Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

Ce blog présente la philosophie comme un chemin d'éveil à notre vraie nature. La philosophie n'est pas un simple discours mais une voie de transformation et de connaissance de soi.

24 octobre 2009

Les lieux de l'advaita vedanta: Govardhanpeetham

Sankara, le grand maitre de l'advaita vedanta, a établi des monastères aux quatres coins de l'Inde dans des lieux sacrés: au Nord, au sud, à l'Est et à l'Ouest..

4_amnaya_peethams

Celui de l'Est se nomme Govardhanpeetham et se trouve à Puri près du célèbre temple Jagannath

govardhan Govardhan

Voici un lien vers Govardhan

 

puri The Puri Jagannath Temple, dans l'Est de l'Inde, lieu de pèlerinage très important.


 

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Vivecacudamani 7

Voici la suite du vivecacudamani, traduit du sanskrit par José Le Roy. Ce texte est attribué à Shankara

Le début du texte est ICI: Vivecacudamani 



47

Par l’investigation sur l’objet du Vedânta, la suprême connaissance se produit.

Par elle, la destruction complète de la souffrance causée par le samsâra s’en suit.

48

Les moyens efficaces* qui sont : la confiance, la dévotion, la méditation sont les causes de la libération pour celui qui désire la libération, voilà ce que dit réellement la parole de la tradition.

Pour celui là, qui s’en tient à eux, il y a libération des liens du corps fabriqués par l’ignorance

Comm : je traduis, sur les conseils d’Alain Porte, Yoga (shraddhâ-bhakti-dhyâna-yogân) non pas par yoga mais par moyens efficaces

49

Le disciple dit :

« Avec compassion, écoutez, Ô Swami, ma question :

Après que j’aurai entendu cette réponse de votre bouche, je serai satisfait par votre parole.

51

Qu’est-ce que l’esclavage ? Comment est-il venu ? Comment se maintient-il ? Comment atteindre la libération ? Qu’est-ce que le non-Soi ? Qu’est-ce que le Soi Ultime ? Comment faire la distinction entre les deux ? »

52

Le Maitre dit :

« Tu es heureux, tu as fait ce qu’il fallait faire. Ta famille grâce à toi est purifiée, puisque (yad) tu veux atteindre l’état de Brahman par la libération des liens causés par l’ignorance. »

53

Les facteurs de libération des dettes pour un père sont les enfants, mais le facteur de la libération des liens n’est personne d’autre que soi-même.

54

La douleur d’un fardeau écrasé sur la tête est enlevé par les autres,

mais la souffrance causée par la faim etc. (n’est enlevée) par personne sauf soi-même.

55

Le malade par lequel est fait (suivi) scrupuleusement le régime de médicaments , pour lui on observe la guérison pas par l’action faite par un autre.

56

La nature de la réalité peut être connue par son propre œil de l’éveil grand ouvert (sphuta-bodha-cakshusa) mais pas par l’érudit ; la nature de la lune peut être connue par son propre œil, comment est-elle perçue grâce aux autres ?

57

Ce lien qui enchaine du à l’ignorance, au désir, à l’action etc. , qui pourra le libérer sauf soi-même, même avec un milliards d’années ?

58

Pas par le yoga, pas par le samkhya, pas par les œuvres ni par le savoir ; c’est par l’éveil à l’unité de Brahman et de l’atman que la libération se produit et pas par une autre manière.

59

La beauté de la forme d’une vina ou l’excellence du son des cordes n’est là que pour le plaisir des gens, cela ne confère pas la royauté.

60

De même, la faculté de bien parler, le charme de la voix, l’excellence dans l’explication des textes, l’érudition des sages, tout cela est pour la jouissance mais pas pour la libération.

61

Quand la connaissance ultime n’est pas connue, la lecture des textes est inutiles, quand la connaissance ultime est obtenue, la lecture des textes est inutile.

