Philosophie et souffrance animale
J'ai rencontré Matthieu Ricard en septembre; j'ai eu la chance de dialoguer avec lui sur le végétarisme. J'avais déjà beaucoup penser à la question animale et à la consommation de viande. Depuis lors, ma femme et moi avons pris la décision de devenir végétariens, de ne plus manger de viande.
Après le fracas des armes et le meurtre des journalistes de Charlie et des centaines de morts du Nigeria, on pourrait penser que c'est là une cause futile, qu'il faut d'abord s'occuper des hommes et ensuite des animaux.
Mais, les deux soucis ne sont pas exclusifs ; je crois même que celui qui est sensible à la souffrance animale est d'autant plus sensible à la souffrance des hommes.
Le livre de Matthieu est vraiment passionnant ; il donne notamment des citations de philosophes justifiant l'exploitation animale. Il est désolant de voir une telle dureté de coeur chez des penseurs par ailleurs si brillants.
Aristote
« Les plantes existent pour le bien des animaux, et les bêtes sauvages pour le bien de l’homme. […] Comme la nature ne fait jamais rien inutilement ou en vain, il est indéniablement vrai qu’elle a fait tous les animaux pour le bien de l’homme».
Saint-Augustin
"C’est par une très juste ordonnance du Créateur que leur vie et mort sont subordonnées à notre usage."
Saint Thomas d’Aquin
«La vie des animaux […] est préservée non pour eux, mais pour l’homme ».
Descartes
"Les animaux ne sont que de simples machines, des automates. Ils ne ressentent ni plaisir, ni douleur, ni quoi que ce soit d’autre. Bien qu’ils puissent pousser des cris quand on les coupe avec un couteau, ou se contorsionner dans leurs efforts pour échapper au contact d’un fer-chaud, cela ne signifie pas qu’ils ressentent de la douleur dans ces situations. Ils sont gouvernés par les mêmes principes qu’une horloge, et si leurs actions sont plus complexes que celles d’une horloge, c’est parce que celle-ci est une machine construite par les humains, alors que les animaux sont des machines infiniment plus complexes, faites par Dieu."
Spinoza
"La loi qui défend de tuer les animaux est fondée bien plus sur une vaine superstition et une pitié de femme que sur la saine raison ; […] il n’y a pas là de raison pour ne pas chercher ce qui nous est utile, et par conséquent pour ne pas en user avec les animaux comme il convient à nos intérêts."
Kant
"Les animaux n’ont pas conscience d’eux-mêmes et ne sont par conséquent que des moyens en vue d’une fin. Cette fin est l’homme. Aussi celui-ci n’a-t-il aucun devoir immédiat envers eux. […] Les devoirs que nous avons envers les animaux n’en sont que des devoirs indirects envers l’humanité"
Heureusement certains philosophes ont une considération plus grande pour nos frères animaux :
Plutarque
"Vous me demandez pour quelle raison Pythagore s’abstenait de manger de la chair de bête ; mais moi, je vous demande avec étonnement quel motif ou plutôt quel courage eut celui qui le premier approcha de sa bouche une chair meurtrie, qui toucha de ses lèvres les membres sanglants d’une bête expirante, qui fit servir sur sa table des corps morts et des cadavres, et dévora des membres qui, le moment d’auparavant, bêlaient, mugissaient, marchaient et voyaient ? Comment ses yeux purent-ils soutenir l’aspect d’un meurtre ? Comment put-il voir égorger, écorcher, déchirer un faible animal ?"
Jean Meslier
"L’homme blanc […] ne peut avoir aucun droit, en vertu de sa couleur, à réduire en esclavage et à tyranniser l’homme noir. […] Pour la même raison, un homme ne peut avoir de droit naturel à maltraiter ou tourmenter une bête."
Schopenhauer
"On prétend que les bêtes n’ont pas de droit ; on se persuade que notre conduite à leur égard n’importe en rien à la morale, ou pour parler le langage de cette morale-là, qu’on n’a pas de devoirs envers les bêtes : doctrine révoltante, doctrine grossière et barbare, propre à l’Occident et qui a sa racine dans le judaïsme. En philosophie toutefois, on la fait reposer sur l’hypothèse d’une différence absolue entre l’homme et la bête admise en dépit de l’évidence."

