Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

26 mai 2012

La puissance de Maharaj

C'est grâce à Nisargadatta Maharaj que j'ai vu ma vraie nature, en lisant et en méditant son livre "Je Suis" qui est d'une puissance imcomparable.

ce sont ses mots qui m'ont délivré de l'identification au corps :

 

"Situez-vous hors de ce corps soumis à la naissance et à la mort, et tous vos problèmes seront résolus. Ils existent parce que vous croyez être né pour mourir. Désillusionnez-vous et soyez libre. Vous n’êtes pas une personne."

Nisargadatta Maharaj

Posté par josleroy à 10:08 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : ,


25 mai 2012

Comme un regard d'enfant

Comment avons-nous perdu ce regard de l'enfance?

Quand avons laissé partir notre héritage de joie et de simplicité?

Où s'est envolé notre trésor de liberté?

Qui a bouché la vaste transparence emplie de l'éclat du soleil et du bruit de la pluie?

 

...Lorsque tout brillait simplement comme une aurore

 

Un voile gris s'est déposé entre nous et la force de vie

qui battait dans notre coeur puissant et délicat

Alors le monde s'est éloigné

il a cessé de danser

et je suis devenu un petit personnage très sérieux

déjà mort, endormi

 

Mais voici que maintenant

par un soudain mystère

par surprise

comme un ami qu'on n'attend plus

sont revenues vers moi toutes ces beautés volées,

toutes ces forces vaillantes,

toutes ces couleurs brillantes,

toutes ces libertés parties

comme un cortège d'anges

trop longtemps oubliés

 

Il a percé de nouveau vers le soleil

le regard infini et nu

de l'enfance et encore davantage

 

Et de cela, je rends grâce!

 

jlr

 

IMG

Olivier Culmann, Zéphir


 

Posté par josleroy à 23:10 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags : , ,

Le secret du bonheur

"Ne demande pas que les choses qui arrivent arrivent comme tu veux,
mais veuille que les choses arrivent comme elles arrivent et tu seras heureux."

Epictete, Manuel.

Le bonheur c'est l'identité ou l'harmonie entre mes désirs et le monde. Je suis heureux quand mes désirs se réalisent et malheureux ou frustré quand ils échouent. Nous voulons que le monde s'accorde avec nos désirs; nous prenons - comme on dit - nos désirs pour la réalité. C'est là une attitude infantile et vouée à l'échec. Le monde suit un ordre qui n'est pas celui de nos rêves.

C'est pourquoi Epictète propose de modifier notre stratégie ; adaptons nos désirs au monde plutôt. Ainsi si je désire tout ce qui arrive, tout ce que je désire arrive en effet.

Descartes, très influencé par le stoïcisme d'Epictète, se souviendra de sa leçon dans la troisième maxime morale du Discours de la méthode :

"Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde et généralement, de m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées, en sorte qu'après que nous avons fait de notre mieux, touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est, au regard de nous, absolument impossible. Et ceci seul me semblait être suffisant pour m'empêcher de rien désirer à l'avenir que je n'acquisse, et ainsi pour me rendre content." DESCARTES

2-duane_hanson_supermarket

 

Ainsi pour Epictète, le bonheur se trouve dans le OUI au monde, dans l'acceptation de ce qui m'arrive. Le sage est le seul qui accomplit tous ses désirs puisque sa volonté s'identifie avec celle de la totalité, avec celle de Dieu (qui est pour Epictète la même chose que le monde). et en même temps, le sage stoïcien n'a plus de désir, n'a plus de manque ; il est plénitude et jouit de la contemplation du monde.

jlr

Posté par josleroy à 10:07 - - Commentaires [18] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
23 mai 2012

Rappel : exposition de Lorene Vergne, conférence de josé Le Roy, Machine de Bill Garside