62

La grande forêt, faites des filets de mots, est la cause de l’errance de la pensée. D’où, avec un effort intense, la réalité du Soi peut être connue par les connaisseurs de la réalité.

63

Pour celui qui a été mordu par le serpent de l’ignorance, sans le médicament qu’est la connaissance du Brahman,

A quoi bon les védas ?

A quoi bon les traités ?

A quoi bon les mantras ?

A quoi bon les remèdes ?

64

La maladie ne disparait pas sans boire (le médicament), (simplement) à partir du mot « médicament » ; (de même) sans expérience directe, on ne se libère pas par le mot « Brahman »

65

Sans avoir fait la disparition du visible*, sans avoir connu la réalité du Soi, par les sons à l’extérieur, d’où, pour les hommes, viendrait la libération par le mot Brahman dont le fruit n’est que parole ?

Comm  : *Faire disparaitre le visible (drishyam) signifie ne plus voir le visible comme un objet face à un sujet, mais voir le monde comme Brahman.

66

Sans avoir écarté tous ses ennemis, sans avoir la richesse de la terre entière, en prononçant le mot « je suis un roi », on ne mérite pas d’être u nroi.

67

Ainsi, un trésor (nikshepah) nécessite un avis compétent, l’action de creuser, le fait de tirer vers le haut la pierre posée dessus, l’appropriation mais, en effet, il ne sort pas par des paroles.

De même (tadvad) c’est par l’enseignement, la réflexion, la contemplation etc. qu’un connaisseur de Brahman perçoit la réalité immaculée mise à l’écart par les actions de Mayâ et non par de faux raisonnements.

68

C’est pourquoi pour la libération des liens de l’existence, un effort doit être fait avec la totalité de ses propres moyens.

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25 septembre 2009

Vivecacudamani : 6

Voici la suite de la traduction du sanskrit de  cet illustre texte de l'advaita Vedânta :

Le vivecacudamani

Merci à mon professeur Alain Porte pour les précieux conseils.

Dans ce passage, le disciple approche le guru avec beaucoup de révérence pour lui demander son enseignement. Brûlé par la peur et la douleur, le disciple implore son maitre de le libérer.

shankara_

Le début du texte se trouve dans ce message

_______________________________________

36

Après avoir honoré le guru avec dévotion, salué avec des hommages respectueux et modestes,

Après avoir obtenu son accord, il demandera ce qu'il faut savoir en ce qui concerne le Soi.

 

37

« Ô Swami, salut à toi, Ô ami de ceux qui te rendent hommage, océan de compassion moi qui suis tombé dans l'océan de l'existence

sauve moi, par la vision d'un simple de tes coups d'oeil, par le déluge du nectar suprêmement compassionnel provenant de ta probité.

 

38

Brûlé par le feu de forêt irrépressible du samsâra, étant violemment secoué par les vents de l'infortune

Peureux, je tombe à tes pieds. Protège moi de la mort. Un refuge qui soit autre, je n'en connais pas.

 

39

Apaisés, grands sont les saints accomplissant le bien-être du monde comme le printemps.

Ceux qui ont traversé d'eux mêmes les vagues terrifiantes de l'existence, font traverser même les autres personnes sans motivation.

 

40

Telle est la nature libre des grandes âmes, à savoir qu'il y a inclination à écarter les fatigues des autres.

Cette lune d'elle-même protège la terre brûlée par la lumière violente du soleil.

 

41

Arrose, avec le nectar de tes paroles, douces à l'oreille, émises par ta bouche, habiles, très fraiches, pures, pleines de l'expérience du Brahman, arrose celui qui est consumé par le feu de forêt qu'est la chaleur de l'existence.

 

42

Comment traverserai-je cet océan de l'existence ? Quelle voie pour moi ? Quel est le meilleur moyen?

