La revue du 3ème millénaire vient de publier un deuxième tome de témoins d'éveil.

On y trouve de nombreux témoignages de personnes ayant vécu une expérience d'éveil.

Un ami, Jean, m'a dit qu'il ressentait une joie à lire ces textes qui pointent vers une expérience libératrice. C'est également mon cas : j'aime ces récits quand ils sont sincères et authentiques; ils sont comme un écho à l'éveil de notre propre conscience.

Voici le récit de Pierre Yves.

livre-temoins-d-eveil

"Une telle expérience est sans doute banale et arrive probablement à plein de gens, mais je n'en suis pas vraiment certain et souhaite en faire profiter au moins a minima, cette feuille encore blanche. [ ...]

Qu'est-ce qui a occasionné cela ? Qu'est-ce qui est à l' origine de ce « déjantage » : la fatigue ? Le stress ? En tout cas lorsque ça m'est tombé dessus, j'étais assailli par des problèmes de tous ordres. La cuve était pleine : j'étais vidé. [ ... J Trop crevé pour avoir la force de penser à quoi que ce soit. Il faut dire que c'est un exploit car je suis en temps ordinaire sous l'emprise d'un intellect qui ne me laisse que peu de répit. [ ... ]

Je venais de feuilleter dans un dépôt-vente divers livres ... et n'ayant rien trouvé qui me convienne, je rentrai à pied chez moi. En traversant un pont tout proche, soudainement une sensation étrange m'a envahi. Pour être plus proche de la réalité de cet instant, je devrais dire une sensation étrange a envahi ... Qui? «je» ne sais ? Parce que l'espace d'un instant, mon individualité n'existait tout simplement plus, elle était fondue dans l'espace et le temps. Le soulagement était incommensurable : « je » ne suis pas. C'était une sensation très douce, un bonheur ineffable, une merveilleuse paix, la sensation d'être intégré à tout, d'être à l'unisson. « Un » avec le décor alentour, le ciel, le pont, le fleuve, les voitures, les passants, la Vie ... plus de limites. Les sens rassasiés au-delà de ce qu'il est possible, d'une « nourriture » indicible. «Je» n'existait plus, disparu, volatilisé. Lorsque je suis « revenu » à moi le pont était franchi et « moi » affranchi, « je » n'en revenais pas ... En temps linéaire, environ dix minutes s'étaient passées, s'étaient en quelque sorte passées de moi, pour jouer sur les mots (les mots aiment que l'on joue avec eux). Le pont quant à lui n'est pour rien dans toute cette affaire car, entre nous soit dit ( en passant ... ), c'est un pont qui n'a vraiment rien de transcendant. [ ... ]

En tout cas, ce que j'ai réalisé m'a fait beaucoup de bien, et quand je dis beaucoup, c'est un euphémisme : énormément de bien. C'est comme si un poids était enlevé de ma poitrine, poids qui m'avait bouffé la vie depuis si longtemps et qui se résorbait d'un coup comme par enchantement. Le poids d'une angoisse existentielle trimbalée depuis l'âge de raison (c'est curieux, je n'ai pas souvenir d'avoir eu cette angoisse avant ... ). Stress, anxiété, inquiétude, peurs de toutes sortes étant un des lots communs des individus qui participent à cette société dite moderne, ce témoignage peut peut-être t'aider à prendre conscience de ce qu'il en est vraiment et à lever le voile.

Car c'est bien de cela dont il s'agit : lever le voile. Parce que notre quiétude a en fait toujours été là, juste là derrière les rideaux de notre individualisme foncier. Ce qui nourrit nos peurs est directement lié à l'inflation de notre « moi-je ». On se « prend pour quelqu'un » et on finit par se croire quelqu'un ... alors que notre vrai nom est : personne, rien, vide ... Comme disait un poète « "je" est un autre» ... mais qui ? Nous nous sommes tellement identifiés à l'idée que nous nous faisons d'être quelqu'un que nous avons fini par y croire alors qu'à la vérité nous ne sommes rien, infiniment rien et c'est une très bonne nouvelle. N'étant objectivement rien nous sommes aussi par le fait : Tout (C.Q.F.D.), et ça, c'est une très très bonne nouvelle".

Pierre Yves, Pour une conscience ludique, avec l'aimable autorisation des Éditions Accarias LOriginel, 2008.