Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

Ce blog présente la philosophie comme un chemin d'éveil à notre vraie nature. La philosophie n'est pas un simple discours mais une voie de transformation et de connaissance de soi.

02 juillet 2009

Qu'est-ce que la philosophie ?

Spinoza   epictete  Schopenhauer  plotin  bergson

Spinoza, Epictete, Schopenhauer, Plotin, Bergson

J'ai assisté, il y a deux semaines, à la Sorbonne à une réunion de professeurs de philosophie du secondaire et du supérieur, rassemblés pour réfléchir sur des rapports et des mesures gouvernementaux qui semblent mettre en danger à court terme l'enseignement de la philosophie dans les lycées.

Je ne sais si ces menaces sont réelles ou supposées mais ce qui m'a frappé c'est la définition de la philosophie que les professeurs dans leur ensemble ont proposée : la philosophie est une problématisation de notions, "La philosophie n'est pas un savoir comme les autres, elle n'est pas un savoir mais une pratique de l'interrogation".  La philosophie ne peut donc enseigner aucun savoir puisqu'elle n'en possède aucun ; le professeur est celui qui permet à l'élève de réfléchir sur les notions du programme (liberté, justice, devoir...)

Une telle définition de la philosophie me laisse perplexe et je me demande quels philosophes parmi tous ceux que nous connaissons l'accepteraient ?

Certainement pas Spinoza qui  présente le savoir définitif de la philosophie  de manière démonstrative. Pas davantage Descartes qui identifie philosophie et science et considère que le savoir vrai se trouve dans ses livres, savoir qu'il défend avec humeur, d'ailleurs, contre tous ceux qui ne le comprennent pas (Gassendi, Hobbes, Bourdin...). Dans l'Antiquité, Epictète pense détenir le savoir philosophique dans son intégralité ; de même pour Platon ou Epicure ou Plotin. Plus près de nous, Fichte identifie philosophie et savoir (Wissenschaft). Schopenhauer ou Bergson pensent également détenir une science.

Je ne vois guère peut-être que l'école sceptique tardive de Sextus Empiricus pour souscrire à une telle option.

A part lui, aucun philosophe ne pourrait être d'accord avec nos éminents professeurs. Aucun.Cela signifie-t-il que le scepticisme est devenu sans le dire la philosophie officielle des professeurs et des inspecteurs de philosophie? Si c'est le cas, il faudrait nous le dire.

Bien sûr, une telle pratique de l'interrogation n'est pas inutile pour nos élèves : elle leur permet de prendre du recul par rapport à leurs préjugés, elle les conduit à se libérer des dogmes religieux , des opinions mal construites...etc, mais ce n'est pas là toute la philosophie, mais au mieux une propédeutique.

De même, rien n'a été dit du lien entre philosophie et sagesse : si la philosophie permet à nos élèves de mieux penser, ne doit-elle pas aussi permettre de les rendre plus heureux, plus maitres d'eux-mêmes et de leurs affects?

La philosophie c'est d'abord et avant tout une voie de sagesse, et même d'éveil.

Pour illustrer ce débat voici une interview de Luc Ferry dont je suis proche sur ce point :

« Question : N'avez-vous pas peur que l'on vous fasse l'habituel reproche adressé aux philosophes d'aujourd'hui : faire de la philosophie une doctrine pratique pour pouvoir se réconcilier avec le réel ?

Je crois qu'il y a très peu de philosophes aujourd'hui. Il faut savoir que la classe de philosophie a été créée en 1806 par Napoléon dans une perspective très précise. Il s'agit en vérité, non pas de cours de philosophie, mais d'instruction civique pour permettre aux jeunes gens de devenir des citoyens. Un citoyen c'est d'abord quelqu'un qui vote. Que faut-il avoir comme qualité pour voter ? Etre capable de réfléchir, c'est-à-dire avoir un esprit critique, argumenter et comparer les opinions lors d'une campagne électorale. Je le dis clairement dans tous mes livres, cette activité d'esprit critique n'a strictement aucun rapport avec la philosophie. Le philosophe est évidemment quelqu'un comme tout le monde qui réfléchit, argumente et a un esprit critique. Mais son "job" consiste à répondre à la question de la "vie bonne" pour les mortels. Philosophia en grec signifie "l'amour de la sagesse". La sagesse, c'est la victoire sur les peurs qui nous empêchent de bien vivre. Le sage est celui qui a vaincu la peur de la mort. Je conteste totalement l'idée que la philosophie soit un art de la dissertation et de la réflexion critique comme on l'enseigne dans la plupart des classes de terminale. »

