la vue et le toucher
Plusieurs personnes m'ont fait part, par commentaires ou mails, d'une interrogation légitime.
Après avoir fait l'expérience décrite déjà à plusieurs endroits du blog, comme ici expérience du doigt, on me dit qu'en effet on ne voit pas de tête au-dessus de ses épaules mais qu'on peut en toucher une avec les mains. Et donc si on ne voit rien, cependant on sent quelque chose de solide.
Je voudrais répondre à ces remarques.
Mais d'abord je voudrais dire que la personne qui ne voit rien au-dessus de ses épaules devrait être plongée dans la plus totale stupéfaction, parce que cela signifie que rien ne regarde le monde, que l'individu supposé, auquel elle s'est jusque là identifiée sans aucun doute, a disparu en tant qu'observateur !
Concernant le toucher, il est incontestable qu'on sent quelque chose quand on met ses mains au-dessus des épaules en direction de sa tête. Il est alors assez facile de s'imaginer être une tête, ou être dans une tête (si oui je me demande bien à quel endroit?)
Mais quelle est notre expérience ?
En touchant la tête, nous faisons apparaitre des sensations, en effet, mais à qui apparaissent ces sensations et où apparaissent-elles ?
Ces sensations apparaissent dans un espace sans forme et sans limite. C'est encore plus net si on ferme les yeux; on perçoit alors très clairement à la fois les sensations qui naissent et changent et l'espace sans forme qui les accueille.
Ces sensations ont-elles le pouvoir de vous enfermer dans une boule de chair chevelue, dans une tête ? Non, elles sont présentes dans la conscience ; elles sont en vous. Vous êtes l'espace éveillé, sans forme dans lequel des phénomènes apparaissent puis disparaissent.
Ainsi le toucher vient confirmer ce que la vue me révèle : la vue me montre que rien au dessus de mes épaules ne regarde le monde, que c'est vide; et les sensations, de même, me montrent l'espace vide, sans limite, sans forme, sans sensation qui accueille les sensations.
Les sons m'éveillent à moi-même de la même façon, en me dévoilant l'espace de silence que je suis.
jlr
