Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

Ce blog présente la philosophie comme un chemin d'éveil à notre vraie nature. La philosophie n'est pas un simple discours mais une voie de transformation et de connaissance de soi.

02 juillet 2009

Qu'est-ce que la philosophie ?

Spinoza   epictete  Schopenhauer  plotin  bergson

Spinoza, Epictete, Schopenhauer, Plotin, Bergson

J'ai assisté, il y a deux semaines, à la Sorbonne à une réunion de professeurs de philosophie du secondaire et du supérieur, rassemblés pour réfléchir sur des rapports et des mesures gouvernementaux qui semblent mettre en danger à court terme l'enseignement de la philosophie dans les lycées.

Je ne sais si ces menaces sont réelles ou supposées mais ce qui m'a frappé c'est la définition de la philosophie que les professeurs dans leur ensemble ont proposée : la philosophie est une problématisation de notions, "La philosophie n'est pas un savoir comme les autres, elle n'est pas un savoir mais une pratique de l'interrogation".  La philosophie ne peut donc enseigner aucun savoir puisqu'elle n'en possède aucun ; le professeur est celui qui permet à l'élève de réfléchir sur les notions du programme (liberté, justice, devoir...)

Une telle définition de la philosophie me laisse perplexe et je me demande quels philosophes parmi tous ceux que nous connaissons l'accepteraient ?

Certainement pas Spinoza qui  présente le savoir définitif de la philosophie  de manière démonstrative. Pas davantage Descartes qui identifie philosophie et science et considère que le savoir vrai se trouve dans ses livres, savoir qu'il défend avec humeur, d'ailleurs, contre tous ceux qui ne le comprennent pas (Gassendi, Hobbes, Bourdin...). Dans l'Antiquité, Epictète pense détenir le savoir philosophique dans son intégralité ; de même pour Platon ou Epicure ou Plotin. Plus près de nous, Fichte identifie philosophie et savoir (Wissenschaft). Schopenhauer ou Bergson pensent également détenir une science.

Je ne vois guère peut-être que l'école sceptique tardive de Sextus Empiricus pour souscrire à une telle option.

A part lui, aucun philosophe ne pourrait être d'accord avec nos éminents professeurs. Aucun.Cela signifie-t-il que le scepticisme est devenu sans le dire la philosophie officielle des professeurs et des inspecteurs de philosophie? Si c'est le cas, il faudrait nous le dire.

Bien sûr, une telle pratique de l'interrogation n'est pas inutile pour nos élèves : elle leur permet de prendre du recul par rapport à leurs préjugés, elle les conduit à se libérer des dogmes religieux , des opinions mal construites...etc, mais ce n'est pas là toute la philosophie, mais au mieux une propédeutique.

De même, rien n'a été dit du lien entre philosophie et sagesse : si la philosophie permet à nos élèves de mieux penser, ne doit-elle pas aussi permettre de les rendre plus heureux, plus maitres d'eux-mêmes et de leurs affects?

La philosophie c'est d'abord et avant tout une voie de sagesse, et même d'éveil.

Pour illustrer ce débat voici une interview de Luc Ferry dont je suis proche sur ce point :

« Question : N'avez-vous pas peur que l'on vous fasse l'habituel reproche adressé aux philosophes d'aujourd'hui : faire de la philosophie une doctrine pratique pour pouvoir se réconcilier avec le réel ?

Je crois qu'il y a très peu de philosophes aujourd'hui. Il faut savoir que la classe de philosophie a été créée en 1806 par Napoléon dans une perspective très précise. Il s'agit en vérité, non pas de cours de philosophie, mais d'instruction civique pour permettre aux jeunes gens de devenir des citoyens. Un citoyen c'est d'abord quelqu'un qui vote. Que faut-il avoir comme qualité pour voter ? Etre capable de réfléchir, c'est-à-dire avoir un esprit critique, argumenter et comparer les opinions lors d'une campagne électorale. Je le dis clairement dans tous mes livres, cette activité d'esprit critique n'a strictement aucun rapport avec la philosophie. Le philosophe est évidemment quelqu'un comme tout le monde qui réfléchit, argumente et a un esprit critique. Mais son "job" consiste à répondre à la question de la "vie bonne" pour les mortels. Philosophia en grec signifie "l'amour de la sagesse". La sagesse, c'est la victoire sur les peurs qui nous empêchent de bien vivre. Le sage est celui qui a vaincu la peur de la mort. Je conteste totalement l'idée que la philosophie soit un art de la dissertation et de la réflexion critique comme on l'enseigne dans la plupart des classes de terminale. »