Demain à La Galerie L'oeil du Prince à Paris

27 rue Cardinet à partir de 18 h

conférence à 19h30

Les autoportraits existent depuis l’Antiquité et peut-être depuis la Préhistoire. La représentation de soi-même a fasciné et fascine encore les peintres et les sculpteurs.
Avec l’invention des miroirs en verre plat au XVème siècle à Venise, et la révolution du statut de l’artiste, l’art de l’autoportrait se développe dans toute l’Europe à la Renaissance.
Mais qu’est-ce qu’un véritable autoportrait ? Que voit-on de soi quand on se peint à partir d’un miroir ? Ce que la conférence veut montrer c’est que les autoportraits, à de très rares exceptions près, ne sont pas des autoportraits mais des hétéroportraits, c’est-à-dire des points de vue de l’extérieur. Que voit-on de soi à zéro centimètre ? Que puis-je voir de moi, ici, au centre ? Les tableaux de Lorène Vergne Le Roy nous dévoilent un aspect inouï de nous-mêmes, qui a échappé aux artistes. Il ne s’agit pas seulement d’esthétique ou d’histoire de l’art, mais de philosophie et aussi de spiritualité. JLR

 

http://www.loeilduprince.com/la_galerie.html

oeil


 

Posté par josleroy à 19:57 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

Video de Catherine Harding avec Richard Lang

Posté par josleroy à 15:08 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,


22 mai 2012

Video de Douglas Harding à 96 ans (mais zéro au centre!)

Le Père Noël de Douglas Harding - Par la Revue 3e millénaire www.revue3emillenaire.com

Posté par josleroy à 18:01 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : ,
21 mai 2012

Célébration

Ce week-end, dans un village près de Bédarieux, au nord de Montepellier, j'ai assisté à l'anniversaire de Catherine Harding, la femme de Douglas. Nous étions une quarantaine d'amis, heureux de partager ces instants fraternels.

Catherine a 80 ans, mais en réalité zéro, car consciente de sa vraie nature, elle vit à partir de la claire lumière qui est sans âge, nouvelle à chaque instant.

C'est parce qu'elle puise au coeur de la clarté éternelle qu'elle rayonne comme un soleil , l'amour, la vie et l'intelligence; Nous avions devant les yeux, les effets de la pratique de l'enseignement de Douglas !

En quoi consiste cet enseignement ? être toujours conscient de la vacuité à partir de laquelle le monde est vu; vivre à partir de la non-séparation avec le monde, à partir de l'espace clair et sans âge dans lequel le monde apparait, radieux.

Catherine animera des ateliers réguliers autour de l'éveil à sa vraie nature à partir du mois de septembre près de Bédarieux.

jlr

 

DouglasCatherine2

catherine

Posté par josleroy à 23:33 - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
19 mai 2012

Joan Semmel

Voici une peintre contemporaine qui réalise de nombreux tableaux en première personne.

http://www.joansemmel.com/

Mais elle ne semble pas du tout parler de la vacuité de l'observateur qui est pourtant évidente sur ces toiles !

jlr

 

l_24c08381aac3d354d7affb326fb7739b

 

Joan-Semmel3

 

tumblr_lrkvbpb1281r0j4uno1_500

 

counter-semmel

 

Amagansett Afternoon Joan Semmel

 

semmel-534x300

 

57

Posté par josleroy à 10:21 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
18 mai 2012

Vasubandhu : le monde est dans l'esprit

Suite de mon cours de philosophie sur l'idéalisme

Lundi 21 mai à 19 h à Paris: renseignements : josleroy@aol.com

Sujet du cours: L'idéalisme bouddhiste de Vasubandhu

Vasubandhu

Nous étudierons les principales thèses de Vasubandhu à partir de trois traités : la Vingtaine et son autocommentaire, la Trentaine, et le Traité des trois natures.

On peut lire ces textes dans la traduction du tibétain qu'en a donnée Philippe Cornu. Je proposerai également ma traduction du sanskrit.

traites

 

l'éléphant magique

 un-male-elephant-de-savane-d-afrique_765_w460

Dans le  Trisvabhāva-nirdeśa, dans les shloka 27, 28, 29 et 34 Vasubandhu utilise la métaphore d'un éléphant magique qui apparaît grâce à l'incantation d'une parole (le mantra) pour rendre compte du pouvoir illusoire et créateur de la conscience :

 

« De même qu'à partir du pouvoir du mantra, au moyen d'une forme, apparaît un éléphant fait d'illusion, il n'y a là qu'une apparence, mais l'éléphant en aucun cas n'existe. »

« L'éléphant est la nature fabriquée, la nature dépendante en est la forme

ce qui est là l'absence d'éléphant c'est cette nature parfaite »

« C'est ainsi que la fabrication irréelle apparaît, au moyen de sa dualité, à partir de la conscience racine,

la dualité ne provient pas de ce qui est au-delà d'elle, là n'existe qu'une forme. »

