Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

04 juillet 2018

Qu'est-ce que contempler?

De Marcel Conche, philosophe

grenouille

"Qu'est-ce que contempler ?

Contempler la tourterelle, la pie, la grenouille, la mouche, c'est se placer, en mystique, devant le mystère de la vie, c'est éprouver, devant la tourterelle que l'on voit, et qui vit le monde en tourterelle d'une manière pour nous totalement inconnaissable... le sentiment du sacré.

Contempler, c'est ne pas aller au-delà de la chose même pour la réduire à ce qu'ellesignifie, à une interprétation, à une connaissance. C'est prendre le monde tel qu'il est, sans vouloir l'expliquer par une cause ou une fin. Je vois ce monde comme n'ayant ni cause explicative, ni fin, ni modèle, ni fond caché, et, à chaque instant comme venant de naître. Il n'y a pas d'arrière-monde, et le monde ne recèle aucun mystère. Il est lui-même le mystère.

Ce mystère est si voyant qu'il faut l'homme pour ne pas le voir. Car l'homme ne voit que l'homme.Ce qui ne se donne qu'à la dépréoccupation, la préoccupation ne peut le rencontrer.

Ne soyons plus qu'un regard pur et sans intention. Alors, ce qui nous est le plus proche cesse de nous être lointain. Le vouloir qui arraisonne les choses, l'entreprise de la vie font obstacle à l'ouverture accueillante de ce qui existe, de ce qu'il y a. Mais, comme l'âme dans l'état mystique s'oublie elle-même, oublions l'homme en nous, et, dans l'extase mondaine, laissons le mystère se livrer à nous. La chose en soi n'ayant pas de rôle à jouer, ne renvoyant à rien au-delà d'elle-même, se montre alors avec l'insistance de sa singularité."

Marcel Conche

Vivre et philosopher ,(PUF - 1993).

Posté par josleroy à 01:22 - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,


28 juin 2018

cette pure conscience d’être

 

 

janssen

Thierry Janssen

"Faire l’expérience du Soi plonge notre Ego dans un espace paisible et silencieux où il se dissout. Cela ne veut pas dire que le Moi est détruit mais simplement qu’il ne dirige plus les mouvements de notre existence. L’espace du Soi est un lieu d’acceptation totale et entière de ce qui est – un lieu d’amour inconditionnel – qui permet de contempler le Moi tout en accueillant ses différents constituants dans la conscience, sans que celle-ci ne doive s’identifier à autre chose qu’elle-même en train de contempler le Moi. C’est un espace de liberté dans le sens où les réactions conditionnées du Moi, jusqu’alors non conscientisés, ne s’enchaînent plus de façon aussi automatique et chaotique. Des actions effectuées en pleine conscience peuvent alors être posées, inspirées par le Soi (sous la forme de véritables inspirations – intuitions), dans le but de perpétuer le silence et la paix du Soi.
 
La pratique méditative permet de découvrir que le silence et la paix du Soi sont toujours là, accessibles à l’arrière-fond (au-delà des sensations, des émotions et des pensées), comme un noyau profond recouvert par la personnalité (bavarde et agitée) de l’individu. Nous pourrions donc parler de l’Essence de l’être dans le sens où le silence et la paix du Soi (le silence et la paix de la pure conscience non personnelle) constituent la nature première et ultime de l’être – ce qui est présent depuis le commencement et qui sera présent jusqu’à la fin mais qui ne peut être perçu que dans l’instant présent. Le mot « essence » vient de essentia en latin, qui veut dire « la nature d’une chose », un mot qui vient deessere : « être ».
 
Postuler que notre nature véritable est pure conscience paisible, silencieuse et non personnelle implique que cette conscience est partagée par tous les êtres humains, devenant ainsi non pas la conscience de chaque individu mais la Conscience qui se manifeste en chaque individu.
Cette pure conscience (que nous appelons aussi le Soi) ne pense pas, elle n’interprète pas, elle n’explique pas ; elle ne sait rien à propos des êtres et des choses, elle les connaît ; elle perçoit l’essence calme et paisible qui est en tout ; elle communique de Soi à Soi, dans un plan de transcendance où les notions de temps et d’espace n’ont plus lieu ; elle contemple la vacuité de tout ce qui se manifeste (elle voit que rien n’existe en dehors de l’interdépendance des phénomènes) ; elle est la vacuité absolue (l’espace paisible et silencieux qui n’est pas vide mais tongpa nyi, comme disent les Tibétains – tongpa : le vide inconcevable, nyi : la possibilité que tout peut advenir ; cette vacuité qui est un vide plein, un espace de tous les possibles, le lieu où, grâce à l’interdépendance des phénomènes, tout peut apparaître, se transformer et disparaître). Cette pure conscience non personnelle embrasse l’unité du monde, elle est « tournée vers le tout », tant à l’intérieur de l’individu qu’à l’extérieur ; elle englobe l’univers (unus en latin : un ; versus : tourné vers), elle devient universelle. Telle une lumière, elle diffuse sa sagesse à travers un bon sens relié à l’essentiel, dans le respect de l’équilibre et de l’harmonie qui permettent à la vie de se perpétuer."
 