Et voici un point de vue opposé soutenu par une professeur de philosophie Hansen-Love:

« Il est faux de soutenir que la philosophie c’est l’apprentissage de la sagesse, ou du « bien vivre ». Ceci est la thèse de Luc Ferry, pas de tout le monde. Pour moi, la philosophie est recherche et amour de la vérité. A ce titre, elle implique la pratique de la pensée et l‘apprentissage d’une discipline que nous enseignons par le biais, entre autres, de la dissertation. Apprendre à penser par soi-même, montrer comment et pourquoi on doit se délivrer de la tyrannie de l’opinion, voilà ce que nous faisons en cours de philosophie. Ce n’est ni vain ni absurde. C’est extrêmement utile par les temps qui courent. «

C'est évidemment Ferry qui a raison. La philosophie est une voie d'éveil pas un art de disserter.

josé le roy

agrégé de philosophie

  

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01 juillet 2009

Vivecacudamani : 5

shankaraVidya shankara temple at Sringeri en Inde

Voici la suite de ce célèbre texte de Shankara, le vivecacudamani

le texte sanskrit est disponible ici : http://sanskritdocuments.org/all_pdf/viveknew.pdf

Le début de la traduction est ici : http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2009/06/24/14198032.html

30

Mais celui dont le détachement et le désir de libération sont intenses,

en lui, en vérité, la tranquillité, et le reste des vertus seront réelles et fructueuses.

31

Là où il y a faiblesse du détachement et du désir de libération

là il n'y a qu'apparence de tranquillité comme de l'eau dans le désert.

comm: le désir de libération est essentiel sur la voie. L'eau dans le désert désigne un mirage.

32

Parmi toutes les causes de la libération, la dévotion en vérité est la plus importante; la réunion avec sa propre forme est appelée "dévotion" (bhaktih)

comm: la dévotion ne se tourne pas vers un Dieu extérieur mais vers soi-même, car c'est en soi-même que se trouve l'absolu

32

La communion avec la réalité de son propre soi, d'autres ont dit que c'était la dévotion.

comm: ce shloka semble dire que considérer sa propre forme comme le dit le shloka précédent, c'est encore apercevoir une dualité entre soi et sa nature, mais la vraie dévotion se tourne vers le Soi intérieur sans aucune dualité.

33

Celui qui désire connaitre la réalité du Soi et qui a réussi la pratique susdite

devra s'asseoir auprès d'un maitre éveillé grâce auquel il y a libération des liens.

34

Celui qui est versé dans les Vedas, celui qui est droit, non blessé par le désir, qui a la connaissance suprême du Brahman, qui trouve son repos dans le Brahman, est apaisé comme un feu sans combustible.

comm: c'est ici une description du maitre idéal.

35

Il est un océan de compassion sans cause; il est le parent des sages qui rendent hommage.

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29 juin 2009

Nouveau numéro de la revue 3ème millénaire :L'écoute

Je vous informe de la parution du numéro d'été de la revue 3ème millénaire, consacrée à l'écoute et au silence.

IMG_0001

SOMMAIRE

Eric Baret 4 Personne n'écoute

Fabrice Midal 8 Risquer d'être libre

Peter Fenner 16 La communication non-duelle : l'écoute pure

José Le Roy 20 S'éveiller au silence par les sons chez les Maîtres T'Chan

Wolfgang Bernard 28 L'écoute du cœur

Jean Klein 32 Le Vécu du Silence

Hélène Naudy36 Un désir désespéré de sincérité

David Ciussi 42 La symphonie divine

William P. Patterson 46  La symphonie non entendue

3e Millénaire 50 L'écoute non-duelle chez Rudolf Steiner

3e Millénaire 54 La musique des sphères

Sébastien Fargue 60 Réceptivité

Michaël Siciliano 64 Ecouter : le faites-vous vraiment ?

Bruno Journe 68  Ecouter et entendre

ShantiMayi 76 Ecouter de l'intérieur...

Christine Townend 80 Hommage à Vimala Thakar

Extrait : Jean Klein, 1979

"Vivre en Silence

Le silence, nous ne pouvons pas le définir, il se vit ! Avec la disparition de la notion d'être une personne, nous sommes attentifs ; c'est une attention totalement non dirigée.

