07 novembre 2010
(Se) souvenir de la vacance
La caméra n'interprète pas le réel et le montre tel qu'il est.
Et voilà ce que je suis : une conscience grande ouverte et vide pour accueillir le monde.(Plage de Beg-Meil. Bretagne.)
" Vénérable auditoire , le vide contient le soleil , la lune , les étoiles , la grande terre , les montagnes , les rivières , les arbres , les herbes , les hommes bons , les hommes mauvais ,les bonnes choses , les mauvaises choses , le paradis , l'enfer . Tous sont dans le vide. Le vide de la nature de l'homme , est de la même sorte."
Hui Neng , Plateforme sutra
Commentaires sur (Se) souvenir de la vacance
- Ne sommes-nous qu'une conscience ?Ne sommes-nous qu'un champ de conscience ? Ou bien avons-nous aussi une volonté ?

Ou encore, sommes-nous faits de plusieurs tendances qui ont chacune leur volonté propre, leurs objectifs, et qui nous tiraillent dans tous les sens ? Et le "nous" dont je viens de parler, qui désigne-t-il ? Est-ce mon champ de conscience ou bien mon libre arbitre ?
Avons-nous un libre arbitre, voilà ma question. Oui je sais, ça parait idiot comme question. Mais je m'étonne que dans la littérature bouddhiste on parle tout le temps de conscience et jamais du libre arbitre, de la volonté, et très peu de la liberté d'agir à sa guise, alors que dans la littérature occidentale on ne parle que de ça. - Tout est Conscience.Il n'y a jamais de séparation entre quoi que ce soit. Il n'y a que Conscience. "La" Conscience est sans la moindre apparence, c'est pourquoi on dit qu'elle est vacuité. Cette vacuité est sans pensée, sans apparence, sans sensation, sans goût, sans odeur, sans son, sans phénomène, sans rien, sinon la paix. Et "de" cette Conscience qui n'est pas dans le temps et dans l'espace apparaît le temps et l'espace et tout son contenu, d'instant en instant. Cette apparition intermittente est aussi "la" Conscience S'apparaissant à elle-même en tant que tout ce qui Est. Alors qui sommes nous? "La" Conscience qui seule Est. Alors qui pourrait avoir un libre arbitre? Le libre arbitre n'est rien d'autre que de la pensée et cette pensée est aussi la manifestation de "La" Conscience non manifestée. En fait quand on dit "je" c'est à l'infini Conscience que l'on fait référence, mais on n'imagine que ce n'est pas le cas. Ce n'est qu'imagination.

- Le libre arbitre ne serait qu'une chimère ?OK Mu, merci pour ces précisions.

Je suis d'accord avec ce que tu dis sur la conscience, il reste que j'ai reçu une éducation très volontariste : "quand on veut, on peut", telle était la devise familiale. Si tu n'y arrivais pas, t'avais pas le droit de te plaindre, puisque tout était question de volonté.
Alors bien sûr depuis j'ai évolué, je pense aujourd'hui que la volonté, ou le libre arbitre, n'est que la volonté du conscient. Or l'inconscient est fait de multiples tendances qui se fichent pas mal de la volonté du conscient. Du coup, le conscient ressemble assez à un agent de police gesticulant au mileu d'un rond point, et à qui personne n'obéit...
Pour beaucoup d'êtres humains, le champ de conscience ressemble beaucoup à un champ de bataille... N'y a-t-il pas un pilote dans l'avion ? Que fait le libre arbitre ? Ha bon il n'existe pas... Alors, on ne peut pas sortir de l'anarchie ?
Le bouddhisme n'est-il pas quand même un peu fataliste, simplement parce qu'il est d'origine asiatique (nos amis asiatiques cherchent toujours à mieux s'adapter, quand nous cherchons au contraire à adapter l'environnement à nos besoins). Jamais le Christ ou les chrétiens n'ont dit que nous étions juste une conscience, ils ont plutôt insisté sur le sens du devoir qui suppose une volonté libre.
Alors j'écoute qui, les bouddhistes ou les chrétiens ? - Qui pense?Le libre arbitre n'est que de la pensée. Qui pense ? Ce qui n'est pas de la pensée, ce qui est la Source de la pensée. Demeurer sans penser c'est se connaître non-conceptuellement comme étant cette pure Concience auto-consciente. Où est le bouddhisme où est le christianisme dans tout ça ? Toutes les religions (comme toutes choses), ne sont que de la pensée, parfois de très belles pensée, mais seulement de la pensée. Etre libre de la pensée, c'est être la Liberté elle-même. Mais bien sûr personne ne peut demeurer constamment sans penser, la liberté consiste à "voir" la pensée pour ce qu'elle est, juste de la pensée et à ne pas y croire comme une vérité absolue. Et ce qui n'est pas absolu, est faux, ou tout au plus relativement vrai.

