Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

19 juin 2019

Louis Lavelle : La présence de l'Etre

Louis Lavelle est un remarquable philosophe français du XXème siècle.

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Dans ce texte, il nous invite à prendre conscience de la présence de l'Être.

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"Il y a une expérience initiale qui est impliquée dans toutes les autres et qui donne à chacune d’elles sa gravité et sa profondeur : c’est l’expérience de la présence de l’être. Reconnaître cette présence, c’est reconnaître du même coup la participation du moi à l’être.

Personne sans doute ne peut consentir à cette expérience élémentaire, en la prenant dans sa simplicité la plus dépouillée, sans éprouver une sorte de frémissement. Chacun avouera qu’elle est primitive, ou plutôt qu’elle est constante, qu’elle est la matière de toutes nos pensées et l’origine de toutes nos actions, que toutes les démarches de l’individu la supposent et la développent. — Mais, cette constatation une fois faite, on passe vite : il suffit désormais qu’elle reste implicite ; et nous nous laissons attirer ensuite par les fins limitées que nous proposent la curiosité et le désir. Ainsi notre conscience se disperse ; elle perd peu à peu sa force et sa lumière ; elle est assaillie de trop de reflets ; elle ne parvient pas à les rassembler parce qu’elle s’est éloignée du foyer qui les produit.

Le propre de la pensée philosophique est de s’attacher à cette expérience essentielle, d’en affiner l’acuité, de la retenir quand elle est près d’échapper, d’y retourner quand tout s’obscurcit et que l’on a besoin d’une borne et d’une pierre de touche, d’analyser son contenu et de montrer que toutes nos opérations en dépendent, trouvent en elle leur source, leur raison d’être et le principe de leur puissance.

Mais il est difficile de l’isoler pour la considérer dans sa pureté : il y faut une certaine innocence, un esprit libéré de tout intérêt et même de toute préoccupation particulière. Savoir qu’elle existe, ce n’est pas encore en réaliser la plénitude concrète, ce n’est pas l’actualiser et la posséder.

La plupart des hommes sont entraînés et absorbés par les événements. Ils n’ont pas assez de loisir pour approfondir cette liaison immédiate de l’être et du moi qui fonde chacun de nos actes et lui donne sa valeur : ils la soupçonnent plutôt qu’ils ne la sentent ; elle n’est jamais pour eux l’objet d’un regard direct, ni d’une conscience claire ; et si parfois leur pensée vient à l’effleurer, ce n’est qu’un contact passager et dont le souvenir s’efface vite.

Mais celui qui par contre a saisi une fois dans un pur recueillement et comme l’acte même de la vie la solidarité de l’être et du moi ne peut plus détacher d’elle sa pensée : le souvenir de ce contact en renouvelle la présence qui ne cesse plus d’ébranler son esprit et de l’éclairer. Que l’on ne dise pas que cette expérience est évidente et qu’elle doit être faite, mais qu’elle est stérile si on ne la dépasse pas aussitôt : elle contient en elle tout ce que nous pouvons connaître. Dès qu’elle est donnée, notre vie retrouve son sérieux essentiel en renouant ses attaches avec le cœur du réel, notre pensée, au lieu, comme on le croit, de s’appauvrir et de se vider, acquiert la certitude et l’efficacité en découvrant, dans chacune de ses démarches, l’identité de l’être qu’elle possède et de l’être auquel elle s’applique."

Louis Lavelle; La présence totale

la_presence_totale

 

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annulation de l'atelier à Paris le vendredi 21 septembre

Bonjour,

 

je suis obligé d'annuler la soirée consacrée à l'enseignement de Douglas Harding

vendredi 21 juin à Paris,

pour des raisons familiales.

Désolé.

Prochain rendez-vous pendant la semaine du 14 au 20 juillet en Ardèche.

Et sinon prochain atelier à la rentrée à Paris en septembre pour les ateliers.

