut des capacités exceptionnelles pour cela : être un grand philosophe comme Nagarjuna ou Vasubandhu, ou être passé par une ascèse terrible comme Milarepa…

Un livre vient de sortir en français auquel j’ai participé qui s’appelle Témoignages contemporains d’éveil, et qui est écrit par 17 hommes et femmes d’aujourd’hui qui décrivent leur vie dans l’éveil. 17 personnes en France, mais on aurait pu rajouter au livre des centaines d'autres individus en France ou dans le monde.

Il est important aujourd'hui de démythifier l’éveil : l’éveil est pour tous, c’est l’état naturel de notre condition.

Si l'éveil nous parait peut-être exceptionnel, c'est parce qu'on le confond avec des expériences mystiques. Les expériences mystiques (ou Peak-experiences en anglais, les expériences de crête) sont des expériences émotionnelles et énergétiques très fortes. Ce sont des extases, des montées d’énergie, qui s’accompagnent souvent de sentiment de félicité.

Mais les expériences mystiques ne sont pas l’éveil. D'ailleurs, l’éveil n’est pas une expérience, c’est l’état dans lequel se produisent toutes les expériences, celles qui sont ordinaires comme celles qui sont extraordinaires.

Les expériences mystiques sont temporaires, fugaces ; elles viennent puis repartent. L’éveil est permanent ; il n’arrive pas, ni ne s’en va. Les expériences mystiques génèrent des sentiments de joies intenses ; l’éveil est la Présence consciente qui accueille les joies mais aussi les tristesses. Il est une paix beaucoup plus profonde que les expériences. Le philosophe bouddhiste D.T. Suzuki disait que l’éveil est « non religieux » et « dépouillé d'émotions » ; il y a en lui « quelque chose qu'on pourrait appeler froid témoignage scientifique ou état de fait », et « tout est gris, nullement impressionnant, sans attrait ».

L’expérience mystique qui peut se lever dépend de plein de acteurs comme l’énergie qu’on a investi dans la recherche, le stress accumulé pendant des années…Et l’intensité de l’expérience mystique n’est pas une garantie de la profondeur de l’éveil…cela peut n’être qu’un feu d’artifice qui n’éclaire rien une fois terminé…

Et on ne peut vivre dans le quotidien si on est traversé d’extase, de samadhi comme on dit en Inde…

La drogue est un moyen plus sur que l’éveil pour avoir des expériences mystiques. D’ailleurs de nombreux poètes et écrivains ont témoigné d’expériences mystiques sous prise de drogue : Henri Michaux, Aldous Huxley, et tant d’autres…

L'éveil est le dépassement de l'illusion d'un moi séparé ; il est naturel et simple.

jlr

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Vilhelm Hammershøi

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