Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

29 janvier 2012

Le Tao radical

Je parlais du taoïsme dans un précédent message; et bien vient de sortir un livre chez mon ami Jean-Louis Accarias:

Le Tao radical de Karl Renz

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Quatrième

Qu'est l'homme dans son essence ? Quelle est la raison d'être de toute cette existence ? Y a-t-il un sens profond au-delà des apparences ? Depuis des millénaires, ces questions demeurent les interrogations primordiales de l'humanité. Dans la religion comme dans la philosophie, la science ou l'art, elles ont empreint notre culture.
Au-delà du temps et de l'espace, voici une rencontre significative de la sagesse chinoise et de la mystique moderne sous forme de 81 formulations de l'Indicible.
Dans ce livre, nous rencontrons Lao Tseu, sage chinois qui vécut il y a 2500 ans, et Karl Renz, artiste allemand et mystique de notre temps. Ils se croisent là où temps et espace n'ont aucune signification.

Karl parle précisément de cette dimension du Tao qui n'est ni tangible ni applicable. Le refus de l'homme à fonctionner dans un monde structuré et ambitieux se retrouve comme thème principal dans le Tao Te King et, ici, où sont repris les aphorismes de Lao-Tseu, l’auteur nous parle de sa propre expérience jusqu'à ce que l'« éternel Maintenant », l'intemporalité, soit réalisée dans toutes les cellules de son corps de conscience.
Comme dit Karl Renz, même s'il n'y a rien à comprendre, « il y a toujours quelque chose qui comprend ! »

         Dans cet ouvrage, à l'aide de jeux de mots étonnants, Karl pousse la pensée au bout de ses limites jusqu'à ce que l'esprit abdique. Le Tao Te King trouve ainsi une nouvelle expression dynamique et contemporaine

     Karl Renz est né en Allemagne, en 1953. Vers 1980, il connut une première expérience de mort – ou « expérience de vie », comme il la nomme – durant laquelle il prit conscience de l'immortalité de l'Être. Il a publié, en France un premier livre « Pour en finir avec l’éveil ». Karl Renz donne des entretiens dans plusieurs pays européens, en Amérique du Nord et du Sud, en Australie et en Inde.


192 pages - 17,50 €


 

 

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Stoïcisme et philosophies orientales

Demain, je continue de donner des cours de philosophie pour les adultes à Paris.

Nous poursuivrons la lecture du Manuel d'Epictète, philosophe stoïcien du 1er et second siècle après J.C.

A cette occasion, nous montrerons certaines correspondances entre le stoïcisme et les philosophies orientales, bouddhisme, hindouisme et taoïsme. Sans doute y a-t-il certaines divergences, mais aussi de remarquables proximités notamment dans la notion d'indifférence ou d'égalité d'âme.

jlr




Etre indifférent à sa situation, avoir un regard égal en tout

"— Kien-ou dit à Sounnchou-nao : « Vous avez été mis en charge trois fois sans vous exalter, et avez été congédié trois fois sans vous affecter. J'ai d'abord soupçonné que vous posiez pour l'indifférence. Mais, m'étant convaincu que, dans ces occurrences, votre respiration reste parfaitement calme, je crois maintenant que vous êtes vraiment indifférent. Comment avez-vous fait pour en arriver là ? » « Je n'ai rien fait du tout, dit Sounnchou-nao. Je n'ai été pour rien, ni dans mes nominations, ni dans mes dégradations. Il n'y a eu, dans ces aventures, ni gain ni perte pour mon moi, voilà pourquoi je ne me suis ni exalté ni affecté. Qu'y a-t-il en cela d'extraordinaire ? Rien de plus naturel, au contraire. Ma charge n'était pas mon moi, mon moi n'était pas ma charge. Faveur et défaveur tenaient à ma charge, non à mon moi. Alors, pourquoi me serais-je donné l'inquiétude et la fatigue de m'en préoc¬cuper? N'eussé-je pas perdu mon temps à penser à l'estime ou à la mésestime des hommes ? » Confucius, ayant su cette réponse, dit : « Voilà bien l'homme vrai antique. Les anciens de cette trempe, ne se laissaient ni impressionner par les discours des savants, ni séduire par les charmes de la beauté, ni violenter par les puissants brutaux. Ni l'amour de la vie, ni 1a crainte de la mort, ces motifs si puissants sur le vulgaire, ne leur faisaient aucune impression. Alors quel effet pouvaient leur faire les dignités et les richesses ? Leur esprit était plus haut que les montagnes, plus profond que les abîmes. Que leur importait que leur position sociale fût infime. L'univers entier étant à eux par leur union au cosmos universel, concéder les dignités et les richesses au vulgaire ne les appauvrissait pas, le grand tout leur restant. »