 

https://www.visionsanstete.com/ateliersvst

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17 juin 2019

Mourir pour revivre

Je suis en train de lire le nouveau livre publié par mon ami Jean-Louis Accarias. Le livre parle de la mort comme processus d'éveil et de retour à la source.

C'est vraiment un livre profond et bouleversant, car l'auteure s'appuie sur de nombreux témoignages de mourants.

Mais ce qui nous apparait comme une fin de vie, est en réalité pour elle, le début d'une vie plus grande, plus vaste, plus éveillée.

jlr

 

KATHLEEN DOWLING SINGH

 LA GRÂCE Â L’APPROCHE DE LA MORT

 Comment le processus de fin de vie nous transforme spirituellement

Un message d’espoir, de quiétude, et d’éveil spirituel

 

couverture GRACE--premiere

 

Quatrième :

L’auteure s’attache à faire la lumière sur l’intime relation qui existe entre mourir, la pratique de la contemplation, et l’épanouissement spirituel. Ce livre offre une vision significative des dimensions subtiles et des transformations profondes que nous traversons quand nous sommes proches de la mort. 

Quand nous regardons dans ce « miroir » que nous offre le processus de fin de vie, nous obtenons une image plus claire de nous-mêmes et de toutes les possibilités inhérentes à la conscience humaine.

En nous révélant les niveaux de conscience qui transcendent la conscience personnelle, cet ouvrage permet de comprendre que l’approche de la mort est un processus naturel d’éveil à notre nature véritable. Il nous indique comment nous nous reconnectons à l’Êtreté d’où nous sommes issus.

Après avoir côtoyé des centaines de mourants, l’auteure observe que  la fin de vie a pour effet de modifier notre perception en la faisant passer du drame à l’expérience de la grâce. Dans la dissolution qui a lieu à ce moment-là, nous dépassons le sens personnel du Moi, et les illusions d’un mental ordinaire. En soi, l’opportunité de l’imminence de la mort semble posséder les potentialités d’une démarche spirituelle.

En approfondissant notre connaissance du voyage humain dans sa globalité – de la naissance à la mort –, nous renforçons notre capacité à vivre plus pleinement, plus librement. Grâce à cette expansion de notre horizon, nous entrons dans des dimensions qui permettent à notre être de s’ouvrir à ce qui est avec moins d’artifices et plus de simplicité d’être, avec moins de frivolité et plus de joie, avec moins de souffrance et plus de gratitude.

« Un livre profond et émouvant – dont nous avons tant besoin. » Ken Wilber

 416 pages – 22 €

Extrait :

"L'expérience de la grâce

 

Cet ouvrage ne prétend pas négliger la souffrance réelle, et souvent fort brutale, occasionnée par une maladie en phase terminale. quiconque n'en a jamais fait l'expérience, ou n'en a jamais été témoin, ne peut imaginer ce que le corps humain doit endurer. Il n'est pas question d'ignorer que beaucoup de gens n'expérimentent les transformations liées à l'expérience de l'approche de la mort qu'au tout dernier moment ; que la souffrance domine jusqu'à cet instant. Mais la grâce qui survient à la fin d'importantes souffrances étant comme un baume de Galaad, aussi est-il bon de développer avec clarté la connaissance de la manière dont nous pouvons faciliter cette transformation.

Dans le processus de fin de vie, les personnes évoluent de la tragédie à la grâce. Cette expansion de l'identité dans les univers transpersonnels semble se produire de façon universelle. Pour certaines personnes, cette transformation a lieu quelques mois ou quelques semaines avant la mort du corps; pour d'autres, l' abandon - pivot de la transformation psychospirituelle - ne se produit que quelques heures, voire quelques minutes avant le décès. tout d'abord de façon violente, puis avec de plus en plus de douceur, l'aspect tragique de la perte du moi se transforme en grâce.

La tragédie détient en elle-même les graines de la grâce. Elle nous ramène - certes de façon brutale - à notre nature essentielle, la source de la grâce. Nous avons vu que le sens de la tragédie apparaît lorsque nous dépassons n’être mesure par rapport aux choses, ou lorsque nous ne sommes pas à notre place dans l'univers, quand nous perdons notre dimension intime profonde, notre unité intérieure, et que nous ne voyons plus que le fragment, nous souffrons. Le retour à la grâce est le retour à notre dimension intérieure, notre retour au tout.