- Une bulle de conscience, sans doute ?Merci Mu. Si le libre arbitre n'est que de la pensée, c'est déjà qu'il existe.

Est-il fait de pensée ordinaire, je ne le crois pas. Est-il fait de pensée conceptuelle ? Ce n'est pas ce que je sens. J'ai plutôt l'impression qu'il est fait d'une sorte de conscience qui réfléchit pas... Il y a un petit côté imprévisible chez la personne vraiment libre, non ?
Donc, tu as raison, il est fait de conscience de toutes façons. Une conscience aigue des choses, et d'un coup jaillit une étincelle qui se traduit par une décision, quelque chose comme ça, non ? Il est difficile de décrire un phénomène instantané... surtout avec des mots... - Libre nonobstant quoique ce soitÀ Régis:

C'est d'être libre de la personne, des personnages mis en scène, qu'il y lieu.
Il n'y a pas de personne libre ou pas libre.
Ceci ==> Que, in fine, la question du libre arbitre ne se pose pas réellement; c'est la (les) personne(s) qui se la pose(nt) mentalement parlant.
Il n'y a là rien de difficile. C'est notre souci de vouloir à toute force être quelque chose ou quelqu'un de tangible(*), qui rend ceci difficile.
* (Y compris de vouloir s’efforcer d’être quelqu’un qui se regarde dans le cortex sans tête !! Laf laf !
)
- D'où nous vient l'idée saugrenue que nous sommes qui nous sommes ?Merci. Bon, alors d'où vient ce souci de vouloir à toute force être quelque chose ou quelqu'un de tangible ?

Admettons que nous soyons juste un champ de conscience, traversé par des courants de pensée venant des uns et des autres. Admettons que ces courants de pensées créent en nous des tumultes émotionnels. Ce serait comme de regarder une pièce de théatre : nous voilà devenus de simples spectateurs de nos pensées et de nos émotions. C'est finalement assez confortable.
Alors, qui nous a mis en tête l'idée saugrenue que nous soyons quelqu'un ? - l'Etreté-Conscience-Paix.- Régis : "...et d'un coup jaillit une étincelle qui se traduit par une décision, quelque chose comme ça, non ?"

-Oui, tout survient toujours comme ça, boum! sans prévenir, parce qu'il n'y a personne à prévenir avant que vienne le surgissement de la pensée, il n'y a que Cela, l'Etreté-Conscience-Paix. Tout survient toujours de cette pure Intelligence non-conceptuelle, y compris la pensée qui dit que ce n'est pas le cas, que c'est moi en tant qu'individu qui décide, qui pense, qui parle, qui vie. Ce n'est qu'une deuxième idée, qui vient après le surgissement spontanné de la première pensée. Tout surgit du vide, même l'idée que c'est moi qui fait surgir ou que cela surgit pour moi ou pour quelqu'un d'autre. Moi et autre ce sont des idées.
Bien à vous Régis - Je relance le débat sur l'identité...D'où nous vient l'idée que nous sommes quelqu'un ? Que serions-nous sans cette idée ? Est-ce que les fonctions vitales fonctionneraient encore ? Notre corps pourrait-il vivre sans une intelligence qui se conçoit comme une entité séparée avec un territoire à défendre ?

Est-ce nos parents qui nous ont inculqué l'idée que nous devions nous défendre contre un monde hostile ? S'ils ne l'avaient pas fait, aurions-nous survécu ?
Est-ce nos sens qui nous font apparaitre que nous sommes séparés les uns des autres (parce que je ne ressens pas leur douleur comme je ressens la mienne) ?
Est-ce que notre corps se défendrait quand même sans l'idée qu'il doit défendre son intégrité ? Peut-être que, effectivement, l'esprit se croit obligé de défendre des frontières que le corps défend déjà très bien...
A suivre... - A vous de voir-"D'où nous vient l'idée que nous sommes quelqu'un ? Que serions-nous sans cette idée ?"