« La non-perception de l'éléphant et la disparition de la fabrication de l'éléphant

et la perception du morceau de bois (se produisent) simultanément dans l'illusion magique. »

 

Cette référence à l'éléphant se rencontre dans de nombreux textes de Vasubandhu par exemple dans le commentaire au traité d'Asanga Mahāyānasutrālamkāra où on peut lire (dans la traduction résumée de Stephen Anacker):

« Le morceau de bois que le magicien a devant lui dans un spectacle magique tandis qu'il prononce le mantra pour le faire apparaître de manière différente est comme la nature dépendante quand elle est construite. L'éléphant qui apparaît où le bois est vraiment  est comme la nature construite. »

« La dualité est construite à travers l'illusion  d'un objet appréhendé, comme un éléphant créé de manière magique .»

De même dans le Dharmadharmatāvibhāgavrtti de Vasubandhu on lit (toujours dans la traduction de Stephen Anacker):

« Comment peut-il y avoir une apparence d'une inexistence en place d'une existence. 

Comme dans le cas d'un éléphant vu dans un spectacle magique. C'est la construction de ce qui n'était pas  qui fait apparaître une inexistence comme une existence, et cette apparence de l'inexistence comme existante est la définition caractéristique de l'illusion. Sans l'apparence de l'inexistence comme une existence, il ne peut y avoir aucune illusion et sans illusion il ne pourrait y avoir aucune libération de l'illusion. » »

 Pour rendre claire la signification des trois natures et la relation qui les unit, Vasubandhu compare les trois natures avec la création magique de l'illusion d'un éléphant. Un magicien, avec l'aide de mantras,  crée une représentation, une idée, une connaissance dans l'esprit du spectateur. Cette représentation etc. créée dans l'esprit du spectateur est ce que le texte désigne avec les mots '  Māyā-kritam ' (fait par magie), 'ākāra' 'ākrti' (forme, apparence). L' ākāra qui est produit dans l'esprit du spectateur a comme contenu ou objet l'image illusoire d'un éléphant créée par magie. La seule chose que nous avons dans ce cas est  l'ākāra, la représentation, l'idée d'un éléphant, qui n'est pas un éléphant réel.

L'éléphant correspond à la nature fabriquée, c'est-à-dire à la dualité du sujet et de l'objet.  Sans dualité la nature dépendante ne pourrait se manifester elle-même. Ce que la magie produit , la représentation qui apparaît dans l'esprit du spectateur correspond à la nature dépendante; l'éternelle inexistence d'un éléphant réel dans le spectacle magique signifie la nature absolue, qui est l'éternelle absence de dualité. Le mantra correspond à l' ālaya-vijñāna , c'est-à-dire à la puissance de certaines imprégnations latentes qui en se réactualisant produisent l'illusion de dualité. La pièce de bois qu'utilise le magicien représente ici la réalité ultime tathatā l'Ainsité sur laquelle l'esprit ignorant vient surimposer une dualité fausse.

Dans cette interprétation, aucune réalité extérieure à l'esprit ne se donne au spectateur; tout se joue au sein même du théâtre de la conscience qui, comme une magicienne, produit des apparences et se trompe elle-même.

 

Posté par josleroy à 10:14 - - Commentaires [148] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
16 mai 2012

La sortie de la religion

Je viens de lire avec intérêt le dernier livre d'Abdennour Bidar : Comment sortir de la religion.

2510_abdennour-bidar_440x260

 

bidar

Présentation de l'éditeur:

"Assiste-t-on à un retour du religieux ? La « sortie de la religion » prophétisée par la modernité occidentale comme avenir de l'humanité a-t-elle échoué ? L'auteur ne croit pas au retour du religieux mais se demande pourquoi des millions d'hommes continuent de chercher dans la religion un sens à leur existence. Pourquoi la religion refuse-t-elle de mourir ? Sans doute parce que l'Occident a voulu s'en débarrasser trop vite, comme si elle ne relevait que de l'illusion et n'avait rien à nous transmettre. Mettant à profit sa double culture intellectuelle - musulmane et occidentale -, il propose dans ce livre une nouvelle manière de penser la sortie de la religion.