Avec l'expérience de la grâce viennent la fin de l'illusion, une sensation d'être entier et plus en expansion, ainsi qu'une qualité de paix qui dépasse l'entendement. Michael Murphy appelle cela : « le processus par lequel le savoir unifiant, l'amour qui s'autotranscende, et d'autres capacités extraordinaires, apparaissent en nous - ces aptitudes étant librement offertes plutôt que gagnées, et spontanément révélées plutôt qu'atteintes à travers un effort égocentré » Le mot « grâce » nous fait penser à une bénédiction, au sacré, et inclut la beauté, l'aisance, et la fluidité. La grâce semble sans cesse répondre à notre désir pour elle. La gratitude est une expression de la grâce. Les qualités de la grâce et de la gratitude ont leur origine dans la même source: l'esprit, l'êtreté. Faire l'expérience de la grâce, c'est faire l'expérience de finalement, avec reconnaissance, relâcher la contraction de l'effrayante séparation créée par le moi, nous détendre, et nous ouvrir à l'esprit. Faire l'expérience de la grâce, c'est faire l'expérience de notre propre splendeur rayonnante : la reconnaître, la ressentir, entrer en interrelation avec elle."

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15 juin 2019

Une video sur l'éveil et l'illusion de l'extériorité

 

UNe video de José Le Roy

 

 

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l'ouverture tout en marchant

De François Matton (2011)

"Je peux maintenir l'ouverture tout en marchant, c'est formidable !

Les rues s'ouvrent devant moi. Je ne saurais dire si je les avale dans mon grand vide ou si c'est le grand vide qui les crache, mais c'est magnifique et très drôle.

Les bâtiments n'ont plus la même taille, je les perçois comme des maisonnettes pour enfants.

Au fur et à mesure que j'avance, le monde semble se glisser de par et d'autre pour se dissoudre — les platanes notamment.

Tout ça est très étrange et follement gai.

Liberté, liberté jolie !"

 

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voir aussi ma video sur la marche

 

https://www.youtube.com/watch?v=dvEnWtav1sg

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14 juin 2019

Plus vaste que l’océan

Alors là, c'est vraiment très beau !

Zundel écrit :

"Plus vaste que l’océan, plus libre que le désert et plus intime que le cloître le plus reclus, où l’esprit entre dans sa grandeur, par ce recueillement au centre qui le rend présent à tous les points de la circonférence"

jlr

 

zundel

 

 

”Et ainsi toujours, dès que vous êtes attentif, les limites du monde où vous paraissiez enfermé s’évanouissent en l’espace infini où s’élance votre esprit. C’est là que se font toutes les rencontres et que résonnent toutes les musiques, là que s’échangent les divines tendresses et que jaillissent les sources où s’étanche la pensée. A quelle poussée invisible ont cédé les murs qui vous tenaient captifs ?

 

La culture est le sens de cet espace : plus vaste que l’océan, plus libre que le désert et plus intime que le cloître le plus reclus, où l’esprit entre dans sa grandeur, par ce recueillement au centre qui le rend présent à tous les points de la circonférence; le sens de la valeur que confère à tout être l’Infini auquel il est tangent; le sens de l’aventure promise à toute âme qui s’ouvre à la source d’où l’univers jaillit en son inépuisable nouveauté; le sens de la gratuité, surtout, capable de découvrir en toute réalité le visage intérieur qui l’introduit dans l’ordre intelligible où se meut la pensée, en laissant transparaître en chacune le mystère où son rôle utile s’efface en la Lumière immuable qui l’éclaire au dedans.