Je n'en sais rien. Protège moi avec compassion. Ô Seigneur, provoque la destruction du malheur du monde. »

 

43

A lui qui parlait ainsi arrivé au refuge de lui-même, brûlé par la chaleur du feu de forêt du samsâra, après l'avoir regardé avec un regard humide par la saveur de la compassion, le sage lui chassera immédiatement la peur.

 

44

Le sage, à ce disciple, qui désire aller s'asseoir, qui désire la libération, qui a l'esprit pacifié, qui accomplit parfaitement ce qui a été dit,

qui possède l'équanimité, le sage devrait lui donner l'enseignement sur la réalité par compassion.

 

45

Le guru dit:

« Ô sage, n'aie pas peur. Il n'y a pas de danger en ce qui te concerne, il y a un moyen pour la traversée de l'océan du samsara, par lequel les ascètes sont allés vers sa rive. Je te montre le chemin en vérité.

 

46

Il y a un grand moyen qui détruira la crainte du samsara.

Après avoir traversé l'océan de l'existence grâce à lui tu atteindras la suprême béatitude.

 

 

09 septembre 2009

Sommeil profond et éveil : 2

Dans un message précédent, je disais que le sommeil profond compris comme un état de conscience qui dure n'existe pas. Personne ne fait, personne n'a fait et personne ne fera l'expérience d'une durée de sommeil pendant la nuit. Le monde retourne dans l' absolu le soir et en émerge le matin instantanément.

L'illusion est de croire que trois états successifs (la veille, le sommeil et le rêve) s'enchainent dans le temps.

Donc vous ne dormez jamais, vous êtes toujours parfaitement éveillé. Mais sur vous, en vous, apparaissent l'état de veille ou l'état de rêve.

Ce point de vue est également celui de l'advaita vedanta le plus traditionnel; c'est la thèse qu'on lit dans les Upanisads, et dans les commentaires de Shankara de ces textes.

Shankara : Mundaka-Bhâshya

"Le monde entier est une émanation de la conscience car on le voit disparaitre dans la conscience lors de l'endormissement et en sortir lors du réveil comme des étincelles sortent du feu."

Shankara : Brahma-Sûtra-Bhashya

"La conclusion des Upanishads est que pendant le sommeil profond, le moi s'unit à L'absolu et que c'est de cet Absolu que l'Univers émane. Le sommeil profond, état de pureté infini, représente la vraie nature du moi. Comme l'enseignent les Upanishads, le sommeil profond n'est rien d'autre que le Soi Suprême"

L'absolu est au-delà du temps, de l'espace et de la causalité. Dès lors en lui on ne trouve ni temps, ni espace ni causalité, aucune durée par conséquent.

Swami Satchidanandendra, une des plus grandes autorités du XXème siècle en interprétation des textes de Shankara et des Upanishads a reformulé ces vérités avec force contre toutes les erreurs d'interprétations de la véritable méthode de l'Advaita Vedanta. Je le montrerai dans de futurs messages.

Voir son site : http://www.adhyatmaprakasha.org/index.php

sadcidanandendra

Swami Satchidanandendra

24 juin 2009

Vivecacudamani : 4

Voici la suite de la (longue) traduction de ce texte célèbre de l'advaita vedanta : le vivekacudamani.

Dans ces shloka, Sankara décrit les qualités de celui qui aspire à l'union avec l'absolu, après avoir décrit le détachement (vairâgyam)dans le shloka précédent, il continue avec l'apaisement, la maitrise, l'arrêt, l'endurance, la confiance, la concentration, le désir de libération. Ainsi, l'aspirant doit posséder des vertus rares et difficiles à obtenir.

Merci à Alain Porte pour son aide.

22

Après être devenu indifférent à la multitude des objets des sens par la vision de leurs imperfections encore et encore,
L'établissement continu dans son propre objet est dite l'apaisement du mental (Shama)

comm: son propre objet correspond au Brahman dans lequel on doit ramener les sens.

