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Eveil et philosophie, blog de José Le Roy
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28 avril 2017

Dieu et la déité chez Maitre Eckhart

J'ai assisté aux conférences consacrées à la non-dualité dans la philosophie occidentale à l'université de Louvain-la-Neuve en avril dernier.

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Hervé Pasqua

Hervé Pasqua, spécialiste de Nicolas de Cues et de Maitre Eckhart, a donné une très intéressante conférence sur la différence entre la déité et dieu chez Maitre Eckhart. Ce débat rejoint les articles que j'ai postés sur ce blog à propos de la distinction que font certains mystiques entre l'absolu et la conscience.

Pour maitre Eckhart, le chemin mystique comporte deux moments

1-Le retour de l'âme à Dieu, qui est l'être- intellect (le Nous plotinien)

2-La percée au-delà de Dieu dans la Déité (L'un plotinien)

Voici un extrait d'un livre de Pasqua qui développe cette perspective :

 

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"Saisir Dieu dans « l'océan sans fond de son infinité », tel est le dessein de Maître Eckhart. Chercher Dieu quand « il n'était pas Dieu » et « était ce qu'il était », c'est-à-dire Déité, cela signifie dépasser Dieu. Dieu au-delà de Dieu, autrement dit, la Déité conçue comme Unité pure et nue dans laquelle l'Être de Dieu lui-même doit s'abîmer avec tout ce qui est, tel est le terme ultime et impensable au seuil duquel la pensée nous conduit en s'effaçant.      

L'union à Dieu, d'ordre intellectif dans un premier temps, transcende dans un deuxième temps l'intellection pour accéder à l'union mystique, ineffable, sans voix et sans regard, avec la Déité. C'est pourquoi nous ne saurions confondre la Déité et l'Intellect. Tout ce qui est aspire à retourner vers ce dont tout est issu. Ce qui s'est déployé dans le multiple, qui est pur néant, doit se replier dans l'unité pure de l'Un-qui-n'est-pas. Et ce repli est une perte. Car là où deux doivent devenir un, il y en a un de trop : « Où deux doivent devenir un, l'un doit perdre son être. De même, Dieu et l'âme doivent devenir un, l'âme doit perdre son être et sa vie. Autant il en demeurerait, autant certes ils seraient unis, mais s'ils doivent devenir un, l'un d'eux doit perdre entièrement son être et l'autre conserver son être, ainsi ils sont un».

Unie à Dieu, l'âme serait encore quelque chose, Eckhart insiste en précisant qu'elle doit devenir un avec lui et non unie, ce qui signifie qu'elle doit être réduite à néant. C'est l'exact opposé de la vision béatifique où la déification culmine dans un face à face : « Et quand l'âme parvient là, elle perd son nom et Dieu l'attire en lui, en sorte qu'en elle-même elle est réduite à néant, comme le soleil attire en lui l'aurore, en sorte qu'elle est anéantie » L'âme de retour en Dieu cesse d'ex-sister pour in-sister. Elle perd son étant qui est non-être, parce qu'il est - comme on le verra - par un autre, et se retrouve dans l'Être divin qui est un non-étant. Quand, au terme du mouvement d'in-sistence, l'Être et l'intellect se seront retrouvés à égalité grâce au rassemblement en Dieu de tout ce qui s'était dispersé dans la multiplicité extérieure du monde créé, alors l'étant pensé et l'Être pensant se perdront à leur tour dans l'unité pure et impensable de la Déité. L'union sans différence sera atteinte entre le fond de l'âme et l'insondable Déité."

Hervé Pasqua, Le procès de l'Un

 

 

 

Commentaires
J
Merci, José, pour tous ces textes passionnants que tu découvres et partages. <br /> <br /> <br /> <br /> J'aurais juste envie d'ajouter que l'âme ne se perd pas en devenant néant, parce qu’être néant, c’est précisément là son essence. Elle est simple réceptacle, à l’intérieur duquel tout se passe. Regard qui englobe. Qu’elle soit néant, c’est cela qui lui permet d’englober la totalité de l’être. Si par malheur elle prétendait se constituer elle-même comme une part d’être, alors elle perdrait sa propre essence, et déchoirait de sa nature d’englobant à celui d’objet au sein du monde. Il faut garder à l’esprit, lorsqu’on lit Maître Eckhart, que l’union mystique qu’il prônait avait pour l’Eglise des relents sacrilèges. L’Eglise encourageait l’âme à s’unir à Dieu, dans un geste de soumission totale, mais elle ne concevait pas que cette union puisse révéler à l’âme que sa propre nature, c’est Dieu. C’est cela pourtant qu’entend Maître Eckhart : lorsque l’âme est entièrement anéantie en Dieu, alors elle réalise sa propre essence, qui est Dieu. C’est lui, l’Englobant.
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A
Magnifique, ça résonne très bien avec ce que partage Bernadette Roberts.
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  • Ce blog présente la philosophie comme un chemin d'éveil à notre vraie nature. La philosophie n'est pas un simple discours mais une voie de transformation et de connaissance de soi. Ce blog s'inscrit dans l'enseignement de Douglas Harding.
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