Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

18 janvier 2017

Le Roi qui se prenait pour un fantassin

Lors d'un atelier l'autre jour, j'ai évoqué cette histoire d'un roi qui se prenait pour un fantassin, la revoici.

 

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Le Shivaïsme d'Abhinavagupta (Inde, Xème siècle) s'appelle école de la reconnaissance (pratyabhijñā), car pour s'éveiller il suffit de reconnaitre sa véritable nature. D'après cette école notre Soi a oublié sa véritable nature, et s'est perdu dans le monde. Il est comme un roi qui aurait, pour s'amuser, pris l'uniforme d'un de ses fantassins :

"Comme un roi régnant sur la terre entière, sous l'exultation joyeuse que lui cause sa puissance, peut exercer par jeu les activités d'un fantassin, ainsi le puissant Seigneur, dans sa joie exubérante, se plait à assumer les formes variées (de l'univers)" (Somananda trad. Silburn)

Ainsi, en jouant le role de fantassin, le Roi se prend à son jeu, oublie que ce n'est qu'un rôle et perd sa puissance et sa liberté. Mais si le fantassin réalise soudain qu'il est Roi, alors sa conscience limitée recouvre sa souveraineté et sa liberté totale.

Silburn écrit, commentant la citation précédente : "Dans l'éblouissement d'une libre prise de conscience, il reconnait le souverain qu'il est, qu'il a toujours été. C'est alors dans la plénitude de la félicité et de la connaissance qu'il jouit de sa souveraineté retrouvée ; il l'exerce pleinement et, pour l'avoir oubliée dans l'exubérance de son jeu, il en sait le prix."

Nous sommes ce Roi, ce Seigneur de l'Univers et nous nous sommes en effet pris pour un pauvre fantassin, un trouffion de seconde classe. Quel est ce fantassin ? C'est l'individu humain que nous voyons tous les jours dans le miroir ! Nous avons revêtu son costume de peau et de chair, adopté ses pensées et ses limitations.

Au début ce fut drôle sans doute, mais au bout d'un certain temps, cela a commencé à devenir épuisant et douloureux !

Il est temps que nous reconnaissions notre vraie nature royale. Cela peut se faire en un clin d'oeil ! il suffit que je regarde QUI regarde en ce moment !

José LE ROY

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17 janvier 2017

Les moments les plus lumineux

Un ami, M., qui était au stage ce week-end avec Fabien et moi, m'envoie cet extrait de Christian Bobin. M. écrit :

" L'extrait qui suit relate donc une expérience directe, spontanée, totale. Quelle belle définition claire et limpide de la « Présence à Soi et au monde » ! Chaque mot est à sa place."

Quand "je" ne suis pas là, le monde apparait. C'est dans mon absence en tant qu'observateur que le présence du monde se donne dans une évidence lumineuse. Et la Présence du monde est aussi alors la mienne, sans dualité.

Merci de ce texte.

jlr

 

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Voici l'extrait de Christian Bobin

 

"Les moments les plus lumineux de ma vie sont ceux où je me contente de voir le monde apparaitre.

Ces moments sont faits de solitude et de silence.

Je suis allongé sur un lit, assis à un bureau ou marchant dans la rue. Je ne pense plus à hier et demain n'existe pas.

Je n'ai plus aucun lien avec personne et personne ne m'est étranger.

Cette expérience est simple. Il n'y a pas à la vouloir. Il suffit de l'accueillir quand elle vient.

Un jour tu t'allonges, tu t'assieds ou tu marches, et tout vient sans peine à ta rencontre, il n'y a plus à choisir, tout ce qui vient porte la marque de l'amour. Peut-être même la solitude et le silence ne sont-ils pas indispensables à la venue de ces moments extrêmement purs.

L'amour seul suffit.

Je ne décris là qu'une expérience pauvre que chacun peut connaître, par exemple dans ces moments où, sans penser à rien, oubliant même qu'on existe, on appuie sa joue contre une vitre froide pour regarder tomber la pluie."