Tchouang-Tseu

« Pourquoi donc nous irritons-nous ? Parce que nous attachons du prix aux choses qui nous sont enlevées(…) Si tu t’en détaches et les comptes pour rien, contre qui pourrais-tu bien t’irriter ? »
Epictete, Entretiens

« Quel est l’homme invincible ? C’est celui que rien ne peut troubler, rien de ce qui est indépendant de sa personne. »
Epictete, Entretiens


La mort de son enfant

« A propos de tout objet d'agrément, d'utilité ou d'affection, n'oublie pas de te dire en toi-même ce qu'il est, à commencer par les moins considérables. Si tu aimes une marmite, dis : « C'est une marmite que j'aime ; » alors, quand elle se cassera, tu n'en seras pas troublé : quand tu embrasses ton enfant ou ta femme, dis-toi que c'est un être humain que tu embrasses ; et alors sa mort ne te troublera pas. »
Epictète, Manuel

"— A Weï, un certain Tong-menn Ou, ayant perdu son fils, ne le pleura pas. Quelqu'un qui demeurait avec lui, lui dit : « Vous aimiez pourtant votre fils ; comment se fait-il que, maintenant qu'il est mort, vous ne le pleuriez pas ? » Tong-menn Ou dit : « Jadis, durant bien des années, avant sa naissance, je vécus sans ce fils, sans me chagriner, Maintenant qu'il est mort, je me reporte à ce temps-là, me figure qui je ne l'ai jamais eu, et ne me chagrine pas davantage. D'ailleurs, à quoi bon ! Les agriculteurs se soucient de leurs récoltes, les marchands de leur commerce, les artisans de leur métier, les officiers de leur emploi. Or tout cela dépend de circonstances indépendantes de leur volonté. A l'agriculteur il faut de la pluie, au marchand de la chance, à l'artisan de l'ouvrage, à l'officier une occasion de se distinguer. Or, c'est de la fatalité uniquement, que dépendent les circonstances et les occasions. »
LIE-TZEU,

Bouddhisme et stoïcisme

L’impermanence

"Pour tout objet qui t'attire, te sert ou te plaît, représente-toi bien ce qu'il est, en commençant par les choses les plus petites. Si tu aimes un pot de terre, dis-toi : 'J'aime un pot de terre.' S'il se casse, tu n'en feras pas une maladie. En serrant dans tes bras ton enfant ou ta femme, dis-toi : 'J'embrasse un être humain.' S'ils viennent à mourir, tu n'en seras pas autrement bouleversé."

Epictète, Manuel

"Le temps de la vie de l'homme, un instant ; sa substance, fluente ; ses sensations, indistinctes ; l'assemblage de tout son corps, une facile décomposition ; son âme, un tourbillon."

Marc-Aurèle, Pensées, XVI

"Le temps est comme un fleuve et un courant violent formé de toutes choses. Aussitôt, en effet, qu'une chose est vue, elle est entraînée ; une autre est-elle apportée, celle-là va aussi être emportée."

Marc-Aurèle, Pensées, IV

« L'impermanence des choses, c'est l'apparition, le passage et la transformation des choses ou la disparition des choses qui ont commencé à être ou qui ont apparu. Cela signifie que ces choses ne persistent jamais de la même façon, mais qu'elles disparaissent et se dissolvent d'un moment à l'autre »

Buddhaghosa en 430 apr. J.-C, Visuddhimagga

« Je ne vois nulle part de situation permanente, stable, immuable, telle qu'on puisse demeurer éternellement dans la même condition. »

Bouddha, Alagaddûpama-sutta

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27 janvier 2012

Sens, conscience, et éveil

Un lecteur du blog pose cette question :

"Si je peux me permettre une autre question : quel est la place des autres sens, en général très sollicités par les émotions, dans la VST ? Font-ils partie de ce qui est accueilli dans l’Espace (selon ma récente expérience oui) ? Peuvent-ils jouer un rôle actif dans la perte du sentiment de soi en nous permettant de goûter complètement chaque situation ? Cordialement"

 

Douglas Harding parlait beaucoup de la vision parce que c'est sans doute le sens fondamental de l'homme. Voir sa vraie nature est simple ; la porte est grande ouverte.