Ce silence, à un moment donné, se révèle à lui-même par lui-même, sans qu'il y ait là un intermédiaire. Il est total, global ! En dehors de cette totalité, rien ne peut exister !

On ne devient silence qu 'à la mort de l'égo ?

Aussi longtemps qu'il y a encore un égo, il n'y a pas de silence parce que l'égo ne peut jamais vivre le présent. Il est toujours entre le passé et le futur, entre l'avoir et le devenir ; c'est une oscillation constante !

Ce que vous êtes foncièrement apparaît d'une manière abrupte, instantanée, c'est la vraie joie ! Le silence s'éveille après un examen en profondeur, quand on a cette conviction qu'il n'y a rien à atteindre et, de ce fait, toute attente cesse, il y a un lâcher-prise. Ce silence est, de toute éternité !

La naissance et la mort ne sont aussi que projections ! Chaque pensée apparaît et meurt. Quand vous expirez, il y a un silence et l'inspiration vient sans que vous vous en occupiez, le corps se prend en charge... C'est parce que vous vous croyez obligé de vous prendre en charge que vous ne voyez pas les moments de silence, par exemple à la fin d'une expiration ou quand une pensée meurt, quand un son s'éteint !"

 

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28 juin 2009

Archimandrite Sophrony : La lumière incrée

Né à Moscou en 1896, le futur   Père Sophrony étudie les beaux-arts et quitte l'Union soviétique en 1921 pour se rendre   en France. Il expose aux salons d'Automne et des Tuileries, puis il s'inscrit à   l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris. Cherchant la vie monastique, il   devient moine au monastère Saint-Pantéléimon au Mont Athos en 1925.


monastere Saint-Pantéléimon en Grèce

Dès 1930 il est en   étroit contact avec le starets Silouane. À la mort du saint starets en 1938, le père Sophrony devient ermite et, entre 1942 et 1947, père spirituel   de plusieurs monastères athonites. En 1947 il se rend à Paris pour publier la vie et les   écrits du starets Silouane (Starets Silouane, dont la   version russe parut en 1952 à Paris et la traduction française en 1973). Empêché de retourner au Mont Athos, le père   Sophrony reste en France. En 1959, il se rend en Angleterre pour fonder une   communauté monastique, le monastère Saint-Jean-Baptiste, dont il sera le père spirituel   jusqu'à son décès en 1993.

sophrony

La veille de Pâques, en 1924, juste après la communion, Sophrony, dans une expérience, contemple la Lumière incréée de Dieu.

« Je la   perçus comme une touche de l’éternité divine sur mon esprit. Douce, remplie de   paix et d’amour, elle demeura avec moi pendant trois jours. Elle dissipa les   ténèbres du néant qui se dressaient devant moi. Je ressuscitai et, en moi et avec moi,   le monde entier était ressuscité. Le seul véritable esclavage est celui du péché. La   seule véritable liberté, c’est la résurrection en Dieu ».

Dans un des ses livres, Voir Dieu tel qu'il est, Sophrony décrit cette Lumière Incrée :

voir_dieu_tel_qu_il_est

"La nature de la Lumière.

 

Quand je regardais attentivement le ciel d'un bleu imma­culé et sans nuage, je dirigeais parfois mon regard dans une direc­tion déterminée ou, d'autres fois, je le parcourais d'une extrémité à l'autre. Parvenu à l'horizon, je poursuivais mentalement ma tra­jectoire ; je voyais alors en esprit le ciel entourant notre planète. Je cherchais à en voir les profondeurs et m'efforçais de le pénétrer jusqu'en ses ultimes limites. Plus je fixais mon attention sur cet admirable phénomène, plongeant intensément mon regard dans la sphère céleste toute saturée de lumière, plus j'étais fasciné par son mystère. Lorsque, par un don accordé d'En-haut, je fus jugé digne de voir la Lumière incréée de la Divinité, je reconnus avec joie dans le ciel d'azur de notre « planète bleue » un symbole du rayonne­ment de la gloire divine. Ce rayonnement est partout présent ; il remplit tous les abîmes de l'univers. Pourtant, il demeure à tout jamais insaisissable, inaccessible pour la créature. Le bleu est la cou­leur de l'au-delà, de la transcendance. La félicité de voir cette Lumière merveilleuse fut accordée à de nombreux hommes sur terre. La plupart d'entre eux ont gardé cette bénédiction comme le secret le plus précieux de leur vie ; ils sont passés dans l'autre monde, fascinés par ce miracle. A d'autres cependant, il a été ordonné de laisser pour leurs frères proches ou lointains un témoi­gnage sur cette suprême réalité.

