Voici un extrait de la préface de John Blofeld à sa traduction de Huang-Po, célèbre maitre bouddhiste chinois du moyen-âge.

John Blofeld rapelle ici que l'illumination est le point de départ du zen, et qu'elle se produit (souvent) en un éclair.

jlr

huang-po

"Tous les bouddhistes prennent l’Illumination de Gautama Bouddha comme point de départ dans leur tentative d’accéder à la connaissance transcendantale qui les mettra face à face avec la Réalité, les délivrant par là d’une re-naissance perpétuelle dans le royaume de l’espace et du temps. Les adeptes du Zen vont plus loin. Il ne leur plaît pas de poursuivre l’Illumination à travers une infinité d’existences successives, inévitablement faites de souffrance et d’ignorance, d’accéder avec une infinie lenteur à l’Expérience Suprême que les mystiques chrétiens ont décrite comme « l’union avec Dieu ». Ils croient à la possibilité d’atteindre cette Illumination ici et maintenant grâce à un effort résolu tendant à s’élever au-dessus de la pensée conceptuelle et à saisir cette Connaissance Intuitive qui est le fait central de l’Illumination. Mieux encore : ils affirment que cette expérience peut être soudaine et complète. Tandis que cet effort peut demander des années, sa récompense se manifeste en un éclair. Mais pour l’obtenir, il ne suffit pas de pratiquer la vertu et le détachement : il faut aussi dépasser des concepts relatifs, tels que le bien et le mal, la recherche et la découverte, etc.

Les adeptes du Zen tiennent même que l’Absolu ou l’union avec l’Absolu n’est pas un but à atteindre : on n’entre pas dans le Nirvâna, car il est impossible d’entrer dans un lieu qu’on n’a jamais quitté. Ce que l’on appelle communément « accéder au Nirvâna » est, en fait, une connaissance intuitive de la vraie nature de toutes choses, de leur « être » même. L’Absolu, c’est-à-dire la Réalité, a deux aspects pour les êtres sensibles. Le seul aspect perceptible pour le non-illuminé est celui où chaque phénomène a une existence isolée mais purement transitoire, dans les limites de l’espace-temps. L’autre aspect se situe hors de l’espace et du temps ; toutes les oppositions, les distinctions et les « entités » n’y font qu’Un. Pourtant, ce second aspect, seul, n’est pas le fruit le plus haut de l’Illumination ; c’est seulement lorsque les deux aspects sont perçus et réconciliés que leur spectateur peut être considéré comme un véritable Illuminé. A ce moment, d’ailleurs, il cesse d’être « spectateur », car il n’a plus conscience d’une distinction entre ce qui regarde et ce qui est vu. Ceci conduirait à de nouveaux paradoxes, si nous ne renoncions pas à nous servir des mots. Il est incorrect, par exemple, d’employer des formules mystiques telles que « Je plonge dans l’Absolu » ou « l’Absolu me pénètre », car lorsque le concept d’espace est transcendé, les concepts de « partie » et de « tout » n’ont plus de sens : la partie est le tout, je suis l’Absolu, à ceci près que je ne suis plus je. Ce que je vois est mon Moi réel, qui est la vraie nature de toutes choses. Celui qui voit et ce qui est vu ne sont qu’une seule et même chose, il n’est même plus question de « voir », l’œil ne pouvant se regarder lui-même.

Le seul but de l’adepte du Zen est donc d’éduquer son esprit de telle manière que tout processus intellectuel basé sur le dualisme inséparable de la vie « ordinaire » soit transcendé, supplanté par cette Connaissance Intuitive qui, pour la première fois, révèle à l’homme ce qu’il est vraiment. Si Tout est Un, la connaissance qu’a un être de sa vraie nature, de son Moi originel, est également une connaissance de la nature de toutes choses. Ceux qui ont mené à son terme cette expérience capitale, qu’ils soient chrétiens, bouddhistes ou adeptes d’autres fois, s’accordent à reconnaître qu’il est impossible de la formuler au moyen de mots. Ils peuvent employer les mots pour montrer la voie à d’autres, mais, tant que ces autres n’ont pas accompli cette expérience pour leur propre compte, ils ne peuvent qu’entrevoir faiblement la vérité, ils ne peuvent se faire qu’une idée pauvrement « intellectuelle » d’une chose qui se trouve au-delà du plus haut point jamais atteint par l’intellect humain.

L’Illumination, lorsqu’elle se produit, le fait soudainement. Il ne peut y avoir d’Illumination graduelle ou partielle. On peut dire que l’adepte entraîné et zélé s’est préparé à la connaître, mais en aucun cas il ne peut être considéré comme « partiellement illuminé ». De l’eau que l’on chauffe devient de plus en plus chaude et, soudain, elle se met à bouillir ; à aucun moment elle n’est « partiellement bouillante » et, jusqu’au moment précis où elle bout, il ne se produit en elle aucun changement qualitatif."

John Blofeld

texte complet: https://www.revue3emillenaire.com/blog/lenseignement-de-huang-po-presente-adapte-john-blofeld/

 

et voici un texte de Blofeld sur Douglas Harding : http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2012/12/22/25970835.html