Pendant des millénaires, les hommes ont accordéà leurs dieux une infinie puissance créatrice, mais aussi la capacité de détruire le monde. Or la formidable accélération du progrès scientifique et technologique leur donne désormais cette surpuissance jadis réservée aux dieux... Notre problème est que nous ne savons pas comment la maîtriser : ravages de la toute-puissance de l'argent, catastrophe écologique. Sommes-nous devenus des dieux fous ? Les hommes n'ont pas su hériter de la sagesse dont les dieux étaient prudemment dotés...

C'est de cette sagesse dont nous avons aujourd'hui le plus besoin. L'auteur propose donc de « désoccidentaliser » notre compréhension de la sortie de la religion. Peut-on aller chercher ailleurs, entre autre dans l'islam, de quoi venir au secours de l'épuisement du discours occidental sur la religion ? Peut-on aller chercher dans les religions elles-mêmes les ressources pour penser ce nouveau stade d'évolution de l'humanité tout entière ?"

Voici une interview de Bidar publiée dans Le Monde des religions

"Comment en êtes-vous arrivé à l’intuition que perpétuer ou rénover le religieux était comme maintenir en « survie artificielle un homme en état de mort cérébrale » ?

J’ai essayé, dans un premier temps, de proposer une alternative en montrant ce qu’on pouvait sauver de l’islam, en faisant un tri dans le matériau de la tradition. Mais j’avais seulement la sensation de parer au plus pressé. Puis j’ai compris que le religieux ne correspondait plus à notre situation moderne et contemporaine, parce que l’essence du religieux est l’idée qu’il existe une puissance créatrice absolument illimitée, prodigieuse, qui dépasse l’homme et vers laquelle il doit se tourner. Depuis la modernité du XIXe siècle, c’est notre propre puissance créatrice qui a explosé, notamment sur le plan scientifique et technique.

Mais pour l’instant, nous n’avons pas vu le lien entre les deux – religion et modernité – et donc nous n’avons pas su donner à cet événement sa signification existentielle ou spirituelle : cette extension prodigieuse de notre capacité créatrice met en péril le religieux qui était fondé justement sur l’idée d’une puissance créatrice supérieure à l’homme… Même si on peut continuer à vénérer des dieux créateurs qui nous dépassent, plus rien ne sera comme avant : la puissance créatrice s’est révélée, une fois pour toutes, comme notre propre chemin d’évolution. La religion n’était de toute façon pas faite pour être éternelle : toute voie a une fin. à présent, nous sommes sortis de la voie ou de la matrice religieuse. Nous sommes « au-delà » de la voie religieuse. Ce qu’elle appelait elle-même « l’au-delà » commence maintenant. Le véritable au-delà, c’est « l’après » : l’après de notre condition de faiblesse, l’après de notre finitude, qui laisse place à l’émergence de notre puissance créatrice. Je dis cela aussi contre une autre « éternisation » : la tentation de l’Occident moderne d’ériger la finitude de l’homme en vérité éternelle.

Qu’est-ce qu’un homme créateur ?

C’est le défi spirituel de notre temps : convertir et faire converger tous nos moyens au service de l’homme créateur, et pour cela donner une dimension spirituelle à tout un ensemble de progrès qui ne sont pour l’heure que matériels. Cela est bien sûr possible aussi pour tous ceux qui n’auraient pas de bagage religieux. Tout est question… de souffrance. Beaucoup de gens se trouvent aujourd’hui dans une forme d’indigence existentielle, sans démarche spirituelle active, ils ressentent une insatisfaction de fond. D’autres puisent dans le modèle religieux un certain nombre de principes, mais de façon de plus en plus fragmentée.

Tous ceux-là, incroyants et croyants, ressentent l’impasse de la religion et de l’athéisme. Voilà la souffrance de notre temps. En même temps, ils ont plus ou moins clairement l’intuition qu’une nouvelle forme de vie spirituelle est possible. J’aimerais leur donner confiance en notre monde, en leur parlant de l’homme créateur de demain. C’est lui qui peut remplacer « l’homme créature » d’hier. C’est la libération de notre puissance créatrice qui seule permettra d’exploiter spirituellement toutes les possibilités propres de notre temps, toutes les forces de notre civilisation humaine. Aujourd’hui, la toute-puissance est déjà de notre côté, mais elle n’est pas convertie ni « consacrée ». J’ai l’impression de défricher de nouveaux chemins sur lesquels je ne croise plus grand monde, car les auteurs qui m’ont accompagné jusque-là – Teilhard de Chardin, Muhammad Iqbal, Sri Aurobindo – ont tous été, à un moment donné de leur réflexion, rattrapés par le religieux.