Voir la totalité de ce texte sur le site de Thierry Janssen : L'école de la présence thérapeutique
 

Posté par josleroy à 15:02 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

23 juin 2018

nous exercer à L'INVISIBILITE

Marie-Christine m'envoie ce texte qu'elle a trouvé dans le livre Apprivoiser l'éveil, que je partage avec vous.

apprivoiser

 

"Voilà ou nous sommes. On ne peut échapper à ce monde. Cette souffrance est nôtre et toute tentative  de la fuir ne fait que l'accroitre.

Voilà notre liberté même : L'impossibilité d'échapper à NOTRE VRAIE DEMEURE.

Après nous être assis en méditation, nous devons nous relever et descendre de l'ermitage ; retourner à la vie et la rencontrer de manière dynamique. La méditation ne cesse pas pour autant,  elle se poursuit à la façon d'une cloche qui résonne et pénètre et touche tout alentour. 

C'est comme lorsqu'un marteau frappe la vacuité , avant et après, ce son merveilleux pénètre toutes choses. Nous sommes cette résonance qui va dans le monde. 

Et notre première pratique est de nous exercer à L'INVISIBILITE: intimement mélangés à la réalité, nous effaçons nos traces, comme les oiseaux dans le ciel ou les poissons dans l' océan, on ne tente pas à se distinguer. La vie que l'on mène içi  est des plus ordinaires"

Pierre Taïgu Turlur

Merci à Marie-Christine

Posté par josleroy à 19:39 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

18 juin 2018

UN pas dans le vide

 

Rediffusion

 

 

Posté par josleroy à 23:09 - Commentaires [7] - Permalien [#]

16 juin 2018

Revenir au centre

 

Nouvelle video :

Que signifie "revenir au centre"?

 

Posté par josleroy à 16:59 - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :


14 juin 2018

comme un étang clair dans la forêt

 

etang

 

Un enseignement du moine bouddhiste Ajahn Chah

 

"Si notre corps nous appartenait vraiment, il obéirait à nos ordres. Mais si nous lui disons: « Ne vieillis pas » ou : « Je t’interdis de tomber malade », est-ce qu’il nous obéit ? Non. Il n’en tient aucun compte. Nous ne sommes que locataires de cette maison, elle ne nous appartient pas. Si nous croyons qu’elle nous appartient, au moment de la quitter pour mourir, nous souffrons. En réalité il n’y a rien qui ressemble à un soi.

Le Bouddha a marqué une distinction entre la vérité ultime et la vérité conventionnelle. L’idée d’un soi n’est qu’une convention. Français, Thaïlandais … tout cela n’est que convention. Dans la réalité ultime, il n’y a personne. Il n’y a que de la terre, du feu, de l’eau et de l’air : des éléments temporairement amalgamés. Nous appelons le corps une « personne » ou « moi » mais au fond il n’y a pas de moi, il n’y a qu’anattā, le non-soi.

Pour comprendre anattā, le non-soi, il faut méditer. Si vous vous contentez d’intellectualiser sur le sujet, votre tête va exploser. Mais quand vous aurez vraiment compris anattā, le poids de la vie disparaîtra. Votre vie de tous les jours — en famille, au travail — tout sera beaucoup plus facile. Vous serez en paix avec le monde.

Quand nous voyons au-delà du moi, nous ne nous accrochons plus au bonheur et quand nous cessons de nous accrocher, nous pouvons commencer à être heureux. Vous n’avez pas à vous préoccuper du Nirvana, à désirer atteindre le Nirvana, sinon ce désir même vous empêchera d’y parvenir. 

***

Question : Quelle doit être la préoccupation d’un moine, alors ?

Ajahn Chah : Le but est de lâcher prise.

Question : Il faut donc lâcher prise mais sans faire d’effort pour y parvenir ?

Ajahn Chah : C’est cela. On doit lâcher sans désir. Si le désir est encore là, si on poursuit un but, alors ce n’est pas le Nirvana. Nous sommes ici pour comprendre la cause de la souffrance et savoir pourquoi les choses sont comme elles sont. Soyez attentifs et laissez les choses suivre leur cours naturel. Alors votre mental sera paisible comme un étang clair dans la forêt. Toutes sortes d’animaux viendront s’y abreuver, vous verrez des choses étranges et merveilleuses aller et venir, mais vous resterez paisible. Des problèmes apparaîtront mais vous en verrez aussitôt le sens. Tel est le bonheur du Bouddha."