Mais tous les sens peuvent nous ramener à Ce que nous sommes - appelons le le Vide. D'ailleurs, dans les ateliers, Douglas nous faisait "pratiquer" les yeux fermés aussi pour explorer d'autres chemins vers l'éveil.

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Les sons nous renvoient au vide. En étant attentif, il devient clair que personne n'entend, que le son jaillit dans l'espace, qu'il est une vibration de l'espace. Le son d'une cloche par exemple résonne dans le vide, ici à zéro centimètre.

Et il existe de nombreux témoignages de maitres zen qui se sont éveillés gràce à un son (J'en donne de nombreux exemples dans mon dernier livre Le saut dans le vide).

De même pour les odeurs, ou le goût, ou le toucher. Chaque sensation apparait "dans" un espace de conscience, sans limite et sans forme. En réalité, il n'y a pas d'intérieur et d'extérieur. Tout est un  : forme et vacuité.

Le monde entier ne cesse de nous dire, par tous nos sens : regarde qui tu es vraiment? Tu te crois identifié à un corps et à un mental, mais tu es plus vaste, infini !

On parle d'éveil à soi-même, mais en réalité c'est le monde qui s'éveille à lui-même et se met à vibrer dans la vacuité.

Dans chaque son,dans chaque sensation, il y a l'infini. Chaque couleur, odeur, parfum, son, sensation , goût est un doigt qui pointe vers notre vraie nature.

Et alors, oui, chaque situation est goûtée, vraiment.

Il ne s'agit en aucun cas de se libérer des sens, mais de libérer LES sens et de les laisser ouverts, disponibles, sans limites.

cordialement

josé

 

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25 janvier 2012

Encyclopédie des mystiques rhénans

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Encyclopédie des mystiques rhénans d'Eckhart à Nicolas de Cues et leur réception

« Ce volume, qui est la première étude systématique d'Eckhart et de Nicolas de Cues, portera beaucoup de fruits dans les décennies à venir. Sans chercher à opposer pas plus qu'à identifier ces deux auteurs, la présentation qui en est faite, en lien avec leurs sources et leur influence, met en évidence le réseau complexe des relations entre eux, de manière tout à fait nouvelle et ouvre ainsi de larges champs à la recherche. C'est pourquoi, l'"Encyclopédie des mystiques rhénans d'Eckhart à Nicolas de Cues et leur réception" est une contribution originale à la recherche sur la pensée du Moyen Âge tardif et un apport substantiel à l'histoire de la philosophie et de la théologie médiévales. Les lecteurs trouveront dans ses pages tout un déploiement — une nourriture pour la pensée, pas seulement à propos des grands luminaires de la tradition médiévale, mais aussi pour des questions qui continuent à se poser à tous ceux qui s'interrogent sur le sens de Dieu et de l'humanité. » [Bernard McGinn, Université de Chicago, Préface].

Cette « Encyclopédie » est au cœur d'un ensemble d'ouvrages, constitué notamment par deux « Anthologies », l'une des mystiques rhénans, l'autre de Nicolas de Cues, ainsi que d'un volume sur « L'Iconographie des mystiques rhénans ». Vladimir Lossky, lui qui a présenté magistralement la « Théologie mystique de l'Église d'Orient » et rédigé sa thèse en Sorbonne sur Eckhart, reconnaissait dans l'œuvre de celui-ci « l'apogée de la théologie mystique de l'Église d'Occident ». C'est également l'originalité et la profondeur des textes d'Eckhart (souvent appelé le plus grand mystique du Moyen Âge), de Jean Tauler, d'Henri Suso et de Nicolas de Cues, qui nous ont fait donner ce titre à cette vaste entreprise franco-allemande, qui rassemble une centaine d'auteurs."

