Philippe Mac Leod (1954-2019)
Je viens d'apprendre le décès (à 64 ans) il y a quelques jours d'un de nos plus grands poètes : Philippe Mac Leod.
Il écrivait une poésie mystique, inspirée, qui prenait sa source dans une véritable expérience du sens et de la transcendance. Beaucoup de ses textes contiennent des trésors à même de nous éveiller à l'infini.
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"Tout le visage n'est que lumière. Tourné vers la lumière, lui-même se présente comme une large trouée d'azur, un abîme de clarté, un grand ciel dans notre chair. Au faîte du corps, il amorce sa transformation, il dit ce pour quoi nous sommes faits, où l'échelle de la vie nous conduit Grand ouvert, en lui l'homme s'évase."
"La paix qui émane du paysage te touche à ce point parce qu'elle éveille en toi un lieu similaire, un lieu qui l'accueille et la comprend, un lieu qui lui répond. Sa douceur, son harmonie secrète, sa grâce singulière, ne font que susciter d'intimes correspondances. Si tu parviens à rejoindre ce lieu profond, à en situer le chemin - ce lieu caché, ce lieu qui n'en est plus un, qui donne forme plus qu'il ne contient -, où que tu ailles, quoi qu'il arrive, toujours cette paix sera là. Par quel miracle, par quelle mystérieuse alchimie, demandes-tu ? Regarde, regarde encore, contemple la paix en sa beauté, jusqu'à ce qu'elle se dessine en toi, s'y imprime, jusqu'à ce que tu comprennes qu'elle est la forme même de ton âme."
"Renouer avec la vérité de notre chair : le salut commence par cette illumination, cette ouverture à l'infini et à l'universalité de la vie que nous incarnons. Le Verbe s'est fait chair afin de permettre à toute chair de délivrer le sens qu'elle contient; l'esprit qu'elle recèle, la présence invisible qui la sous-tend Nous sommes éveillés, mais la plupart du temps sans présence, alors que notre seule chance de contact avec Dieu tient à cette attention qui passe par une conscience vive de l'instant, une perception qui se prolonge quand on l'affûte. Dieu, dit-on, a mis l'infini entre lui et sa créature. Mais pour la créature qui devient cet infini, plus rien ne la sépare de Dieu."
"Une pénétration de la vie par l'esprit, telle est l'attention au réel, aiguë, intense, illuminant le relief de chaque instant. Une observation libre, dégagée, béante et lumineuse. Une vigilance sans objectif. Une tension sans focalisation. Une conscience transparente et flottante des choses, au-delà du cercle étroit dans lequel nous évoluons quotidiennement Nous tenons au monde par les pieds et par les mains, comme par les griffes du savoir et de l'intelligence pratique. Nous y adhérons plus intimement par la force du regard, par l'acuité de notre présence, dans un échange qui nous grandit."
"Que vient dire la conscience dans l'ordre du monde ? Non point cette faculté de raisonner, si prompte à se mettre en branle, ni même cette propension à tirer des plans sur la comète, imaginer, projeter, calculer, supputer, mais cette insaisissable proximité de la connaissance, cette sorte de toile de fond qui nous soutient et nous tient en éveil, comme on parle d'un bruit de fond dans l'univers, un rayonnement dont la diversité tirerait son origine."
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