23
Après les avoir détourné des domaines des sens,  le maintient des deux organes des sens dans leur sphère respective est appelé maitrise (damah)

comm: les organes des sens sont les organes de connaissance comme l'oreille, l'oeil etc; et les organes d'action comme la parole

24
L'absence d'appui extérieur pour la fonction telle est l'ultime arrêt (uparati)

comm: les manuscrits ne sont pas d'accord ici : on lit tantôt "bâhyânâlambanam" tantôt "bâhyanâlambanam", un instrumental ou un composé mais cela ne change guère le sens.
La fonction en question est celle des sens, qui ne sont plus tournés vers l'extérieur mais vers l'intérieur , vers le Brahman. Quand on cesse de se tourner vers l'extérieur, leur fonction propre s'arrête.

25
La résistance à tous les malheurs sans opposition
et sans  soucis et de lamentations est appelée endurance (titikshâ)

comm: Il s'agit ici d'être capable d'accepter tout ce qui se présente sans protestation, sans gémissement

26
La certitude par la compréhension de la vérité des traités et des paroles du maitre
est appelée la confiance (shraddhâ) par les sages, confiance par laquelle la réalité est perçue.

27
De tous temps l'établissement de la pure intelligence  dans le brahman en tout temps
cela est appelé concentration (samâdhânam) mais pas le flottement de la pensée.

comm: les manuscrits ne sont pas d'accord sur ce passage. On lit au début tantôt "sarvadâ" (de tous temps), tantôt "samyag" (complet)

28
Les liens qui commencent par le moi et s'achèvent par le corps, fabriqués par l'ignorance, le désir de s'en libérer grâce à l'éveil à sa propre nature est appelé désir de libération (mumukshitâ)

29
Celui-ci, même sous une forme faible ou moyenne, par l'absence de passion et par la tranquillité (shamâ) etc., par la bonne disposition d'un guru, ce désir complètement développé porte un fruit.

Le début de la traduction se trouve dans les messages suivants :

http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2009/06/03/13950820.html
http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2009/05/12/index.html
http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2009/05/04/index.html

03 juin 2009

Vivekacudamani 3 : suite

Voici la suite de ma traduction du sanskrit de ce célèbre texte du Vedanta attribué à Shankara : le vivekacudamani.

Merci à mon professeur Alain Porte pour son aide.

AdiSankara Shankara

12

Grâce à la discrimination complète, la certitude de la réalité de la corde est obtenue,

qui détruit le malheur dû à la peur du grand serpent apparue chez celui qui est dans l'illusion.

Commentaire: l'homme prend une corde pour un serpent et a peur. La discrimination nous montre que la corde n'est qu'une corde et non un serpent, et nous sommes ainsi délivrés de la crainte. Allégorie fréquente dans le vedanta.

13
La certitude de la réalité est vue grâce à la réflexion à partir des paroles justes

et non par une ablution ou par un don ou par cent exercices de respiration.

14
L'accomplissement du fruit veut des personnes compétentes (engagées) spécifiquement ;

les moyens habiles tel un lieu, un moment etc., sont parmi cela de bons expédients.

15
C'est pourquoi la réflexion doit être faite pour celui qui aspire à la connaissance de la réalité du Soi,

s'étant approché d'un maitre, océan de compassion, connaisseur excellent du Brahman.

16

Un sage, un mâle, un savant, clairvoyant sur la thèse et l'antithèse,

l'homme habile dans la connaissance du Soi est celui qui est caractérisé par les signes énoncés plus haut.

17

Pour celui qui est doué de discrimination et de détachement, qui possède les caractéristiques de calme etc,

pour celui qui désire être libéré en effet, on estime qu'il y a capacité pour le désir de connaitre le Brahman

18

Ici les quatre pratiques sont énoncées par les sages,

en présence desquelles il y a établissement dans l'être, et en l'absence desquelles cet établissement ne se produit pas.