Prix : 98 euros !! Evidemment ça fait cher.

En attendant qu'on me l'offre pour Noël prochain, voici quelques conférences  du colloque qui s'est tenu pour la parution de cet ouvrage.

Thème : Postérité de la mystique de Maitre Eckhart.


Francis Rapp par SINGER-POLIGNAC

La notion d'incrée chez Maitre Eckhart par Isabelle Raviolo



Isabelle Raviolo par SINGER-POLIGNAC

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24 janvier 2012

Drôle de miroir

 

 


Miroir sans reflet (Caméra cachée) -

 Merci à Eric pour le lien!

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23 janvier 2012

Le tourbillon des émotions

Un lecteur du blog me demande :


"J’ai découvert Douglas au travers de ses livres et il y a un sujet sur lequel je reste sans réponse c’est, si je puis dire, la « gestion » des pensées, des émotions, des peurs inconscientes. Elles se manifestent indépendamment de toute volonté, nous emportent littéralement dans leur tourbillon au moment où elles surgissent et nous éloignent sans cesse de la vision de ce que nous sommes.

C’est une question qui me taraude, et je voudrais savoir ce que Douglas en disait et ce qu’il « enseignait » à leur sujet.

Merci de m’apporter une réponse et, soit dit en passant, merci pour ce blog qui me permet d’approfondir ce que j’ai lu.

Amicalement"

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Je me permets de répondre en citant un extrait d'un de mes livres où je parlais de cette question dans S'éveiller à la vacuité, Editions Accarias-Originel

"Comment donc la Vision Sans Tête propose-t-elle de traiter les pensées et les émotions ? Douglas Harding a toujours été clair sur ce point essentiel : en les acceptant à partir de l’Espace sans forme de la conscience, sans chercher à intervenir sur elles d’une manière quelconque. En effet, ces phénomènes psychiques apparaissent  et passent « dans » la Vacuité sans la limiter ou la polluer. D’où viennent les pensées sinon du Vide conscient ? Où retournent-elles sinon dans l’Espace ? La pratique de la Vision Sans Tête consiste donc à être conscient à la fois de l’Ouverture immense qui se trouve au-dessus de nos épaules et de tout ce qui se présente comme spectacle : pensées, émotions mais aussi couleurs et formes. Concrètement, si une colère surgit dans la Vacuité, cette voie propose tout simplement de revenir à l’évidence de l’instant pour voir que cette colère n’appartient pas à un individu mais qu’elle surgit dans l’Espace vide, sans chercher à la corriger. Autrement dit, dans cette voie, nous laissons les pensées et les émotions s’auto-libérer à partir de l’Ouvert.
Que change la vision de notre vraie Nature dans notre rapport aux émotions ?
Vivre une émotion en étant identifié à un individu la renforce ; l’accepter à partir de l’Espace vide la prive de sa puissance négative car c’est voir que personne ne prend livraison d’elle. Dès lors, l’émotion, si elle ne disparaît pas nécessairement dans l’instant, ne peut plus s’alimenter à un ego central et perd sa force comme un feu qu’on ne vient plus alimenter. Cet Espace vide qui nous rend illimités et transparents est vraiment magique et agit comme une alchimie mystérieuse sur notre vie psychique qui devient plus sereine et plus joyeuse. Deux conditions me semblent nécessaires pour qu’une telle action soit possible : de l’audace et de la confiance ; l’audace de revenir seul à chaque instant dans l’Absolu si simple de la Vacuité et la confiance de ne rien demander d’autre sinon que cet abandon au pouvoir de la Source.  "

Quand une émotion surgit, regardez qui à l'émotion. Revenez à l'espace.

La Vision de notre vraie nature est toujours disponible, quelque soit l'émotion qui se produit.

Au centre d'un tourbillon, on trouve l'immobilité parfaite!

 

jlr


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22 janvier 2012

Trouver la perle

C'est direct ; c'est simple.

"Mieux vaut accéder sur le champ au non-esprit (...) C’est comme ce brave homme qui a perdu la perle de son front. Il la cherche ailleurs, dans toutes les directions, sans jamais la trouver. Qu’un sage la lui montre et immédiatement il voit par lui-même que sa perle est là, entre les sourcils, où elle a toujours été.
Les adeptes (du zen) feraient mieux d’accéder directement au non-mental."
Huang-po (Tch’an)

Vous trouvez la perle en regardant dans la direction de ce doigt.