 

Ce n'est pas sans crainte que l'âme se résout à parler de cette Lumière, qui visite l'homme assoiffé de voir le visage de l'Éternel. La nature de cette Lumière est mystérieuse ; par quelles images pour­rait-on la décrire ? Indéfinissable, invisible, elle devient parfois visible même à nos yeux corporels. Calme et délicate, elle attire à elle le cœur et l'esprit, si bien qu'on en oublie la terre, ravi que l'on est dans un autre monde ; cela peut arriver en plein jour comme durant les ténèbres de la nuit. Douce, elle est cependant plus puissante que tout ce qui nous entoure. D'une manière étrange, elle saisit l'homme de l'extérieur ; on la voit, mais l'attention se tourne vers les pro­fondeurs de l'homme intérieur, vers le cœur, brûlant d'un amour tantôt de compassion, tantôt de reconnaissance. Il arrive que l'on ne ressente plus la matérialité - ni la sienne, ni celle de la réalité environnante - et que l'on se voie soi-même comme lumière. Alors, la perception de la douleur disparaît ; on oublie les préoccupations terrestres ; l'angoisse fait place à une paix pleine de douceur. Parfois, cette Lumière apparaît au début comme une flamme délicate qui apporte guérison et purification, brûlant à l'intérieur et à l'extérieur tout ce qui lui déplaît ; mais elle le fait avec douceur, en nous effleu­rant légèrement, d'une manière à peine perceptible.

Lorsqu'elle se manifeste avec puissance, cette Lumière apporte l'humble amour, bannit tout doute et toute crainte, laisse loin derrière elle toutes les relations humaines établies, toute la pyra­mide des conditions sociales et des rangs hiérarchiques. L'homme cesse alors, pour ainsi dire, d'être « quelqu'un » ; il ne se trouve pas sur la route de ses frères, ne brigue aucune place pour lui-même en ce monde. Cette Lumière est en elle-même la vie incorruptible que traverse la paix de l'amour. Elle fait connaître à notre esprit un autre Etre, qui échappe à toute description ; notre intellect s'immobilise, car il se trouve au-dessus de la pensée discursive par son entrée dans une nouvelle forme de vie. Impondérable, plus subtile que tout sur la terre, cette Lumière rend l'âme invulnérable et la met à l'abri de tout ce qui auparavant l'écrasait. La mort s'enfuit devant sa face, et la prière « Saint Dieu, Saint fort, Saint immortel » s'accorde merveilleusement bien avec elle. Notre esprit triomphe : cette Lumière est Dieu. Il est tout-puissant et en même temps ineffablement doux. Oh ! Avec quels ménagements II se comporte avec l'homme ! Il n'accable pas l'âme brisée par le péché, mais guérit le cœur broyé par le désespoir... Il inspire l'âme en lui faisant espérer la victoire.

 

Cette Lumière, inhérente au Père des lumières (voir Je 1, 17), nous régénère et même nous crée à nouveau. L'orienta­tion de notre attention change radicalement : auparavant, elle était attirée vers la terre et les choses temporelles ; sous l'influence de la grâce, elle se fixe à l'intérieur et, de là, monte dans la sphère spiri­tuelle de «l'invisible et de l'éternel» (voir2 Co4, 18). Ce qui autrefois nous semblait important et même fondamental devient insignifiant pour notre esprit : richesse, pouvoir, gloire de ce monde et autres réalités de ce genre perdent tout leur attrait. Même la science, qui ne nous donne pas la connaissance la plus essentielle -celle de Dieu -, ainsi que les spéculations philosophiques, privées qu'elles sont de la vie authentique, n'apparaissent plus que comme des valeurs passagères.

