Un moine demanda à Hsuan Sha (835-908) : « Je viens d'arriver, j'implore le maitre de m'indiquer par où entrer dans la voie du zen. »

– « Entends-tu le murmure du ruisseau ? » demanda Hsuan sha.

– « Oui » répondit le moine.

– « C'est là ! » lui révéla Hsuan sha.

Cette histoire zen est une de mes préférées (je l’ai déjà mentionnée dans un autre de mes livres : Le saut dans le vide), et j’y repense aujourd’hui car à côté de la maison de vacances où je me trouve dans les Cévennes, coule un torrent de montagne.

L’éveil passe par les sens, ici par l’ouïe. C’est là, dans l’écoute (ou dans la vision…) qu’on entre dans la voie qui conduit à l’essentiel.

Mais l’écoute véritable est non-duelle, sans sujet qui perçoit, sans objet perçu.

Il y a le chant du ruisseau, rien d’autre. Il y a juste le son du torrent…

Il y a écoute mais personne pour écouter, comme il y a vision mais personne pour voir.

Le son apparait dans un espace de silence vide et nu, la couleur apparait dans un espace de transparence, sans limite, sans forme et sans couleur…et on ne peut séparer l’écoute du son, la vision de la couleur.

Nous rajoutons un « auditeur », un « individu » dans la scène, et l’expérience alors se brise en deux, puis en mille et meurt peu à peu. Il n’y a plus alors ouverture à ce qui est, ni mystère, ni jubilation, ni nouveauté stupéfiante, mais mémoire et concept, et idée et histoire, et séparation et éloignement…

C’est là qu’on entre dans la Voie, là dans le simple murmure d’un ruisseau de montagne, qui a tant à nous apprendre, pour peu qu’on le remonte jusqu’à la Source de notre être et du monde.

jlr

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