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jlr

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19 janvier 2012

"Ce n'est pas spirituel"

Prochain atelier à Paris

Vendredi 20 janvier à 20h30 chez José et Lorène Le Roy

Gratuit

renseignements : josleroy@aol.com

 

Voici quelques extraits d'un entretien inédit datant de 2005

"José Le Roy (JLR) : En quelques mots, qu'est-ce que la Voie Sans Tête pour toi ? En quels termes présenterais-tu cette voie aux gens?


Douglas Harding (DH) : C'est la voie des gens qui trouvent, quand ils pointent vers leur visage, qu'ils sont en train de pointer vers l'Espace, l'Espace pour les autres têtes. C'est la voie des gens qui , quand ils pointent ici, trouvent qu'ils pointent vers une Capacité, Rien, l'Espace. Les autres personnes ne sont pas à décapiter, seulement celle-ci.


JLR : Et que découvrons-nous lorsque nous regardons dans cette direction?


DH : Eh bien, je découvre qu'ici, où je suis, se trouve l'Espace pour que le monde s'y produise. C'est l'Espace, la vacuité dans laquelle tout se produit; l'Espace sans limite. Mais les autres ne sont pas à décapiter; j'ai besoin des têtes. J'ai besoin de ta tête, José. Je suis l'unique sans tête, ici. J'ai besoin des têtes de toute l'humanité et des animaux.


JLR : Donc c'est une voie de connaissance de soi ? Est-ce une voie pour connaître son  propre soi?


DH: Il s'agit de tourner son attention de ce que nous regardons vers ce à partir de quoi nous regardons. C'est la grande tâche : tournez votre attention de ce que vous regardez vers ce à partir de quoi vous regardez. Ce que je regarde, ce sont mes problèmes, ce à partir de quoi je regarde est la solution.


JLR : Et comment appellerais-tu cette voie : une philosophie, une religion, une spiritualité ?


DH : Non, c'est factuel ; ce n'est pas spirituel. Je ne veux pas de spiritualité « merci non » (en français). Je vous laisse la spiritualité, je veux la vérité. « J'ai besoin de vérité » (en français).


JLR : Est-ce plutôt alors de la philosophie?


DH : De la philosophie ? Non. La philosophie est pleine d'idées. Ceci est une seule idée, non beaucoup d'idées. En fait ce n'est même pas une idée, c'est une expérience.
Mais la grande question, José, est : que suis-je? Quelle est la différence entre ce que je regarde et ce à partir de quoi je regarde ? Ce que je regarde, ce sont de nombreuses choses, de nombreux problèmes; ce à partir de quoi je regarde est une... Clarté, Vacuité, Rien (« no-thing » en anglais), Capacité.


JLR : Donc c'est une voie pour découvrir qui je suis, qui je suis vraiment, vraiment, vraiment?


DH : Ce que je suis, non pas qui je suis. Demander qui je suis, c'est déjà présumer que je suis « qui »; le mot « qui » renvoie à quelque personne. Le mot « qui » est contaminé. Non : que suis-je? Le mot « qui » sous-entend mes relations avec les autres. Je ne pose pas la question « qui suis-je? », non car la question « qui suis-je? », « qui suis-je? », « qui suis-je? » ne conduit à rien car le « qui » suppose la réponse. « Qui » signifie un parmi beaucoup, un parmi d'autres. Donc je ne veux pas du mot « qui », je veux le mot « quoi ».


JLR: Souvent, tu fais la différence entre le petit et le grand?


DH : Le petit est le petit dans le miroir, le petit Douglas, et le grand est le grand ici (Douglas pointe avec son index au-dessus de ses épaules), qui n'est pas Douglas mais qui est capacité pour toutes les choses, vide pour les émotions.


JLR : Tu utilises aussi les expressions de troisième personne et de première personne.


DH : Celui-ci (en pointant au-dessus de ses épaules) est la Première Personne. Tu es pour moi en ce moment une seconde personne et cette seconde personne est différente de la Première Personne. Mon cher José est en ce moment, pour moi, une seconde personne et Magali, qui est là, est une troisième personne. Un (en pointant au-dessus de ses épaules), deux (en pointant vers José), trois (en pointant vers Magali); première personne, seconde personne, troisième personne.