 

"Mozart et la pluie" de Christian BOBIN

Voir aussi cet autre texte de Bobin ICI

 

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public/privé

 

On peut, je crois, pédagogiquement et provisoirement, présenter la question de notre identité ainsi.

Nous avons deux identités : une identité publique et une identité privée.

L'identité publique représente notre apparence pour les autres, notre corps mais aussi notre personnage social avec toutes les caractéristiques qui lui sont attribuées comme la nationalité, le métier, le statut marital, le caractère etc. La plupart des gens ne connaissent pas d'autres identités que celle-là. Par exemple, mon identité publique est celle d'un professeur de philosophie français, marié, père de deux enfants etc.

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Mais nous avons aussi une identité privée, qui représente ce que nous sommes pour nous-mêmes, c'est-à-dire notre essence. Cette identité privée est inaccessible aux autres de l'extérieur et elle se découvre à nous lorsque nous inversons la flèche de  notre attention de 180°.

 

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Cette identité privée n'a rien à voir avec un moi psychologique, avec des pensées ou des sentiments. Elle est l'espace vide, et sans forme à partir duquel le monde est vu (et en ce moment cet écran).

Notre erreur fatale est d'ignorer cette identité privée et de nous identifier complètement avec l'identité publique.

Cette distinction est provisoire car en réalité, il n'y a ni intérieur, ni extérieur, ni privé, ni publique mais elle peut s'avérer utile dans un premier temps.

Ainsi, voir sa vraie nature (appelée ici identité privée) c'est connaître un secret que les autres ne voient pas (à moins qu'ils ne s'éveillent eux-mêmes à leur vraie nature);

un secret absolument magique.

De l'extérieur vous paraissez un homme ou une femme, mais pour vous-mêmes ...

vous êtes...l'espace éveillé.

jlr

 

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16 janvier 2017

Nature de bouddha

Se reposer sur la nature de bouddha.

Se reposer dans la vacuité.

Se reposer sur l'immuable.

Se reposer sur la perfection déjà accomplie.

Se reposer dans la clarté de l'éveil.

Se reposer sur la nature de l'esprit.

Se reposer

et par l'absence d'effort,

expérimenter la grande liberté souveraine.

jlr

 

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Ajahn Chah : là où il n'y a rien

"Sans tenir compte du temps et de l'espace, toute la pratique du Dharma arrive à son achèvement là où il n'y a rien.

C'est le lieu de l'abandon, de la vacuité, là où on dépose le fardeau.

C'est la fin."

Ajahn Chah

 

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Voici ce lieu-sans-lieu, ce bout du monde où il n'y a rien, et où on dépose le fardeau, juste là au-dessous de nos épaules.

C'est le bout du monde, la fin du samsara.

Ici, juste ici, la pratique cesse puisque le chercheur disparait.

Et dans ce rien éveillé, dans ce nirvana, le monde apparait.

 

 

jlr

le bout du monde

 

 

 

"Regardless of time and place, the whole practice of Dhamma comes to completion at the place where there is nothing. It’s the place of surrender, of emptiness, of laying down the burden. This is the finish. Ajahn Chah

Ajahn Chah

 

 

 

 

 

 

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15 janvier 2017

Paysage de neige

Aujourd'hui, lors de la deuxième journée de l'atelier, nous avons fait un exercice sur l'immobilité.

Est-ce la Conscience-Présence que je suis qui bouge ?

Ou est-ce le monde qui bouge en elle?

Mon ami Daniel Zanin vient juste de m'envoyer une video sur l'immobilité, avec ce commentaire :

"Je marche ou est-ce le paysage qui vient vers moi ?
La caméra n'ayant pas de mental à vous de voir !"

 

 

On voit très nettement que le paysage bouge dans un espace vide et immobile,

Le marcheur est sans tête.

merci Daniel

jlr

lien vers le site de Daniel La-marche-consciente

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Vide et plein

 

"Comme un pot vide placé dans l'espace

Celui qui connait l'absolu est vide au-dedans et vide au-dehors

Et au même moment, il est plein au-dedans et plein au-dehors

Comme un pot immergé dans l'océan."

