Je suis en train de lire cet ouvrage intéressant

Cerveau et méditation de Matthieu Ricard et Wolf Singer

Couverture-Cerveau-meditation

Wolf Singer est neurobiologiste, directeur émérite du Max Planck Institute for Brain Research, et l’un des plus grands spécialistes mondiaux du cerveau. 

Ce livre n'a surement pas besoin de mon blog pour devenir un succès de librairie, mais sa lecture est assez passionnante parce qu'il y a parfois désaccord entre les deux auteurs et que les arguments échangés et les définitions proposées montrent un réel désir de compréhension et de dialogue.

Il y a 6 chapitres

1 La méditation et le cerveau

2 Les processus inconscients

3 Comment savons-nous ce que nous savons ?

4 L'examen du soi

5 Libre-arbitre, responsabilité et justice

6 La nature de la conscience

Il y a des points de convergences entre le bouddhiste et le neuroscientifique notamment sur l'absence d'un SOI substantiel dans la conscience (ou le cerveau).

Mais il s'opposent sur la nature de la conscience éveillée ou pure conscience. Pour Wolf Singer, la pure conscience est produite par le cerveau et les échanges culturels (influences du langage) et n'est qu'un état de conscience parmi d'autres.

Pour Ricard, la pure conscience non-duelle est une méta-conscience non produite par le cerveau.

Extrait :

 

"Matthieu Ricard: Le bouddhisme affirme que la nature ultime de la conscience est au-delà des mots, des symboles, des concepts et de toute description. On peut parler d'une pure conscience dénuée de construc­tions mentales, mais cela revient à pointer un doigt en direction de la lune, puis à affirmer que ce doigt est la lune. A moins d'avoir une expérience directe de la pure conscience éveillée, tout le reste n'est que paroles vides de sens. Comme tu l'as dit, il n'y a pas de problème tant que l'on examine la formation, le traitement et l'intégration des contenus mentaux, les modalités selon lesquelles l'activité mentale permet de se relier au monde et aux autres. Cela dit, je pense que toutes ces recherches n'abordent pas le problème de la nature fondamentale de la conscience. Les méca­nismes qui permettent de transformer notre expérience en concepts, d'élaborer la mémoire, de nous engager dans une communication interpersonnelle, tous ces domaines de recherches peuvent être analysés à diffé­rents niveaux par des contemplatifs et des neuroscien­tifiques. Il y a là un corpus de connaissances fascinant, d'une extraordinaire complexité, à découvrir. Mais cela exige que l'on analyse plus profondément le phénomène plus essentiel encore qui est le fait d'être conscient.

 

Wolf Singer : Mais pourquoi est-ce si mystérieux? Imagine que tu as un substrat qui te permette de te représenter des contenus visuels. Tu fermes les yeux pour qu'il n'y ait pas d'autres données qui viennent encombrer cette base : il y a toujours ce substrat où la vision peut s'exprimer. N'en est-il pas de même du substrat de la conscience, ou même de la méta-conscience ? Étant donné que nous sommes dotés d'un cerveau hautement évolué, nous disposons d'un espace de travail de la conscience, d'un substrat, ou d'un état fonctionnel qui nous permet de lier entre elles des représenta­tions très abstraites et largement distribuées. N ou savons que nous disposons de ces capacités parce que nous en avons déjà fait l'expérience par le passé. Si nous parvenons alors à empêcher l'intrusion de tout contenu dans ce substrat, nous demeurons toujours conscients de cet espace de travail dans lequel nous pouvons laisser pénétrer des contenus grâce à l'intention et à l'attention.

 

Matthieu Ricard : Mais si tu es conscient «de» cet espace de travail, cela signifie que cette conscience ne se trouve pas «dans» l'espace de travail lui-même, mais qu'elle se situe à un niveau plus fondamental. Une fois de plus, rien ici n'explique la qualité fondamentale de l' expé­rience de la pure conscience exempte de tout contenu conceptuel. Les contemplatifs qui ont maîtrisé la faculté d'identifier clairement cette pure conscience, ce que tu appelles un substrat sans contenu, la décrivent comme un état pleinement conscient, extrêmement clair, et empreint d'une profonde paix. Ils voient clai­rement que les pensées s'élèvent de l'espace de cette conscience et s'y dissolvent, comme les vagues jail­lissent de l'océan et s'y fondent. Les personnes qui maîtrisent ce processus jouissent d'un puissant équi­libre émotionnel, d'une force intérieure, d'une paix et d'une liberté profondes. Il doit donc se produire quelque chose de très particulier lorsqu'un méditant accède à ces niveaux subtils de processus mentaux.

Wolf Singer :  J’ai du mal à comprendre ce problème. Lorsque nous sommes en état de veille, nous sommes conscients de nos états mentaux. Nous sommes conscients d’être en état de veille, nous avons conscience d’être conscients, nous sommes prêts à nous engager dans tous les processus qu’un cerveau en état de veille est capable d’engendrer, nous sommes prêts à diriger notre attention sur des états intérieurs ou sur des stimuli extérieurs. En quoi focaliser son attention uniquement sur cet état si particulier serait-il si différent ? Je n’arrive pas à suivre ton raisonnement qui affirme que cet état de pure conscience est totalement dépourvu de tout contenu cognitif. Comme tu l’as expliqué, c’est un état qui est empreint d’un sentiment de béatitude, que l’on a qualifié de paisible, d’intemporel, d’illimité, etc. Il s’agit simplement d’un état de conscience particulier dans lequel les contenus habituels, ordinaires ont été substitués à d’autres contenus."

 

Ecouter aussi cette émission sur France-Inter (à partir de 18 minutes)