JLR : Donc la question est d'aller du petit vers le grand, de la troisième personne vers la Première. C'est une sorte de chemin, de voyage. La voie sans tête nous demande-t-elle de faire ce voyage?


DH : Non, il n'y a pas de voyage. Non (Douglas tape dans ses mains), cela se rejoint (it collapses).


JLR : Cette découverte est-elle une connaissance ou une expérience?


DH : Une connaissance ? Non, non, ce n'est pas une connaissance, c'est uneexpérience. Une expérience de première main, une expérience directe. La connaissance est une information sur un objet, cette expérience est une expérience du sujet."

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18 janvier 2012

Le Sri Lanka dans la vacuité

J'ai demandé à un couple d'amis (F et F) de prendre des photos en  première personne de leur voyage au Sri Lanka. Ils viennent juste de rentrer et voici leur production.

J'aime beaucoup les photos en première personne car elles ont le pouvoir pour moi de pointer directement vers la vacuité, mieux qu'un discours ou qu'une séance de méditation.

On voit nettement sur les photos que personne ne regarde. C'est le SriLanka qui apparait ici et se contemple !La vacuité EST le Sri Lanka.

Ce sont des photos de vous, ou plutôt prises à partir de vous-mêmes, à partir de l'ouverture impersonnelle et sans limite, à partir de moi-même.

Et ici nous sommes UN.

S'éveiller à cette vacuité est simple : il suffit de prêter attention à la source du regard (ou du toucher, ou de l'ouie...) : Qui regarde? Personne!

jlr

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17 janvier 2012

LE MOINE DE TOKYO.


Voici un texte écrit il y a quelques années par mon ami Alain Bayod, après un atelier qu'il mena avec Douglas et Catherine Harding au Japon en 1996.