 

 

Posté par josleroy à 22:07 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

13 juin 2018

Saint John

coltrane

 

« Au cours de l'année 1957, j'ai fait l'expérience, grâce à Dieu, d'un éveil spirituel qui m'a mené à une vie plus riche, plus remplie, plus productive. À cette époque, j'ai humblement demandé que me soient donnés les moyens et le privilège de rendre les gens heureux à travers la musique. »

John Coltrane

 

Thelonious Monk Quartet with John Coltrane at Carnegie Hall est un album du pianiste de jazz américain Thelonious Monk et du saxophoniste John Coltrane, enregistré en concert au Carnegie Hall le 29 novembre 1957

« Le jazz — appelons-le ainsi — est selon moi une expression des idéaux les plus élevés. Par conséquent, il contient de la fraternité. Et je crois qu’avec de la fraternité il n’y aurait pas de pauvreté, il n’y aurait pas de guerre. »

John Coltrane

 

Posté par josleroy à 22:06 - Commentaires [1] - Permalien [#]

09 juin 2018

La conscience à l'épreuve de l'éveil

Alexis Lavis parle du Bodhicaryavatara

 

alexis lavis

 

bodhisattva

 

 

 

 

« La conscience doit avant tout être tenue de cette façon :

Comme si j’étais dépourvu de sens, 

Qu’elle soit dressée tel un bâton de bois

Point de coups d’œil porté un peu partout,

Il faut toujours avoir le regard baissé.

Mais si les yeux ont besoin de repos,

On regardera quelquefois aux alentours.

Et après avoir vu ce qui n’est que reflet, 

On attachera son regard à un objet adéquat.

Avant de prendre la route, on regardera un instant

Dans les quatre directions, afin de mesurer le danger.

Se reposant, on regardera la distance parcourue, 

En se retournant derrière soi.

On continuera ou l’on rebroussera son chemin,

Après avoir examiné ce qu’il y a devant et derrière.

C’est ainsi qu’en toutes circonstances,

On fera ce qu’il faut faire après s’être bien mis au fait. »

Śāntideva, Bodhicaryavatara, ch5 (« le rempart de la vigilance »), trad. Alexis Lavis (Cerf, 2018), p347

Posté par josleroy à 16:37 - Commentaires [2] - Permalien [#]

08 juin 2018

Le Cerveau est plus vaste que le Ciel

Alain Porte me fait parvenir ce poème d'Emily Dickinson.

C'est très proche de la vision sans tête :

Tout apparait dans ce qui me tient lieu de tête ou de cerveau.

En moi, l'univers est contenu.

jlr

 

Black-white_photograph_of_Emily_Dickinson_(Restored)

 

 

Le Cerveau est plus vaste que le Ciel –

Car – mettez-les côte à côte –

L’un absorbera l’autre –

Avec facilité – et Vous – avec –

 

Le Cerveau – est plus profond que la mer –

Car – saisissez-les – Bleu contre Bleu –

L’un absorbera l’autre –

Comme une éponge – assèche – un seau –

 

Le Cerveau a le poids exact de Dieu –

Car – soupesez-les – gramme par gramme –

Et leur différence sera – si elle existe –

Celle de la syllabe et du Son.

 

Trad Alain Porte

 

 

The Brain – is wider than the Sky –

For – put them side by side –

The one the other will absorb –

With ease – and You –beside –

 

The Brain – is deeper than the sea –

For – hold them – Blue to Blue –

The one the other will absorb –

As Sponges – Buckets – do –

 

The Brain is just the weight of God –

For – Heft them – Pound for Pound –

And they will differ – if they do –

As Syllable from Sound -

Posté par josleroy à 23:43 - Commentaires [1] - Permalien [#]

07 juin 2018

Non-dualisme occidental

Voici la fin d'une conférence de William James, prononcée en français en 1905.

S'y trouve affirmé un non-dualisme de la conscience et de la matière, complexe mais audacieux.

La conscience n'existe pas, pas plus que la matière de manière transcendante comme des substances ou des entités. Seules existent des expériences pures .

Sujet et objet sont purement fonctionnels et n'ont pas de réalité ontologique.

jlr

 

William-James-Quotes

« Permettez donc que je me résume — trop sommairement, et en style dogmatique — dans les six thèses suivantes:

 1-La Conscience, telle qu’on l’entend ordinairement, n’existe pas, pas plus que la Matière, à laquelle Berkeley a donné le coup de grâce;

 2-Ce qui existe et forme la part de vérité que le mot de “Conscience” recouvre, c’est la susceptibilité que possèdent les parties de l’expérience d’être rapportées ou connues;

 3-Cette susceptibilité s’explique par le fait que certaines expériences peuvent mener les unes aux autres par des expériences intermédiaires nettement caractérisées, de telle sorte que les unes se trouvent jouer le rôle de choses connues, les autres celui de sujets connaissants ;

4-On peut parfaitement définir ces deux rôles sans sortir de la trame de l’expérience même, et sans invoquer rien de transcendant;

 5-Les attributions sujet et objet, représenté et représentatif, chose et pensée, signifient donc une distinction pratique qui est de la dernière importance, mais qui est d’ordre FONCTIONNEL seulement, et nullement ontologique comme le dualisme classique se la représente;

 6-En fin de compte, les choses et les pensées ne sont point foncièrement hétérogènes, mais elles sont faites d’une même étoffe, étoffe qu’on ne peut définir comme telle, mais seulement éprouver, et que l’on peut nommer, si on veut, l’étoffe de l’expérience en général. »

William James

Posté par josleroy à 17:09 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,