 

Ainsi s’abolit toute limite et se décante toute opacité. Le Tout se livre dans un atome et les choses les plus banales paraissent vêtues d’un secret d’amour qui les soustrait à toute possession, en remplissant nos yeux de respect et d’admiration, en faisant naître en nous le regard désintéressé de la contemplation. C’est ce monde gratuit qui est seul à la mesure de votre âme, comme il est seul à vous révéler le privilège de votre liberté; c’est lui que vous demandez à la musique et à la poésie; c’est lui que vous accueillez, ainsi qu’une gerbe de tendresse, dans ce bouquet où la main d’un enfant a caché une Présence qui survivra à l’éclat des fleurs.

 

Il n’est pas nécessaire de nommer cette Présence, dont le discernement constitue à nos yeux toute la culture, et peut-être n’est-ce pas possible, attendu qu’elle est unique et que rien d’autre qu’elle-même ne la peut faire adéquatement connaître. Ceux qui l’ont éprouvée la reconnaissent, toujours identique et toujours nouvelle, comme le lieu vivant où confluent, dans un présent toujours plus riche, les moments éternels où la vie atteint son sommet.”

 

Maurice Zundel : Allusions

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13 juin 2019

cette clarté ouverte tout le temps

 Voici un extrait d'une video de Greg Goode :

 

"Pendant l'état de veille, disons que vous marchiez dans la rue, dans votre champ visuel, il n'y a pas de partie du corps, donc pas d'expérience visuelle de votre corps vous ne l'entendez pas, si vous éternuez vous pouvez vous entendre éternuer ou vous avez une sensation dans la poitrine que qqch se passe, cela peut-être donc une évidence du corps, mais si vous ne toussez pas ou si vous n'avez pas qq issues de ce genre, vous n'avez aucune expérience du corps, il n'y a alors aucune évidence de la présence du corps.
Peut-être regardez-vous vers le bas et vous voyez vos chaussures, ces deux formes marrons et vous pouvez les regarder sans les relier à une notion de corps mais disons que vous les reliez à une notion de corps, pour un moment, il y a une image visuelle qui est connectée avec une pensée du corps, avec un sentiment qui dit : mon corps mais si vous considérez la journée dans son ensemble, ce ne sont que des tout petits pourcentages, donc la plupart du temps il n'y a pas d'évidence directe que le corps est présent

Prenons les moments où le corps semble être présent, c'est une image visuelle, c'est une sensation tactile, kinesthésique, auditive, c'est un objet.
Et qu'est-ce qui voit l'objet ? La conscience. Il n'y a aucune évidence que le mental ou le cerveau voit le corps, que l'image vient... Disons qu'il y a l'image d'un pied, il n'y a pas d'évidence que cela fasse qqch, c'est juste une image, qui apparaît puis disparaît, et il n'y a pas d'expérience que
cela arrive "dans" le corps non plus. Il n'y a aucune expérience directe que la conscience est contenue "dans" qqch.

Si vous pensez à la définition de la conscience dans ces chemins : clarté et vision (pas l'expérience visuelle, mais ce qui peut être apparu à ) ce n'est pas qqch de physique, n'a pas de forme, donc on ne peut le classer.
Il n'y a aucune façon de dire que c'est ici, à l'intérieur (tête) que cela stoppe (limites du crâne) puis rien, et que cela continue ailleurs dans ce type de forme... Ce n'est pas notre expérience, rien ne le vérifie. C'est une histoire que l'on entend généralement à l'école... mais elle ne fait pas partie de notre expérience directe. Cela peut ouvrir l'expérience de vous-même, entant que ce à qui le corps apparaît, et non ce qui est le corps.

Prenez un moment et expérimentez l'expérience de "voir"... Il n'y a rien dans ce champ visuel qui dit : j'appartiens à qqn... et aussi il n'y a rien qui dit avoir des limites, coins, bords...