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       "Sans doute que je n’oublierai jamais le moine de Tokyo. Nous étions arrivés ce matin là, 13 avril 1996, Douglas, Catherine, Yuko Tagaki (l’organisatrice de cette « tournée japonaise ») et moi-même dans un de ces nombreux immeubles japonais, réservés à des activités d’enseignement, de conférences et de réunions en tous genres.
    Des bâtiments modernes aux innombrables salles moquettées et équipées de tout le matériel moderne audio et vidéo nécessaire. Nous étions en avance et il n’y avait pratiquement personne, mais je savais, après l’expérience de Kyoto et d’Hiroshima, que cinq minutes avant l’heure prévue pour le début de l’atelier, tous les participants seraient à leur place, silencieux et déjà attentifs.
     Après un thé, dans une pièce annexe, nous sommes entrés dans la salle. Une bonne centaine de personnes étaient présentes, mon regard irrésistiblement fut attiré par un homme au deuxième rang. Je pensais immédiatement à Taisen Deshimaru. Un roc, une montagne, le crâne rasé, le visage impassible, les yeux mi-clos il paraissait en méditation, comme d’autres participants d’ailleurs, mais de cet homme se dégageait autre chose ; cette énergie particulière que donne une longue pratique dans un art ou dans un autre.
    Un moine zen à coup sûr, pensai-je. J’étais à la fois attiré et impressionné par ce personnage que j’imaginais facilement sorti tout droit d’un monastère perdu sous la neige dans une montagne du nord du Japon. Mais sa tenue vestimentaire ne contrastait aucunement avec celle de l’assistance et il était temps que j’arrête mon petit cinéma japonais intérieur ; l’atelier commençait.
    En plus, comme tous les amis « sans tête » le savent bien, dans un atelier, Douglas n’a pas son pareil, pour nous demander d’intervenir au moment où on s’y attend le moins et pour en général pour diriger le seul exercice que l’on n’avait pas prévu. C’est parfait pour la vigilance et la lucidité. Mais, je n’en oubliais pas pour autant, mon « moine zen » que je « surveillais » de l’extrémité droite de mon troisième oeil.
        Rien à signaler de particulier pour la première journée, si ce n’est cette ambiance particulière des réunions japonaises, ce mélange plutôt sympathique, de recueillement, de respect, d’attention mais aussi de personnes plongées (ou en tous cas, paraissant l’être) dans un profond sommeil, où je pus encore apprécier, comme dans les deux ateliers précédents, la qualité et la profondeur, pour le moins inhabituelle, des questions et des témoignages. Le dimanche matin, après l’introduction qui m’échut au tout dernier moment (bon exercice), ce fut l’expérience du sac en papier. Une fois terminé le chaleureux et fraternel échange qui fait toujours suite « au sac en papier », Douglas proposa un moment de questions-réponses ou de partage. Après l’intervention d’une japonaise et la réponse de Douglas, mon niveau de vigilance augmenta de plusieurs crans, « mon moine zen », demandait la parole. Je dis bien : demandait, car tous les intervenants respectaient une immuable étiquette qui ferait le délice des animateurs de stages et autres ateliers français. L’homme au crâne rasé prit la parole et d’entrée, il confirma mon intuition. Je n’ai pas en ma possession l’enregistrement de cette journée, peu importe, je sais que je ne trahirai rien de son témoignage. Le voici :
        Je suis un moine zen, et je pratique très intensément depuis plus de trente ans pour découvrir ma véritable nature, sans succès. Je ne sais pas comment, je suis arrivé dans cet atelier. Depuis hier matin, vous nous proposez des exercices pour « jardins d’enfants ». Sa voix commença à se voiler légèrement, il continua : « Je sais maintenant en toute certitude, que grâce à ces exercices, j’ai découvert ce que je cherchais ». Des larmes coulaient doucement sur ses joues, le silence et l’attention étaient au maximum dans la salle, je crois même que certains dormeurs venaient d’ouvrir un oeil. Nous étions tous très émus et très heureux. Le moine conclut par des paroles de gratitude en demandant à Douglas l’autorisation d’utiliser les exercices pour partager le trésor qu’il venait de découvrir avec les membres de sa communauté.
Vous imaginez facilement la réponse de Douglas, qui tout en expliquant l’absence de droit d’auteur ou de royalties sur les différents exercices, exhorta le moine au partage. Après l’atelier, j’eus l’occasion de parler un peu avec cet homme, très peu en fait mais bien assez pour communier avec lui à partir de cette Lumière que nous sommes, bien assez pour me reconnaître dans ces années d’effort, d’ascèse quelque peu désespérée, dans cette résignation et cette amertume d’une recherche qui n’aboutit pas. Mais bien assez aussi pour lire, sur son visage, la joie de la découverte de l’évidence, l’étonnement devant la simplicité de la procédure d’accès, et le bien légitime enthousiasme.
        
        Depuis ce jour, j’ai souvent raconté cette histoire, j’y ai souvent pensé aussi. Je me suis dit, que depuis plus de trente ans, Douglas apporte inlassablement une réponse, la réponse à des personnes qui souvent ne se sont pas encore posé la question correspondante. Une graine est semée, sans doute. Mais, souvent, il y a une difficulté, quelquefois même, une impossibilité pour valoriser la découverte que l’on vient de faire. C’est comme de donner un diamant à quelqu’un qui ne connaît encore que le verre coloré. Il le trouve intéressant et peut-être même beau mais il ne peut encore en réaliser la valeur. Tout en écrivant ces lignes, je réalise que bien sûr, je parle aussi de moi. C’est dans l’ordre, c’est le jeu du divin, et cela ne doit en aucune façon tiédir notre élan et notre enthousiasme du partage. Qu’y-a-t-il d’autre que nous pouvons vraiment partager ? et puis, partager, c’est enraciner l’expérience, n’est-ce pas ?

        Le moine de Tokyo se posait la question depuis bien longtemps et avec la ferveur, la rigueur et l’intensité de ces êtres qui se consacrent à la Quête du Sens. Le terrain était prêt, la digue conceptuelle ne demandait qu’à rompre, les exercices ont fait le reste.

        Je ne sais pas, je ne saurais peut-être jamais comment il digère et intègre cette bienfaisante rupture. Aucune importance, je sais simplement que je n’oublierai jamais le « moine de Tokyo ».

                                    ALAIN BAYOD."

Douglas, lors de ce séjour au Japon


http://ipapy.blogspot.com/2009/02/le-moine-de-tokyo.html

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