Et voici un point de vue opposé soutenu par une professeur de philosophie Hansen-Love:

« Il est faux de soutenir que la philosophie c’est l’apprentissage de la sagesse, ou du « bien vivre ». Ceci est la thèse de Luc Ferry, pas de tout le monde. Pour moi, la philosophie est recherche et amour de la vérité. A ce titre, elle implique la pratique de la pensée et l‘apprentissage d’une discipline que nous enseignons par le biais, entre autres, de la dissertation. Apprendre à penser par soi-même, montrer comment et pourquoi on doit se délivrer de la tyrannie de l’opinion, voilà ce que nous faisons en cours de philosophie. Ce n’est ni vain ni absurde. C’est extrêmement utile par les temps qui courent. «

C'est évidemment Ferry qui a raison. La philosophie est une voie d'éveil pas un art de disserter.

josé le roy

agrégé de philosophie

  

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03 avril 2009

E comme Esprit (éveil de l')

On a pu dire que le XXIème siècle sera spirituel ; je le pense aussi. La période moderne a été celle de l'âme, la prochaine sera celle de l'esprit.

Notre anthropologie fondamentale est aujourd'hui dualiste : l'homme, croyons-nous, est formé seulement d'un corps et d'une âme. Nous pensons que notre vie ne présente que deux aspects, unis certes mais distincts: un aspect physique (le corps) et un aspect psychologique (l'âme).

Cette anthropologie dualiste (dont l'origine est moderne puisqu'elle remonte à Descartes : « Car je ne considère pas l'Esprit comme une partie de l'âme, mais comme cette âme tout entière qui pense. ») est celle de l'opinion commune, mais aussi celle de la culture, des philosophes, des sociologues, des anthropologues, des théologiens, des artistes. Bref le dualisme âme/corps est une évidence incontestable pour nous aujourd'hui.

Cette attention exclusive à deux dimensions de l'homme (physique et psychique) a été très importante car elle a permis de développer dans l'histoire des éléments intéressants et nouveaux : bien-être du corps, santé, confort, raison, autonomie à l'égard du religieux, droits de l'homme etc... Après s'être pensé avec une référence verticale (Dieu), l'homme s'est développé dans une dimension horizontale sans référence transcendante. Mais ce dualisme a aussi occulté la dimension spirituelle de l'homme.

Car l'homme ne s'est pas toujours pensé selon ce schéma dualiste corps/âme; pendant longtemps (dans l'antiquité et encore au Moyen-âge), des penseurs, des théologiens ont décrit l'homme selon une perspective ternaire corps/âme /Esprit. La vision dualiste de l'homme est donc un produit de l'histoire récente.

Or, je pense qu'aujourd'hui nos contemporains commencent à retrouver cette vision tripartite de l'homme. Nous sommes allés au bout du processus dualiste, et nous en avons mesuré les limites. L'homme prend du plaisir à consommer certes, mais là n'est quand même pas la fin ultime de l'existence ! La vie réduite à l'ego et à l'individu apparaît à beaucoup de plus en plus comme un enfermement, comme une impasse. On peut observer dans nos sociétés occidentales (et en particulier aux États-Unis) une quête de sens et de spiritualité qui annonce, je le crois, une révolution, qui ne sera pas politique mais intérieure et spirituelle (il ne s'agit pas de faire advenir un autre monde mais de s'éveiller à l'esprit et d'aller au-delà du monde).

cathedrale_de_chartres Chartres et la verticalité

Le Moyen-âge a été l'époque de l'homme vertical, tourné vers Dieu; l'époque moderne a été celle de l'homme horizontal, cherchant à développer au maximum ses possibilités individuelles hors de la transcendance; demain sera , je l'espère, le moment de la réconciliation de la verticalité et de l'horizontalité, d'une transcendance unie à l'immanence : l'esprit vivifiant l'âme et le corps.