Tout provient de la Conscience non manifesté, tout est la manifestation de cette Conscience non-mmanifestée. Donc tout EST la Conscience non-manifestée en tant que Conscience manifestée : Les vagues sont l'océan, la forme est le vide.
-"Est-ce que les fonctions vitales fonctionneraient encore ?"
Dans le sommeil profond, sans rêve, le corps fonctionne et pourtant il n'y a pas d'idée.
-"Est-ce que notre corps se défendrait quand même sans l'idée qu'il doit défendre son intégrité ?"
C'est le Soi, la Conscience primordiale qui est aux commandes de tout, c'est elle qui défend Son corps de manière non-conceptuelle (face aux microbes par exemple) ou conceptuelle en manifestant l'idée je dois me défendre de telle ou tel danger. Ce n'est pas vous, Régis qui pensez, vous êtes pensé par la nature Silencieuse de l'esprit, qui est ce que vous êtes, ce qui est tout ce qui est.
C'est ce que je pense, peut-être ais-je tort, à vous de voir. - Nous sommes pensés ?D'abord un grand merci Mu, je suis touché que vous me répondiez chaque fois de façon aussi précise... Merci pour votre patience...

Oui je sais que ce n'est pas nous qui pensons mais plutôt les idées qui viennent à nous... En français on dit "je pense que" ou "j'ai eu une idée", et cette forme de langage nous piège sans doute dans une conception erronée, mais les italiens sont plus malins, ils disent plutôt "il me vient une idée"... C'est plus juste non ?
Il me semblait avoir compris tout ça mais suite à votre réponse, je me demande si je l'ai vraiment intégré. Est-ce que je m'identifie trop à MES pensées sans m'en rendre compte ?
Je me suis interrogé là dessus et il me semble que ma culture familiale me tire encore vers une tendance à toujours essayer de faire, c'est comme si je devais faire, changer quelque chose sinon je ne vaut rien, il y a comme un devoir de faire, sinon c'est pas la peine de vivre, quelque chose comme ça. C'est comme si on me disait "ne te laisse pas balloter par les événements, interviens !" J'existerais donc ? - Du je au jeuVous dites : "...ils disent plutôt "il me vient une idée"... C'est plus juste non ?"

Je ne pense pas, parce que vous voyez, il y a encore la dualité entre le "me" et le "il", et en Réalité il n'y a pas VRAIMENT de moi. et de autre que moi. Le moi et le non-moi ce sont des idées. Il n'y a que le Soi, le non manifesté se manifestant en tant que tout ce qui Est. Nous ne sommes pas un néant, mais pure Etreté éternelle, non-née, incrée, immortelle. Alors, si nous utilisons le "je" ou le "moi" en sachant qui nous Sommes vraiment, il n'y a plus de problème, tout devient un jeu en quelque sorte. Vous voyez?
"Est-ce que je m'identifie trop à MES pensées sans m'en rendre compte ?"
L'identification est juste une pensée aussi, qui dit c'est moi individuellement qui pense, qui dit, qui fait, qui vis. Mais rien n'est jamais fait individuellement, parce qu'il n'y a pas d'individu autre que la pensée qui dit qu'il y en a un. Croire en cette pensée est le seul problème, et cette croyance est elle-même une pensée, un conditionnement, une habitude. Un jour cela cessera. Votre Je actuellement et pas dans une seconde ou dans trois milles ans est la Conscience infinie se manifestant en tant qu'absolument tout ce qui Est. Il n'y a rien d'autre que Vous, c'est-à-dire, le Soi, la Conscience primordiale, etc.
Amitiés - Comme un mirage qui s'évanouit.Merci à vous cher Régis.

Mais vraiment ce paradigme n'est pas quelque chose de nouveau, quelque chose de plus à atteindre ou devenir, c'est toujours là, c'est Nous, notre Conscience, mais c'est juste voilé par toutes nos croyances, comme un mirage, il se se dissipera un jour. C'est plus que certain.
Amicalement.
Merci ^^

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