Il n'y a aussi rien dans ce champ visuel qui dit : la vision est là et l'objet vu est là-bas... Il n'y a rien de tel... C'est juste ouvert et clair... et indifférencié. Entendre, c'est la même chose... Le corps est donc ce que vous considérez comme un objet, comme tout autre son, sensation...
Donc nous avons d'un côté des objets qui incluent ce que l'on pense être le corps, incluant les pensées et ce que l'on a appris au sujet du corps, et de l'autre la conscience et ce manque, par l'évidence directe, de limites manque, par l'évidence directe, de différenciation entre sujet et objet, il n'y a aucune preuve... simplement, cette clarté ouverte tout le temps... que qqn le réalise ou non, cette clarté est présente à tout moment."
Greg Goode, (traduction Laya Jakubowicz d'après une vidéo)

 

Merci à François Matton


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n'y être nulle part

"Cherchez-vous dans votre tête.

Demandez-vous :

suis-je vers le milieu, à un pouce derrière mon front?

ou plus bas, à gauche, du coté de l'oreille? ...

ou tout à fait dans le fond?....

Evidemment, vous n'y êtes nulle part.

Et très vite, ça devient fort insolite, de n'y être nulle part.

Et ce qui vous paraît encore bougrement plus insolite, c'est de ne pas être là, et que ceci ne change rien, c'est que dans cette pénombre déserte de votre crâne des pensées continuent de rouler - les vôtres, une vie, de sourdre, une mystérieuse vision, de voir - les vôtres, comme si le bonhomme absent, pour qui l'on se prenait, n'avait en réalité jamais été dans le coup !

comme si depuis toujours un vulgaire passager de soi-même usurpait (grâce à sa casquette , sans doute) l'identité du conducteur !

comme s'il restait à faire la connaissance de ce dernier personnage, du sujet réel de cette pensée, de cette vie, de cette vision.»

Stephen Jourdain in Cette Vie m'aime page 65 Le temps qu'il fait 1987


Stephen a raison.

Je m'imagine qu'il y a quelqu'un derrière mes yeux, quelque part dans ma tête.

Qu'il y a là un observateur bien réel, un individu, un quelqu'un !!

Mais si je prends la peine de retourner le regard et de chercher le bonhomme sous la casquette....

je ne trouve qu'un grand espace transparent et conscient, rempli du monde à raz-bord.

Comme c'est insolite ! Et curieux !

Et je peux vous dire que cela fait un choc!

Il n'y a personne sous mon chapeau !!

jlr

chapeau

 

 

Photo prise en Grèce

 

 

 

12 juin 2019

Yoga-nidra par Pierre Bonnasse

Mon ami Pierre Bonnasse vient de publier un nouveau livre sur le yoga nidra.

J'en ai commencé la lecture et c'est vraiment un livre très complet sur ce yoga du sommeil.

pierre-bonnasse

 

 

 

"Cet ouvrage nous plonge au cœur de la spiritualité du Yoga en général, et du « Sommeil du Yoga » (Yoga-Nidrā) en particulier. Sous la forme de méditations guidées, le Rosaire du coeur décrit non seulement 108 exercices inspirés des enseignements traditionnels de l’Inde (yoga, vedānta, tantra et bouddhisme), à pratiquer indépendamment, en posture assise ou allongée, à n’importe quel moment du jour et de la nuit, mais il invite aussi et surtout à les conjuguer, selon une méthodologie simple et clairement expliquée, pour composer vos propres séances de Yoga-Nidrā. Ce Rosaire offre ainsi une infinité de combinaisons possibles qui constituent autant de séances originales, permettant d’explorer en profondeur l’ensemble des structures de l’être et des états de la conscience, afin de les observer, de les comprendre et de laisser se dévoiler le Soi véritable et immuable qui est le Cœur de la vie spirituelle et le but du Yoga, au-delà de la veille, des rêves et du sommeil profond. (...)