Lorsque la Lumière - inviolable par nature et innommable - nous enveloppe et pénètre dans notre âme, nous sortons en quelque sorte du temps. Cette Lumière, qui procède du Père, est lumière de l'amour et de la connaissance. Un amour et une connais­sance particuliers qui, en fusionnant, deviennent un ; en fait, ils sont un dans l'éternité. L'amour unit dans l'Être même, avec l'Être même. Voici que, demeurant en cet Être, nous le connaissons par notre union avec Lui - mais quant à formuler cela en paroles, il faut y renoncer. L'amour nous attire si fort que notre esprit n'arrête son attention sur rien de ce qui nous arrive, bien qu'il vive au sein même de cette réalité. Il n'y a aucun retour sur soi-même ; notre esprit est tout entier tendu dans un élan pour saisir l'Insaisissable, étreindre Celui que rien ne peut contenir, comprendre l'Inconce­vable - être seulement en Lui, et ne plus rien voir d'autre."

 

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26 juin 2009

Le saut dans le non-esprit

"Cet esprit primordialement pur est toujours en plénitude et sa luminosité éclaire toutes choses. Ne l'ayant pas réalisé, les gens du commun confondent cet esprit avec leur conscience ordinaire. Leur conscience ordinaire les obscurcit et ils n'aperçoivent pas la subtile clarté de leur être fondamental. Car quand on saute directement dans le non-esprit, l'être fondamental se manifeste de lui-même, comme la grande roue du soleil qui s'élève dans l'espace vide en illuminant tous les horizons sans rencontrer le moindre obstacle." Houang Po Maitre T'Chan, 9ème siècle

Sautons directement dans le non-esprit ! Et passons par dessus la conscience ordinaire en plein soleil de l'éveil.


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L'éveil et les pensées

L'éveil est la découverte que notre vraie nature, notre essence, est au-delà des pensées. En nous, au centre de nous-mêmes, existe un espace qui les transcende, qui demeure libre de toutes les pensées qui surgissent.

Cet espace est immobile, vaste, lumineux et accueille en lui les pensées qui le traversent sans l'affecter.

En nous éveillant à l'espace de notre vraie nature, nous nous libérons de nos pensées mais aussi de nos souffrances. Car notre souffrance psychique provient de notre identification aux pensées, aux jugements qui nous entrainent dans leur ronde infernale.

Ce n'est pas en luttant contre les pensées par d'autres pensées que nous sortons des affects tristes, mais en découvrant l'espace de la claire lumière qui est déjà libre de toutes les pensées, de toutes les images, de toutes les mémoires. Lutter avec une pensée contre une pensée accroit leur force.

S'éveiller à la présence-absence au cœur de notre être nous délivre d'une manière soudaine du mental en nous hissant au-delà de lui.

Le soleil est toujours brillant et le ciel est toujours bleu au-dessus des nuages : il suffit de prendre l'avion pour s'en rendre compte!

avion_au_dessus_des_nuages


josé le roy

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24 juin 2009

Vivecacudamani : 4

Voici la suite de la (longue) traduction de ce texte célèbre de l'advaita vedanta : le vivekacudamani.

Dans ces shloka, Sankara décrit les qualités de celui qui aspire à l'union avec l'absolu, après avoir décrit le détachement (vairâgyam)dans le shloka précédent, il continue avec l'apaisement, la maitrise, l'arrêt, l'endurance, la confiance, la concentration, le désir de libération. Ainsi, l'aspirant doit posséder des vertus rares et difficiles à obtenir.

Merci à Alain Porte pour son aide.

22

Après être devenu indifférent à la multitude des objets des sens par la vision de leurs imperfections encore et encore,
L'établissement continu dans son propre objet est dite l'apaisement du mental (Shama)

comm: son propre objet correspond au Brahman dans lequel on doit ramener les sens.

23
Après les avoir détourné des domaines des sens,  le maintient des deux organes des sens dans leur sphère respective est appelé maitrise (damah)

comm: les organes des sens sont les organes de connaissance comme l'oreille, l'oeil etc; et les organes d'action comme la parole

24
L'absence d'appui extérieur pour la fonction telle est l'ultime arrêt (uparati)

comm: les manuscrits ne sont pas d'accord ici : on lit tantôt "bâhyânâlambanam" tantôt "bâhyanâlambanam", un instrumental ou un composé mais cela ne change guère le sens.
La fonction en question est celle des sens, qui ne sont plus tournés vers l'extérieur mais vers l'intérieur , vers le Brahman. Quand on cesse de se tourner vers l'extérieur, leur fonction propre s'arrête.