 

Yoga Vasishtha Sara (Inde),

résumé du Yoga Vasishtha, texte indien du moyen âge

 

 

 

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Sortie de Thomas Pesquet dans l'espace l'autre jour.

 

 

Pas d'observateur. Vide.

Personne ne regarde ces deux jambes.

Vide et vide.

Mais le vide est plein du corps, plein de la terre, plein de l'univers.

Plein sur plein.

Plein et vide.

Plein parce que vide.

Vide pour être plein.

Vide et plein sans dualité.

Sans intérieur, sans extérieur.

WOUAH !

jlr

 

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14 janvier 2017

La Présence est immuable

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Aujourd'hui, j'ai animé une journée de méditation avec Fabien Devaugermé à Bures-Sur-Yvette.

Il s'agissait de prendre conscience de la Présence, c'est-à-dire de ce que nous sommes vraiment, vraiment, au-delà de notre corps, au-delà de nos pensées, et de nos rôles sociaux.

Après la première méditation, j'ai demandé aux participants de nous donner la qualité de la Présence qui les avait particulièment marquée pendant l'expérience.

Voici quelques réponses :

"La Présence est une Lumière"

"Elle est illimitée, en expansion. J'ai l'impression de déborder de mon crâne"

"Elle est vide et en même temps plénitude"

"C'est vivant"

"C'est une source car tout jaillit d'elle"

"Elle est une Unité"

"Elle n'est en opposition avec rien, elle est accueil"

"Elle est amour"

"Elle est silence"

"La Présence est immuable"

"Elle est éveillée"

"Elle est présente sans effort."

"Elle est sans âge"

Toutes ces réponses étaient justes.

Et tous ces mots pointent vers notre être réel.

Quand nous sommes vraiment attentifs  à notre présence, nous pouvons en effet l'expérimenter comme illimitée et vaste.

Mais quand nous sommes au contraire distraits, nous réduisons la Présence à un corps, à des pensées, à une histoire, à un individu.

Nous la limitons ; nous la chosifions. Nous l'oublions.

Il s'agit tout simplement de retourner la flèche de notre attention de 180°pour prendre conscience de ce qui en nous regarde, entend, ressent, pense.

Rien à faire.

Juste être.

jlr

 

 

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Shankara et la non-dualité

Nous venons d'éditer aux éditions Almora un livre sur le philosophe indien Shankara, écrit par Michel Hulin.

Shankara est un des plus grands philosophes indiens, le Platon de l'Inde si l'on veut.

Ce livre est la référence incontournable pour ceux qui s'intéressent à la pensée de l'Inde, à la philosophie, et à l'advaita vedanta.

Il est écrit par Michel Hulin, le plus grand spécialiste français de Shankara.

jlr

 

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Extraits

" Le sujet humain qui, en droit, coïncide avec la réalité ultime se perçoit comme une entité à tous égards limitée, contingente, dépendante du cours du monde et exposée à la souffrance. Pour rendre compte de cette situation, Śaṅkara a recours à une théorie dite de la « surimposition » (adhyāsa). Sous l’empire de la nescience, le Soi unique, identique au brahman, s’agrège, se surimpose toutes sortes de déterminations étrangères ou « conditions limitantes extrinsèques » (upādhi), souvent appelées simplement « noms et formes » (nāma-rūpa) qui le démultiplient et le particularisent illusoirement.

