Voici une video d'un cours de philosophie de Luc François Dumas sur L'exil et le royaume.

C'est Pierre Gautier, un collègue de philosophie, qui m'a signalé cette vidéo pensant qu'elle pourrait m'intéresser. Et en effet, Dumas évoque ici des thèmes chers à ce blog.

Dumas parle du retour au Royaume, le seul véritable voyage qui compte dans la vie. Il en parle avec beaucoup de culture (chrétienne plutôt), et il n'est pas fréquent d'entendre un philosophe contemporain évoquer ces questions spirituelles.

Luc François Dumas (né en 1927 !) n'a rien publié ou presque ; c'est vraiment dommage car ces cours sont de grande qualité.

jlr

 

 

dumas

 

Les Minutes Heureuses : "Nous partirons, une fois de plus, de la formule inépuisable de Baudelaire, évoquant les minutes heureuses de notre vie. Voici : vous sortez un matin de chez vous. Il a plu durant la nuit. Mais le ciel, à présent, est découvert. Vous faites, comme d'habitude, tout à fait comme d'habitude quelques pas dans la rue. Et soudain, sans raison apparente - c'est à dire : pour des raisons trop complexes à démêler - vous vous sentez investi d'un bonheur sans nom. Quasi absolu. Un bonheur où il entre, à la fois, de l'élan et du repos, de l'allégresse et de la sérénité, une pleine conscience en même temps que l'oubli de soi ; et qui vous donne, en cette minute, le sentiment d'être totalement présent et à vous-même et au monde. Non plus d'exister seulement, mais de vivre - enfin ! - comme cela n'arrive presque jamais dans le cours ordinaire des choses (bien que sortir, le matin, de chez soi, relève du régime le plus ordinaire). Soulevé en cet instant par une vague de fond, puissante et douce, on se sent plus attentif en effet et plus accueillant ; plus proche, plus fraternellement proche de la réalité ambiante ; plus relié à elle aussi, comme on l'est à la réalité au-dedans de soi-même. Les deux, en l'occurrence, n'en faisant plus qu'une. Avec ceci encore : qu'on découvre, au sein de cette double relation, une surprenante nouveauté dans les choses les plus familières, qui suscite un émerveillement : jamais vous n'auriez pensé qu'elles puissent être, ces choses, en leur banalité, leur monotonie, leur quotidienneté même si belles. Plus belles que les choses appelées communément belles ! Mais simultanément vous sentez que cette nouveauté vient d'une capacité exceptionnelle, en vous, à cette minute, de les trouver telles. Comme si, non le soleil seulement, mais un soleil intérieur, plus rayonnant, plus pénétrant et à la chaleur plus intime, les éclairait ".

Georges HALDAS : L'Etat de Poésie , Carnets 1973.