Non seulement vous croyez en l’homme, mais vous croyez aux progrès de l’humanité…

Quand j’avais vingt ans, je n’avais pas foi en l’homme. J’étais pessimiste, accablé par le matérialisme ambiant. Puis, il y a eu dans ma vie un déclic à l’âge de 30 ans, qui a suivi ma sortie de la voie soufie. En quittant cette structure initiatique, j’ai traversé une période de crise personnelle extrêmement profonde, j’ai eu la sensation physique et psychique de mourir.

Mais il fallait en passer par là, couper le cordon ombilical avec la religion, intérieure et extérieure, initiatique et sociale. C’est dans l’expérience difficile de ce vide total que tout à coup j’ai trouvé tout ce dont j’avais besoin. Soudain, une jubilation créatrice est montée du fond de moi comme une nouvelle sève et une nouvelle vie. Après, j’ai regardé les autres autrement, et j’ai trouvé chez eux la même puissance créatrice en attente d’éruption et de valorisation. Mais la confiance en l’homme est difficile parce qu’on a beaucoup de mal à voir les progrès que fait l’humanité. Parce qu’ils sont chaotiques, et parce que nous jugeons un processus général à partir de l’échelle de notre existence individuelle durant laquelle il ne se passe finalement pas grand-chose.

Une des seules voies que vous traciez pour aider les hommes à devenir créateurs consiste à interroger les textes sacrés sur leur fin, à les relire comme chemin de sortie de la religion. Est-ce suffisant pour garantir un rapport à la transcendance plus sublime que l’ancien ?

Je donne un certain nombre d’indices sur cette « troisième voie » par-delà religion et athéisme. Mais il faut être très prudent au moment de constituer un nouveau rapport à la transcendance. Il ne s’agit pas de fabriquer une nouvelle religion. Je ne demande évidemment pas aux gens de quitter leur tradition, mais de se demander sérieusement si les possibilités de la religion exploitent encore assez les possibilités actuelles et nouvelles de la vie, de l’homme.
L’héritage religieux peut aider, mais ne peut plus suffire à faire éclore l’homme créateur. Si je regarde mon parcours, je suis sorti de la religion, je suis un héritier de l’islam qui a vécu et puisé dans sa matrice, mais je n’en ai plus besoin et je crois que nous pouvons tous nous considérer comme des nouveaux nés de l’humanité sortie de la religion. Avec un héritage, mais aussi avec de nouvelles forces en nous-mêmes – dont ne disposaient pas les hommes des époques religieuses, parce qu’ils étaient dans la matrice et n’avaient pas fini leur gestation.

Dans cette logique, je ne transmets aucune tradition à mes enfants. Je ne leur ai pas appris à « être musulman ». J’essaie de leur donner une éducation spirituelle post-religieuse. Avec une question centrale : qu’est-ce qui, dans l’ensemble de notre monde actuel, conjugué à l’héritage religieux, peut participer à faire mieux émerger, de façon concrète et partagée entre tous, la vie spirituelle de l’homme créateur ? Il faut faire feu de tout bois : sacré, profane, tout doit servir à embraser la possibilité spirituelle de l’homme créateur. Or, nous vivons dans une société dissociée. On dissocie le religieux du scientifique, du politique, du profane. Tout cela va secrètement dans la même direction.

Ce qu’on doit chercher du côté religieux ou spirituel, c’est aussi une demande que l’on pourrait adresser au politique, aux sphères sociales, scientifiques, économiques : « Avec tous les moyens qui sont les vôtres, donnez à chaque être humain les moyens de se rapprocher de lui-même en lui donnant les moyens concrets d’exister de façon plus créatrice. » Voilà le grand droit du XXIe siècle. Notre génie créateur pourrait sans doute être converti en génie spirituel. Il faut étaler sur la table, là devant nos yeux, tout un ensemble de progrès matériels qui modifient notre vie de tous les jours afin de réfléchir sur ce que pourrait en être leur dimension spirituelle.

Faut-il souffrir, vieillir et mourir pour être humain ? Vous y répondez par la négative. Vous soutenez donc toutes les recherches qui visent à permettre à l’homme de dépasser les limites de son être, de favoriser sa « surpuissance », quitte à prendre le risque de l’eugénisme ?