19

On compte, d'abord : la discrimination entre les choses éternelles et non éternelles ;

puis,  le détachement de la jouissance des fruits ici-bas et dans l'autre monde,

puis l'obtention des six (vertus) en commençant par la tranquillité (shama) et enfin le désir de libération.

20

La certitude de cette sorte : "Brahman est réel, le monde est une illusion",

c'est bien celle-ci qui est exprimée en tant que la discrimination entre les choses éternelles et non-éternelles

21

Cela est détachement qui est le désir de renoncer par la vision et l'écoute etc,

les objets de jouissance qui commencent par les corps jusqu'à Brahma étant transitoires.

 

12 mai 2009

Vivecacûdâmani 2

Je continue la traduction de ce texte célèbre de l'Advaita Vedanta :

6
Qu'on lise les traités ou qu'on sacrifie au Dieux ou qu'on fasse des actes rituels ou qu'on honore les divinités,
sans l'éveil à son identité avec le Soi, la libération ne peut être réalisée même au cours d'une centaine de durée de Brahma.

7
En ce qui concerne l'immortalité, il n'y a aucun espoir avec la fortune, dit en effet l'écriture, étant donné que clairement l'acte n'est pas la cause de la libération.

8
C'est pourquoi, le sage, après avoir rencontré un guide saint et grand, s'efforcera pour la libération, étant celui qui a abandonné le désir pour le plaisir causé par les choses extérieures , lui dont l'âme est concentrée sur les choses enseignées par lui (le maitre).

9
Il soulèvera le Soi du soi immergé dans l'océan du samsara
après avoir atteint le sommet du yoga par l'état de la vision complète

10
Après avoir renoncé à toutes actions pour la libération des liens de l'existence
qu'on s'efforce avec les savants et les sages qui se tiennent dans la méditation du Soi.

comm :Alain Porte me fait remarquer que yatyatâm est un  impératif passif de la racine YAT- s'efforcer. C'est une forme impersonnelle : qu'un effort soit fait par.

11
L'action est pour la purification de la pensée mais non pour la perception de la réalité;
l'accès à la réalité s'obtient par la discrimination pas du tout par dix millions d'actions.

06 mai 2009

Jean Klein : La joie sans objet

Les éditions Almora, dont je dirige les collections, viennent de publier un livre de Jean Klein : La Joie sans objet, qui est une réédition de trois livres de Klein : La joie sans objet, L'Ultime réalité, Sois ce que tu es, plus des entretiens inédits.
Alain Porte a écrit pour l'occasion une très belle préface.

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Voici un extrait de L'Ultime réalité

<p>La joie sans objet</p>

"AU-DELÀ DES ÉTATS.

Dans l’état non duel, qui à proprement parler n’en est pas un, il n’existe plus ni sujet percevant, ni objet perçu ; la créativité s’y déploie sans entraves. On entre dans un état déterminé et on en sort ; cela présuppose donc un non-état comme arrière-plan commun et support de toutes situations particulières. Le manque de lucidité nous fait croire que la félicité que nous connaissions dans cet arrière-plan est l’effet d’un processus et nous lui attribuons une cause que nous situons hors de nous. Une aperception instantanée, une juste vision dissout tous les thèmes producteurs de sensations mentales et fait apparaître le non-état comme sans motif, existant par soi et en soi. Le chercheur comme tel se volatilise, seul survit ce qui était à l’origine de sa quête, le cherché, le trouvé, événement que l’on peut désigner par le terme illumination.

L’écouté trouve son épanouissement total et sa résorption dans une écoute non dirigée, non orientée, c’est l’ultime savoir, un savoir vécu. Tout ce qui se présente à cette écoute tend vers la réalité, inconnaissable sur le plan conceptuel, mais bien connue par chacun de nous, par exemple dans l’émerveillement ou l’étonnement.

Le véritable motif de notre existence est d’être, seule perspective contenant une promesse de joie, de liberté, de paix. Beaucoup de démarches y tendent et l’une plutôt que l’autre convient a notre tempérament, mais la voie adoptée doit viser ce vécu réel ; nous ne devons pas perdre de vue que l’ultime félicité n’est pas une expérience mentale, psychique.

