Cézanne et le Voir
Un ami Omivier m'a envoyé ce beau texte sur Cezanne.
« L’art de Cézanne porte la scrutation du réel à un point d’intensité tel qu’il se produit un étrange renversement :
tout de passe comme s’il n’y avait plus un sujet qui fait face à un objet, et qui l’examine et le juge, mais inversement comme si le sujet, devenu absent à lui-même, chien plutôt qu’homme, se laissait progressivement absorber dans l’opacité des choses, comme si le regard du peintre se noyait lentement dans la matérialité de la pure présence.
C’est alors seulement, en ce point limite où le regard cède à l’hypnose du monde, que la Chose, libérée de son aliénation à l’observateur, devient souveraine, indépendante, et peut affirmer l’acte de sa présence.
Tel est le pari démesuré du réalisme cézannien : dévoiler le monde tel qu’il se manifeste quand nul n’est plus là pour le voir ».
Jacques Darriulat, « Le réalisme selon Cézanne »
conférence prononcée le 24 novembre 2011 dans le cadre de l’exposition « Cézanne et Paris » au Musée du Luxembourg

