Canalblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Eveil et philosophie, blog de José Le Roy
Archives
Newsletter
613 abonnés
Visiteurs
Depuis la création 3 597 689
27 novembre 2009

Alzheimer et éveil

J'ai un ami dont la femme naguère intellectuelle est atteint de la maladie d'Alzheimer. Elle perd sa mémoire et se perd elle-même.
Cette maladie touche beaucoup de gens et nous avons souvent dans notre famille un parent touché.
D'un certain point de vue , cette maladie est une déchéance, une ruine; elle emporte avec elle la mémoire et l'individu, qui ne reconnait plus ses enfants, son conjoint, ses amis, et ne sait plus fonctionner dans la vie quotidienne.
L'individualité disparait peu à peu, comme une falaise tombe graduellement dans la mer, ou comme la neige fond au soleil. Pour les proches, c'est une perte douloureuse et une dépendance pénible.

Mais tout disparait-il avec cette maladie? Tout s'en va-t-il quand part la mémoire?

Je ne le crois pas. La conscience pure demeure, au-delà de la mémoire effacée, au-delà des noms, des verbes, des concepts. L'individu, en s'en allant, n'emporte pas l'être, qui demeure au centre, dans le silence.

Chez le malade, le soi est là, présent; comme ici, en moi; et il n'y aucune différence car il n'y a qu'un Soi. .

Voici un texte de Pierre Feuga qui le montre aussi. (qui sera publié prochainement dans un livre remarquable; Fragments tantriques aux éditions Almora, publication prévue : janvier 2010)

"

L'OUBLI

J'ai eu un vieil ami, sanskritiste brillant, qui un jour a oublié qu'il avait su le sanskrit ou s'était même intéressé à l'Inde. Il contemplait les rayons de sa bibliothèque gémissant sous des centaines de livres - l'intégrale des Védas dans leur version ori­ginale, toutes les upanishads publiées, tous les Purânas et Tantras disponibles, les Agamas shivaïtes, le Mahâbhârata complet, sans compter les innombrables études, essais, traductions, bio­graphies, monographies, etc. - oui, il contemplait tout cela d'un œil incrédule et murmurait : « Mais qu'est ce que c'est que tous ces bouquins sur l'Inde ? Qui a mis ça là ? »

On me dira qu'il devait être atteint de ce qu'il est convenu d'appeler la maladie d'Alzheimer. Il se peut. Mais peut-être avait-il atteint cette lisière où l'esprit commence à se libérer du mental et à retrouver, dans la stupeur d'abord, son essence nue. Sans doute avait-il oublié ce qui avait constitué l'intérêt princi­pal de sa vie, ce à quoi il avait consacré l'essentiel de ses forces. Cela, d'un point de vue humain, peut être considéré comme une tragédie, la pire qui puisse arriver à un intellectuel et à un érudit. Pourtant, regardant trembler dans ses yeux cette persis­tante lumière, voyant comme transparaître l'enfant derrière le vieillard, je ne pouvais m'empêcher de penser que peut-être, dans le naufrage de sa mémoire et de sa raison, et à ce prix cruel, mon ami avait enfin trouvé ce qu'il avait toujours désespéré­ment cherché : le Soi." Pierre Feuga

pierre_feugaPierre Feuga


Commentaires
Y
Bonjour, <br /> <br /> J'ai cru comprendre que Pierre FEUGA était décédé d'une tumeur à la tête. Sait-on la manière, l'état d'esprit avec lesquels il appréhendait sa maladie ? <br /> <br /> Par avance merci de vos éventuelles réponses.
Répondre
V
Très intéressant ce que dit Patrice, et non moins intéressant ce que répond José, cela touche quelque chose qui mérite d'être approfondit! Car si il est vrai que certain se déplaçait pour voir Douglas, Ramana ect....très peu vont dans des maisons d'accueil où un être atteint de la maladie d'alzheimer s'y trouve pour se reconnaître ?????
Répondre
P
bien sûr que si, il y a une différence entre un éveillé et un être ordinaire. Sinon, on ne ferait pas cette distinction et on ne parlerait même pas de spiritualité. La différence réside dans l'actualisation ou non de cet esprit d'éveil, à la reconnaissance ou la non reconnaissance de cette base claire et vide. Et de là découlent des potentialités plus ou moins vastes de cette conscience. Donc tous les êtres 'animés', animaux inclus, reposent sur cette base. Mais ne la reconnaissant pas, la plupart , identifiés à leurs pensées, leurs émotions etc, passent à côté de ce potentiel. Et en termes de potentialité de la conscience, un malade d'alzheimer en fin d'évolution, et j'en accompagne régulièrement en maison de retraite, n'a même pas le potentiel d'un poisson rouge, qui peut se nourrir seul, se reproduire, et même reconnaître la boite de cochenilles d'où provient son repas.
Répondre
J
L'attachement à la mémoire est encore un attachement. Toute notre mémoire va disparaitre un jour, et elle le fait chaque nuit dans le sommeil. Le langage partira aussi. Mais ce que je suis est immuable. Pas de difference entre le bouddha et quiconque.<br /> <br /> josé
Répondre
P
quand on a rencontré des malades de cette terrible maladie, et qu'on a aussi côtoyé des êtres réalisés, on se rend bien compte qu'ils ne "jouent pas dans la même catégorie". Malheureusement, l'avis de maîtres sur le sujet est que l'Alzheimer correspond à une "opacification" de la conscience, non à une quelconque libération. La clarté est obscurcie, au point finalement de ne plus savoir qui on est, de ne plus reconnaître ses proches, de ne se souvenir de rien. Bien sûr, la conscience de base est toujours présente, mais inaccessible tant elle est voilée, obscurcie, et donc non reconnaissable. Rien à voir avec la pure conscience de l'éveillé. On nommait le Bouddha, ou Longchenpa l'Omniscient, êtres capables de connaître le passé, le présent et l'avenir. On ne peut malheureusement en dire autant du pauvre être atteint de cette maladie.
Répondre
Eveil et philosophie, blog de José Le Roy
  • Ce blog présente la philosophie comme un chemin d'éveil à notre vraie nature. La philosophie n'est pas un simple discours mais une voie de transformation et de connaissance de soi. Ce blog s'inscrit dans l'enseignement de Douglas Harding.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Derniers commentaires
Pages