La démarche par l’intellect le plus subtil, le plus ouvert finit par apparaître comme étant impuissante, sans issue, tournant en rond dans le même connu. La réflexion intérieure en quête de la vérité n’est pas une démarche dialectique mais une prise de conscience effective. Ce qui est ainsi vécu est au-delà de toute représentation, couleurs, formes, sensations, durée, est dépourvu de tout contenu conceptuel, correspond à ce que nous sommes dans le non-temps et se révèle comme éternité dans une perception transcendante.

L’essence de l’homme échappe aux qualifications que lui confèrent ceux qui l’entourent dès qu’il cesse de s’identifier avec la définition de cet environnement, il se découvre unique et libre. La liberté totale, vécue, est exempte de tout concept tel que l’image d’un moi, elle est transcendante. La création de cette image est, comme tout autre objet, une formation suscitée par des facteurs accidentels et dépend d’un sujet ultime et immuable la pure conscience. La privation de liberté est uniquement éprouvée par un moi imaginaire, en son absence un pareil manque ne saurait s’installer, la pensée en elle-même échappe alors aux routines de l’expérience sensori-motrice.

L’attention silencieuse contient plus que le connu, elle est le support du connu et elle est au-delà. L’investigation au sujet du « qui suis-je ? » est toujours motivée par un déséquilibre, une rupture, et cette enquête trouve son ultime éclaircissement par l’intégration dans le « je suis », inexprimable, ineffable, impensable.

Cette expérience est instantanée, mais son approche peut se faire par étapes successives ; les énergies sont dans ce cas canalisées peu à peu dans cette direction. Chaque déblocage entraîne une plus grande lucidité, un dépouillement et achemine vers ce qui est vécu comme parfait équilibre, sans attente, sans la moindre tension pour atteindre quelque chose.

Pour qui le monde est-il un problème, pour qui existent le plaisir, la douleur, le désirable, l’indésirable ? Pour le moi qui n’est qu’un artifice social, une fiction. Au moment où cela est clairement vécu, cette entité fantomatique et son problème se volatilisent.

L’ego désire mener choses et circonstances selon ses fantaisies, mais son existence n’est qu’une ombre qui a besoin d’un corps pour la faire vivre. Une vision juste lui enlève successivement toutes les caractéristiques dont il s’était faussement emparé et il se résorbe dans son essence qui est présence, lucidité.

Pendant que l’on écoute l’instructeur exposant la perspective spirituelle, tout paraît facile, mais, par la suite, il semble que nous ayons quitté notre véritable centre. Comment devons-nous comprendre cela ?

En écoutant exposer la vérité, notre écoute est toute réceptivité, se laissant imprégner par ce qui est proposé, le laissant prendre corps et vie en nous. Plus tard, les anciennes routines qui ont été rompues peuvent reprendre leur cours dans la vie de tous les jours. Vous devez les objectiver, et ainsi vous pourrez vous situer hors de leur champ d’action ; elles disparaîtront grâce à votre non-complicité avec elles, ce qui va vous remettre dans la position axiale que vous avez vécue en présence de votre maître spirituel. Cette approche, cette béquille vous quittera au fur et à mesure que l’expérience deviendra plus fréquente.

Le langage, le mot n’ont pas la possibilité de rendre compte de l’inconcevable. Le mot est au service d’un empirisme égocentrique et trouve son support dans la conscience d’où il émane et où il retourne. Le moi a son fondement dans le « je suis le corps » une image cérébrale.

La pensée spontanée échappe à ses contraires, ne laissant pas de sanskâras, de résidus. Ce qui coiffe les contraires beau laid, bien mal, est la conscience unitive qui ne peut être saisie que dans un vécu et ne peut être appréhendée par le mental, étant au-delà de tout concept.

