Un extrait d'un livre du philosophe américain Sam Harris : Waking up.

 

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"J'ai une fois passé un après-midi sur la rive nord-ouest du lac de Tibériade, au sommet de la montagne où l'on croit que Jésus a donné son plus fameux sermon. C'était un jour où il faisait une chaleur infernale, et le sanctuaire où j'étais assis était rempli de pèlerins chrétiens venus de nombreux continents. Certains étaient réunis en silence dans l'ombre, alors que d'autres chancelaient au soleil, en prenant des photographies.

Alors que je regardais les collines environnantes, un sentiment de paix m'envahit. Il se transforma rapidement en une tranquillité bienheureuse qui réduisit mes pensées au silence. En un instant, le sentiment d'être quelqu'un de séparé – un « je » ou un « moi » – s'évanouit. Toutes les choses étaient comme elles avaient été – le ciel sans nuages, les collines brunes descendant vers une mer intérieure, les pèlerins qui serraient leurs bouteilles d'eau – mais je ne me sentais plus séparé du spectacle, en train de regarder le monde de derrière mes yeux. Seul le monde demeurait.

L'expérience dura simplement quelques secondes, mais elle se reproduisit de nombreuses fois alors que je regardais la terre où Jésus est supposé avoir marché, où il est supposé avoir réuni ses apôtres, et accompli de nombreux miracles. Si j'avais été chrétien, j'aurais sans nul doute interprété cette expérience en termes chrétiens. J'aurais pu croire que j'avais aperçu l'unité de Dieu ou été touché par le Saint Esprit. Si j'avais été hindouiste, j'aurais pensé en termes de Brahman, le Soi éternel, dont on pense que le monde et tous les esprits individuels sont une simple modification. Si j'avais été bouddhiste, j'aurais pu parler du « dharmakaya du vide », en lequel toutes les choses apparentes se manifestent comme dans un rêve.

Mais je suis juste quelqu'un qui fait de son mieux pour devenir un être humain rationnel. C'est pourquoi je suis très lent à tirer des conclusions métaphysiques à partir des expériences de cette sorte. Et cependant, j'aperçois ce que j'appelle "l'absence du soi intrinsèque de la conscience" tous les jours, que ce soit dans un site sacré traditionnel, ou à mon bureau, ou lorsque je nettoie mes dents. Ce n'est pas un hasard. J'ai passé de nombreuses années à pratiquer la méditation, dont l'objectif est de supprimer l'illusion du soi."

S'éveiller, un guide vers la spiritualité sans religion

trad. Dominique Anglésio et José Le Roy

à paraitre prochainement chez Almora

 

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