La méditation véritable, qui est l’essence même de Yoga-Nidrā, n’est donc pas une action, un faire, mais la nature même de ce que nous sommes vraiment : elle se confond avec notre état naturel. Elle ne consiste ni à répéter une formule ni à scanner le corps de part en part, bien qu’il faille pour la plupart d’entre nous en passer par là. Tout au plus, elle consiste à se laisser baigner dans ce rien vivant, en marinant dans l’espace vide de la conscience, sans s’identifier à son contenu mais en demeurant en tant que pur espace, en tant que pur « je suis ». Le non-être, le non-avoir, le non-faire, le non-savoir, le non-vouloir sont alors éprouvés comme une seule et même Saveur, sans objet. En marinant dans cet Espace, même les impressions d’être rien ou d’être tout s’effacent pour juste laisser la place à Ce qui est. C’est indescriptible – on peut seulement dire que cette Saveur est débordante de paix, de joie et d’amour, même si ces mots ne sont encore qu’un pâle reflet de Cela.

 Yoga-Nidrā, notamment en jouant sur l’observation de l’endormissement, offre ainsi l’un des meilleurs cadres à cette reconnaissance. Tant qu’il y a un effort pour essayer de maintenir la conscience dans le sommeil, « pour garder une partie de l’esprit éveillée tandis que l’autre dort », comme l’affirment souvent certaines définitions erronées de Yoga-Nidrā, il y a échec. Justement parce que la personne s’invite, parce que c’est le moi-ego-mental qui essaye, et celui-ci, n’étant qu’une pensée, est condamné à inexorablement disparaître quand le corps s’endort. Il s’agit donc simplement de demeurer dans son état naturel et de reconnaître que la Conscience de l’endormissement ne s’endort pas, de la même façon que la Conscience d’une douleur ne souffre pas ou que la Conscience de la couleur rouge n’est pas rouge. La Conscience est simplement témoin de la structure corps-esprit en train de s’endormir, de dormir profondément, de rêver ou d’agir dans l’état de veille. Je (en tant que Soi) ne disparaît pas mais assiste à la disparition. C’est tout. L’état de veille, qui était perçu comme une continuité, en cristallisant l’idée d’être une personne séparée à cause de l’identification au nom, à la forme et à la mémoire, est également vu comme instable, fait de phénomènes constamment changeants à l’instar de l’état de rêve. Cette personne apparaît avec la naissance et l’état de veille, et disparaît avec le sommeil profond et la mort du corps. Si je perçois ceci et cela, c’est que je ne suis ni l’un ni l’autre. Yoga-Nidrā ne cherche ni à introduire quelque chose qui ne serait pas là, ni à le fabriquer, l’inventer, le créer, le développer ou même l’atteindre. Yoga-Nidrā n’invite qu’à reconnaître ce qui est déjà là et naturellement parfait en chacun de nous."

Pierre Bonnasse

 

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11 juin 2019

C'est un regard impersonnel

(repost 2011)

goorma

"Ce n'est pas à travers les trous oculaires que je vois. 

C'est à travers un oeil qui est derrière et au-dessus. 

Un oeil qui est chez moi et fait comme chez lui. 

Comme chez toi. 

C'est un regard impersonnel. 

Ce qu'il voit au dehors, est personnel. 

Ce qui est dehors, apparaît et disparaît. 

Mais cet oeil qui voit tout n'est jamais apparu, c'est simplement une ouverture qui laisse sa place au monde."

 

 

 "Je vais aller là où je ne suis jamais allé, là d'où je ne suis jamais parti. 

Revenir au séjour que je n'ai jamais quitté. 

Ce lieu abstrait, comparable au ciel immense, vide, lumineux, sans limite ni contour. 

Il n'est que de se retourner vers lui, vers ce que fondamentalement nous sommes. 

Retourner le regard vers sa source. 

Plonger dans la fontaine obscure d'où surgit le regard. 

Devenir ce qu'il n'a jamais cessé d'être. 

Une lampe allumée dans la nuit des tempes. 

Car le ciel n'est rien d'autre qu'un regard."

 

 

 "Nous regardons à partir d'un oeil immense, plus vaste que le monde. 

Je suis un espace pour le monde. 

Et l'espace sans le monde, se connaîtrait-il ? 

Disparaître à la faveur du monde. 

Voilà la vraie courtoisie.

Céder sa place à la beauté. 

Elle chante derrière la porte."

Jacques Goorma, Le séjour

Arfuyen 2009

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