25
La résistance à tous les malheurs sans opposition
et sans  soucis et de lamentations est appelée endurance (titikshâ)

comm: Il s'agit ici d'être capable d'accepter tout ce qui se présente sans protestation, sans gémissement

26
La certitude par la compréhension de la vérité des traités et des paroles du maitre
est appelée la confiance (shraddhâ) par les sages, confiance par laquelle la réalité est perçue.

27
De tous temps l'établissement de la pure intelligence  dans le brahman en tout temps
cela est appelé concentration (samâdhânam) mais pas le flottement de la pensée.

comm: les manuscrits ne sont pas d'accord sur ce passage. On lit au début tantôt "sarvadâ" (de tous temps), tantôt "samyag" (complet)

28
Les liens qui commencent par le moi et s'achèvent par le corps, fabriqués par l'ignorance, le désir de s'en libérer grâce à l'éveil à sa propre nature est appelé désir de libération (mumukshitâ)

29
Celui-ci, même sous une forme faible ou moyenne, par l'absence de passion et par la tranquillité (shamâ) etc., par la bonne disposition d'un guru, ce désir complètement développé porte un fruit.

Le début de la traduction se trouve dans les messages suivants :

http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2009/06/03/13950820.html
http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2009/05/12/index.html
http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2009/05/04/index.html

21 juin 2009

Video de Douglas : l'attention nous éveille

Dans cette vidéo, Douglas Harding nous dit que ce n'est pas par la pensée abstraite et théorique qu'on s'éveille à sa vraie nature mais par l'attention à ce qui est donné.
Puis Douglas répond à deux questions :
1) A quels signes est-ce que nous savons que nous sommes centrés ?
2) L'éveil est-il graduel ou instantané ?

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Pierre Levy : Le feu libérateur

levy

Je ne connais pas Pierre Lévy, mais il y a d'excellentes choses dans son livre "Le Feu libérateur"(Arléa, 2006) ce qui montre que les vérités de la philosophie non-dualistes imprègnent de plus en plus les esprits.


"L'erreur serait de croire que nous « sommes » cette personne que nous voyons dans le miroir, que nous sommes une image, ou même qu'il pourrait y avoir des images ou des représentations de nous-mêmes, alors que nous « sommes » notre expérience, ce flux indescriptible. Ou plutôt « il y a » notre expérience. Il y a l'instant et rien d'autre.

Désidentifie-toi perpétuellement. Tu n'es ni un homme, ni une femme, ni un enfant, ni un vieillard ni un Français, ni un Américain, ni le représentant d'aucune nationalité, ni un juif, ni un chrétien, ni un bouddhiste, ni une bonne personne, ni le membre d'une quelconque catégorie, ni qui que ce soit qui devrait ressembler à ceci ou à cela. Il y a cette sensation, cette autre sensation, puis encore une autre, et tu n'es ni l'une, ni l'autre, ni la suivante, ni leur succession. L'espace d'où naissent les pensées n'a pas de visage. La lumière de la conscience est impersonnelle. Reviens à la terre, au contact du sol. Où es-tu ? Tu es là. Qui es-tu ? Tu es là. Là."

"Où es-tu?

La conscience est absolument immobile. Elle n'est située nulle part dans le monde. Elle appartient seulement au lieu de l'âme ; dans le présent, le présent parfaitement immobile et éternel de la lumière."

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20 juin 2009

J.C. Sekinger : un récit d'ouverture

J.C. Sekinger m'envoie ce récit d'un instant d'ouverture :


"Je devais avoir vingt-six ans, j’en ai quarante cinq aujourd’hui, c’était la fin du printemps peut-être, nous habitions Bordeaux, près de la gare Saint Jean. Un petit appartement de plain-pied, une enfilade de trois pièces à peu près égales, ouvertes toutes sur le sud. Celle du centre avait une porte vitrée.


Cet après-midi là, j’aidais vaguement Valentina, qui n’avait sûrement pas besoin de cette aide, à une traduction de l’espagnol, sa langue maternelle. J’étais adossé à la fenêtre, derrière le bureau, dans la pièce de droite. Il y avait du soleil derrière moi et Valentina devant, tête baissée sur les livres.