Il en résulte une myriade de vivants individuels, tous pourvus d’un « corps propre » formé d’une hiérarchie d’organes de sensation et d’action travaillant en synergie. Ces répliques « en miniature » du brahman, toutes ainsi plongées dans le monde phénoménal, sont soumises, quoique de manière  infiniment variée, à ses vicissitudes. Chacune se croit unique en son genre, mais leur distinction mutuelle est superficielle dans la mesure où elle ne repose que sur la diversité des conditions limitantes extrinsèques, alors que le principe de la pensée – qui n’est pas un genre, un universel mais un existant concret – est unique et indivisible, donc intégralement présent en chacune. Dans la mesure, cependant, où tel ou tel de ces vivants individuels vient à prendre conscience de sa condition aliénée et, guidé par un guru, en découvre le « chiffre » dans la Révélation védique, la voie de la délivrance, c’est-à-dire de l’arrachement au monde de la différence, s’ouvre devant lui. Elle exige au départ un renoncement radical, un détachement absolu vis-à-vis de tous les buts mondains (au nombre desquels seront comptés les rites ou les actes simplement conformes à l’ordre moral du monde ou dharma), cela en fonction du postulat que toute visée autre que celle de la délivrance est obligatoirement inspirée par l’amour égocentrique de soi et donc par l’ignorance métaphysique.

Le  parcours spirituel se déroule ainsi en quatre étapes principales : l’écoute attentive (śravaṇa) de la Parole védique telle que transmise par un guru ; l’effort de réflexion (manana) indispensable pour la comprendre dans toutes ses implications ; la rumination mentale (nididhyāsana) des « Grandes Paroles » (mahāvākya) en lesquelles elle culmine ; enfin la concentration (samādhi) sur le brahman, réputée déboucher sur une saisie intuitive de la non-dualité et un arrachement définitif à la transmigration. Dans l’intervalle entre cet éveil et la mort, plus ou moins prochaine mais de toute manière destinée à être la dernière, règne un état paradoxal de « délivrance en cette vie même » (jīvan-mukti) : le sage demeure, le temps que s’épuise son « karman* entamé », toujours physiquement enfermé dans les limites générales de la condition humaine et dans ses limites individuelles propres, mais il ne les ressent plus comme telles."

Michel Hulin

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13 janvier 2017

Dans la Clarté de l’Etre

 

J'ai reçu aujourd'hui ce mot de Catherine Harding pour l'anniversaire des 10 ans de la disparition de Douglas Harding (1909-2007), philosophe et enseignant spirituel, et qui était aussi son époux.

jlr

 

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11 Janvier 2017

"Dix ans déjà que tu as été libéré de ton apparence physique, Douglas.

 Dix ans de solitude conjugale pour la petite Catherine, qui remercie la Vie de lui avoir donné le privilège de te rencontrer et d’être ta femme.

 Tu as quitté ton corps et je continue de marcher dans mon enveloppe solitaire.

 Mais ICI, au centre de moi-même, dans la Clarté de l’Etre, le grand fond de lumière d’où nous venons tous, nous sommes unis plus que jamais et à jamais.

 Merci Douglas pour ce que tu as partagé avec nous tous, des milliers d’amis à travers le monde.

 Merci pour l’héritage que tu nous as laissé, La  Perle Précieuse, le Trésor, la libération ultime : la VISION DE QUI NOUS SOMMES VRAIMENT, VRAIMENT, VRAIMENT.

 Merci pour tes « expériences », la « boîte à outils » géniale qui permet à qui le veut vraiment de sortir de la prison de la petite personne enfermée dans une petite tête que nous croyons être, et de voir le Ciel Infini que nous sommes en réalité au-dedans de nous.

 Puissions-nous - chacun d’entre nous - nous installer en cette Clarté et la partager avec le plus grand nombre.

 Tu nous as libérés de l’obligation de la dépendance et de la soumission à des croyances imposées

 Le Face-à-Non Face au service du Grand-Ouvert, de l’amour infini devenu possible entre les êtres vivants.

 Je veux témoigner ici de la grandeur de cet homme si modeste, qui a consacré sa vie à ouvrir cette Voie si concrète vers la paix, la joie, l’amour, plus proches de nous que notre veine jugulaire.

 Aussi je nous invite tous, chacun d'entre nous, à célébrer cette Vision et – au plus difficile – La VIVRE ."

Catherine Harding

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