L'esprit est la conscience pure ; l'âme le mental psychique (pensées, images, mémoire, volition) et notre corps est sans tête. La conscience est centrale, l'âme et le corps sont périphériques. Cette compréhension sera peut-être celle de la majorité bientôt. Qui sait? Nous sommes déjà un certain nombre à le vivre, et il suffit d'un peu de levure pour faire lever la pâte.

José Le Roy

ps: pour une étude générale de cette distinction corps/âme/esprit voir le livre de Michel Fromaget :

L'homme tridimensionnel: Corps, âme, esprit, Albin Michel

michel_fromaget

déjà publié sur http://moderne.canalblog.com/

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09 mars 2009

Stephen Jourdain et Descartes : Et puis vlan !

Stephen Jourdain nous a donc quitté en février dernier. J'avais pour lui une grande estime,comme beaucoup de ceux qui l'ont entendu ou lu. Il avait le don de parler de l'éveil, de dire l'ineffable avec un humour et un génie inclassable.

C'est le seul homme, à ma connaissance, qui ait fait de Descartes un usage mystique. Dans les "milieux" spirituels, on reproche à Descartes les pires maux (je l'ai fait moi-même) et en particulier  d'avoir identifié la pensée et l'être. Descartes en effet écrit dans les Méditations Métaphysiques :

"Mais qu'est-ce donc que je suis? une chose qui pense"

Descartes Descartes

et dans le Discours de la méthode :

"Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques    n'étaient pas capables de l'ébranler    , je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais."

Il semble donc que, pour Descartes,  le "je suis" soit la pensée. Or Stephen Jourdain s'est éveillé à 16 ans à la lecture de ce texte de Descartes ; cette phrase "je pense donc je suis" l'a amené au-delà de la pensée dans la conscience pure, dans la veille éternelle de soi-même.

"L’EVEIL

C’était le soir, j’étais dans ma chambre, allongé dans l’obscurité, et je tournais et retournais dans ma tête depuis un long moment, probablement depuis une demi-heure, la petite phrase du Cogito de Descartes: “Je pense, donc je suis”. Il m’avait semblé, dans les jours précédents, entrevoir une prodigieuse vérité dans cette petite phrase, et j’essayais de retrouver cette vérité entrevue dans un éclair. Je réfléchissais depuis très longtemps, en me répétant inlassablement: “je pense, donc je suis”, et en faisant chaque fois le voyage depuis la réalité vivante qui en moi-même correspondait à “je pense” et “je suis” jusqu’à ce que ces mots, pour les charger, dans la petite phrase, de leur vrai sens. En m’efforçant de penser le Cogito avec ma vie. C’était un travail très difficile, j’étais épuisé, le déclic qui m’aurait révélé la signification mystérieuse de la phrase ne se produit pas, mais, à un certain moment, un autre déclic, que je n’attendais pas, a dû jouer. [Un ressort secret qui devait être enfoui dans la conscience humaine depuis la Création, qui attendait son heure et que je viens d’effleurer par hasard.]. Et l’événement s’est produit, avec une soudaineté surnaturelle.

Et tout d’un coup je me suis retrouvé dans un avant, un commencement insoupçonné de moi-même, veillant d’une veille sans limite, me sachant — et me sachant me sachant — et me sachant me sachant me sachant: à l’infini, et m’éprouvant totalement identique à cette veille, cet abîme d’auto-conscience, qui n’était point chose qui m’était donnée, mais au contraire qu’essentiellement je ne subissais pas, faisais moi-même brûler.

[Et puis vlan! Quelque divinité, dans le royaume métaphysique, a tripoté un bouton, je me suis retourné comme un gant, et déjà cette chose insensée était là au milieu de moi, comme un membre vivant à la place d’une prothèse.]

A brûle-pourpoint, je glisse dans une lucidité sans nom, achèvement inouï de l’aurore qu’on nomme conscience de soi. Cette lumière n’est pas un état passivement subi: c’est un acte que désormais je sais accomplir. Elle n’est point non plus, à proprement parler, une expérience que je fais: elle est moi, elle est exactement Steve Jourdain"

stevejourdain Steve Jourdain : le saut dans l'éveil

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