À un moment, je ne me suis pas senti bien, une sensation bizarre, comme un étourdissement. Je ne buvais alors plus de café depuis plusieurs années, aucun alcool non plus et je ne fumais ni ne prenais de médicament d’aucune sorte : Il était donc inconcevable que je fusse drogué et c’est pourtant la première chose à laquelle j’aie pensé. La seconde, assez curieuse, fut d’aller regarder mon visage dans le miroir de la petite salle de bain, au fond de la pièce centrale. J’ai alors vu dans le miroir quelqu’un me dévisager : un inconnu ! N’importe qui eut pris peur mais j’ai éclaté de rire, un fou rire interminable !


Des années plus tôt, j’avais lu dans une belle revue trimestrielle, un article de Douglas Harding °. J’en avais été impressionné, sans savoir au juste pourquoi. Un peu plus tard, sans le sou, je volais un petit livre au titre provocant : « Vivre sans tête »°°. Je vis seulement après qu’il était aussi de Douglas Harding. Ce que je comprenais de son propos était assez limité et je n’avais aucune idée de ce que cela pouvait impliquer : Il ne s’agissait que de constater, dans l’actualité de notre propre vision du monde, notre absence de visage, l’ouverture sans limites qui nous en tient lieu. C’était assez évident, je le comprenais bien, mais je devinais là un grand mystère contre lequel je buttais. Bien sûr, je lisais Pierre Teilhard de Chardin, Krishnamurti ou Chögyam Trungpa mais je ne voyais pas bien quel rapport pouvait avoir le propos si simple de Douglas Harding avec ceux-là, si complexes et élevés. D’ailleurs je ne comprenais même pas tout ce que je lisais alors, j’avais seulement une immense soif de comprendre et je humais plutôt le sens de ce que je lisais, comme un animal assoiffé hume une source, peut-être.

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  Devant le miroir, je venais de voir ce dont parlait Douglas Harding : nous ne sommes pas, au coeur de notre être, ce que nous paraissons être. J’avais cru, depuis toujours me semblait-il, à l’identité absolue entre mon apparence et moi et cette croyance avait soudain et parfaitement disparu ! Des heures qui suivirent cet évènement, je ne me rappelle pas grand-chose : Tout me semblait lumineux, j’étais assis sur le lit, totalement heureux, et j’aurais pu compter tous les brins d’herbe ou les cheveux d’une tête ! Le temps n’existait plus. J’ai voulu écrire ma joie à mon ami Vincent et je n’ai jamais pu écrire que « Cher Vincent », le reste se perdait dans le blanc de la page, une joie éblouissante et indicible.

Tu comprends ?


Cet après-midi là, s’était ouvert, dévoilé, quelque chose mais je ne savais pas quoi et vingt ans après, je ne sais toujours pas vraiment ce que je dois en penser. C’était fou, c’est sûr, cette découverte d’un étranger dans le miroir : une brusque déchirure de la reconnaissance de soi : J’ai vraiment cru, un bref instant, que le miroir était une sorte de fenêtre et qu’un inconnu, depuis une pièce inconnue, me regardait ; mais c’était tellement déraisonnable que cette idée n’a eu le temps que de m’effleurer : j’ai bien dû admettre que c’était mon image et à quel point aussi elle m’était étrangère ! Un bref instant d’hésitation, de recul, puis le lien s’est rompu dans un éclat de fou rire salvateur, un rire explosif d’où jaillissaient toutes les questions restées sans réponse depuis mon enfance, jusqu’à la dernière ! En riant, je devais cracher du feu comme un dragon ! Je ne regrette pas du tout ce moment, mais celui qui l’a suivi, même incompréhensible, m’a laissé le souvenir d’un bonheur sans limites : assis, au soleil, dans la joie apaisée, une joie d’or et de diamant ! Tout était devenu simple et lumineux. Je ne pouvais rien faire, j’étais ébloui, embarrassé de bonheur !

Le lendemain, dans le bus, je sentais ce mystère s’effilocher et je me demandais bien par quels mots je pourrais le faire revenir.

Floirac, le samedi 20 juin 2009, Jean-Christophe Sekinger

 

°« Comment renoncer » Douglas E. Harding, n°5 de la revue 3ème Millénaire (Printemps 1987). J’avais acheté cette revue parce que je voulais lire cet article sur le peintre-verrier Udo Zembok : « Forme, couleur, lumière »

°° À cette époque, il m’est aussi arrivé de chercher des fruits dans les poubelles à la fin du marché des Capucins.  Je le précise afin que, peut-être, vous m’excusiez.  

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