Dans un message précédent, je disais que la voie que je propose - en suivant celle de mon ami et maitre Douglas Harding - commence par l'éveil. Cela rejoint les voies directes comme le zen par exemple.

D.T. SUZUKI dit ici que le zen commence avec le Satori

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"Le Zen dépourvu de satori est comme un soleil sans sa lumière ni sa chaleur. Le Zen peut perdre toute sa littérature, tous ses monastères et tout son appareil extérieur ; mais aussi longtemps qu'il y aura en lui du satori, il survivra dans l'éternité.

Je tiens à insister sur ce fait absolument fondamental qui touche à la vie même du Zen ; car certaines personnes, même parmi les étudiants du Zen, sont inconscientes de ce fait central, et inclinent à croire qu'une fois expliqué logiquement ou psychologiquement, ou comme une philosophie du Zen particulière résumable en termes extrêmement techniques et abstraits, le Zen est épuisé et qu'il ne reste rien d'essentiel.

Je soutiens au contraire que le Zen commence avec l'"ouverture du satori"".

Et voilà comment il décrit le Satori :

"Le satori peut être défini comme un regard intuitif dans la nature des choses, par contraste avec la compréhension logique ou analytique. Pratiquement, il signifie la découverte d’un monde nouveau, inaperçu jusqu’alors dans la confusion d’un esprit formé au dualisme. Nous pourrions dire encore qu’avec le satori, tout  ce qui nous entoure est vu sous un angle de perception tout à fait inattendu. Quoi qu’il en soit, pour ceux qui ont acquis un satori, le monde n’est plus ce qu’il était auparavant ; il peut garder ses rivières qui coulent et ses flammes brûlantes, plus jamais il ne redevient le même. En termes de logique, toutes ses oppositions et contradictions sont unies et harmonisées en un tout organique et cohérent. C’est là un mystère et un miracle, mais, d’après les maîtres du Zen, de tels miracles s’accomplissent quotidiennement. On ne peut donc saisir le satori qu’en en faisant personnellement l’expérience.

 

On peut en trouver une image ou une analogie plus ou moins faible et fragmentaire lorsqu’on résout un problème difficile, ou que l’on fait une grande découverte, ou qu’au milieu des complications les plus désespérées, on aperçoit tout à coup un moyen d’échapper, bref, quand on s’écrie : « Euréka, euréka ! »Mais cela ne concerne que l’aspect intellectuel du satori, aspect nécessairement partiel et incomplet, qui laisse de c6té les bases mêmes de la vie considérée comme un tout indivisible. Le satori, en tant qu’expérience du Zen, doit porter sur la totalité de la vie. Car ce que le Zen se propose de faire est la révolution, en même temps que la réévaluation, de soi-même en tant qu’unité spirituelle. La solution d’un problème de mathématiques résout le problème et ne va pas plus loin; elle n’affecte pas l’ensemble de la vie du chercheur. Il en est de même des autres questions particulières, pratiques ou scientifiques ; elles n’atteignent pas la note fondamentale de la vie de l’individu. Mais l’ouverture du satori est une véritable recréation de la vie elle-même. Quand il est authentique - car il en existe de nombreux simulacres - ses effets sur la vie spirituelle et morale sont révolutionnaires, et aussi exaltants et purifiants. On demandait à un maître ce qui constituait la nature d’un Bouddha ; il répondit : « Le fond d’un seau a été crevé ».

Nous pouvons voir par là quelle révolution complète est produite par cette expérience spirituelle. La naissance d’un homme nouveau est réellement cataclysmique."

 D.T. Zuzuki, Essais du Bouddhisme Zen.