Le principe de favoriser la bonne santé des êtres humains ne me choque pas du tout. L’éthique est nécessaire. Certains usages des thérapies géniques seront à proscrire. Le XXe siècle nous a avertis des dérives de l’eugénisme. Mais une humanité avertie en vaut deux. Là encore, il y a des possibilités qui ne vont pas cesser de croître. Et la question sera la même que pour tout le reste : quelle vocation spirituelle pourra-t-on leur donner ? S’il s’agit, grâce à nos connaissances génétiques, de donner naissance à des individus qui ne sont pas menacés par des maladies dégénératives, ni par telle ou telle faiblesse cardiaque, nous accroissons notre puissance créatrice : là où la nature commandait et où nous obéissions, à présent, c’est nous qui serons devenus maîtres. Nous sommes appelés à nous créer de plus en plus nous-mêmes.

Mais saurons-nous être aussi sages que les dieux qui, auparavant, détenaient une telle toute-puissance créatrice ? Ils étaient à la fois tout-puissants et miséricordieux. Nous ne pouvons plus nous contenter de sagesses de l’humilité. à des sagesses de créature, nous devons substituer une sagesse de créateurs. Nous préparer à pouvoir créer et détruire des univers.

Vous parlez de « maladie de l’islam » sans (apparemment) prendre en compte la diversité des interprétations, des cultures que recouvre ce terme : n’est-ce pas essentialiser une problématique plus complexe ?

Les traditionalistes musulmans deviennent de plus en plus sociologues et certains sociologues, vaincus par leur empathie naturelle, viennent de plus en plus au secours des traditionalistes musulmans… Les uns et les autres veulent toujours plus excuser l’islam et le déclarer irresponsable de ces maladies qui pourtant, à des degrés divers, s’observent d’un bout à l’autre du monde musulman. à chaque fois qu’on veut mettre en question la religion islam, ils resservent ainsi un discours de victimisation sur les banlieues. Cette dimension sociologique existe. Elle n’empêche pas de dire qu’en plus de la crise sociale, il existe une crise spirituelle, notamment une tragique sous-culture religieuse de tant de musulmans vis-à-vis de leur propre religion, qu’ils réduisent à tous ses stéréotypes les plus médiocres.

Ce que je n’accepte pas dans le discours de gens comme Tariq Ramadan, c’est la volonté cousue de fil blanc de masquer la question religieuse à travers cette analyse sur la condition sociale des populations musulmanes. Autre mauvaise foi : on fait à nouveau plaisir à de nombreux intellectuels occidentaux en se saisissant du concept d’essentialisation. Ramadan se sert ainsi des concepts de réforme, de liberté de conscience, etc. : tout y passe et rien n’est utilisé selon son vrai sens. Au nom d’un refus de toute essentialisation, il juge la critique de l’islam non recevable.

Mais tout en évitant de généraliser, il y a évidemment dans toutes les sociétés musulmanes un ensemble de récurrences extrêmement tenaces et critiquables. Au-delà des différences entre sociétés ou communautés musulmanes, on trouve ainsi des maladies chroniques (dogmatisme, formalisme, machisme, etc.) à différents stades de crispation. Elles sont bel et bien « essentielles » et non « accidentelles », parce qu’elles sont devenues caractéristiques de l’histoire de l’islam et de l’islam contemporain. En réalité, le seul but des traditionalistes qui prennent seulement le masque de la modernité – en parlant le langage des intellectuels de l’Occident – est de défendre un islam inchangé."

 

Je suis d'accord avec Bidar pour dire qu'il faut sortir de la religion par la spiritualité et non par l'athéisme, mais je ne partage pas du tout la seconde partie de la thèse de Bidar selon laquelle l'homme-créateur annoncé par les religions est un sur-homme façonné par la technique : immortel, doté d'un nouveau corps transgénique..L'éveil spirituel est tout autre chose : même si je devenais immortel et capable de vivre dans un monde virtuel informatique, je resterais enfermé dans les limites de l'ego. Il ne s'agit pas de créer un ego surpuissant, mais de se libérer de l'ego et de réaliser notre nature créatrice en tant source de ce monde-ci.

jlr


 

Posté par josleroy à 15:07 - - Commentaires [78] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,