Nous ne connaissons rien d’une chose, nous connaissons seulement son apparence. Pour la connaître elle-même, nous devons aller au-delà de ce qui est forme et nom. Sa réalité apparaît et est vécue seulement en identité, connaissance sans objet, « existence, conscience, béatitude », sat, chit, ânanda. quand le nom et la forme s’éliminent, ces termes à leur tour disparaissent en tant que concepts et nous laissent dans la solitude. Toute apparence n’est que fiction." Jean Klein, L'Ultime réalité

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04 mai 2009

Vivekacûdâmani attribué à Shankara

Voici la traduction du sanskrit du vivekacûdâmani attribué à Shankara.
C'est un des textes essentiels de l'advaita vedanta. Il est très long :580 paragraphes souvent de deux shlokas (vers) ce qui fait plus de mille vers. On verra bien si on arrive au bout...
En tout cas, c'est toujours sous la direction de mon professeur de sanskrit Alain Porte, généreux, savant et pénétrant que j'entreprends cette aventure.

Il existe différentes traductions de ce texte en anglais, notamment par le jagadguru  shri Candrashekhara Bharati  (1892-1954) un des maitres du monastère de Sringeri en Inde, monastère dit-on fondé par Shankara lui-même.

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Le précieux bijou de la discrimination

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1
Je salue le vrai maitre, Govinda, la suprême béatitude, lui qui est au-delà des sens, et qui a pour domaine le but suprême de tous les traités du vedanta.

Comm: Govinda fut le maitre de Shankara, mais ici Govinda est également Brahman, l'absolu, qui est en effet au-delà des sens. Shankara identifie son maitre et l'absolu.

2-Parmi les créatures vivantes, la naissance en tant qu'être humain est difficile à obtenir, ensuite difficile le fait de naitre mâle, ensuite difficile de naitre Brahmane, et ensuite difficile de se vouer à la voie de l'enseignement védique; mais la sagesse (vidvattam) est au-delà.

Comm: Il vaut mieux naitre homme que femme...

3-La discrimination ( vivecanam) entre le Soi et le non-Soi, l'expérience profonde par son Soi dans le Brahman, l'état de libération ne peuvent pas être atteints au cours d'un milliard de naissances sans les bonnes actions.

4-Après avoir obtenu d'une façon quelconque une naissance humaine difficile à obtenir, la masculinité même, la connaissance de l'écriture, celui qui, à l'esprit confus, ne s'efforce pas pour sa libération, tuant son âme, se suicide du fait qu'il saisit l'irréel.


5
Donc qui est celui à la pensée stupide, négligeant avec son propre intérêt , après avoir obtenu l'humanité, difficile à obtenir et même  un corps masculin?

à suivre...

16 mars 2009

Un nouveau livre de Balsekar

Les editions Accarias-Originel viennent de publier un nouveau livre de Balsekar qui contient des lettres de Balsekar adressées à ses disciples ou à ses visiteurs à la fin des années 80.

Ramesh S. Balsekar est un maitre indien vivant à Bombay. Directeur de la « Bank of India », il rencontre le sage Nisargadatta Maharaj peu de temps après avoir pris sa retraite. Très vite il commença à traduire ses entretiens chaque matin pour les occidentaux qui se pressent alors dans la soupente de Maharaj. La Compréhension Ultime se fait jour en lui quelques mois plus tard.

L'enseignement est toujours le même, de livre en livre :

-l'individu est une illusion

-le fonctionnement de la manifestation est impersonnel et nécessaire

-tout est conscience

-notre vraie est nature est la Réalité, la suprême subjectivité, la conscience

-la libération de l'illusion surgit par la compréhension

-la compréhension se produit de manière impersonnelle.

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"La question se pose alors : Qu'y a-t-il donc à faire? Il ne peut y être répondu que par une autre question : À faire par qui ? Tout ce qui est, est Conscience, et « l'être humain » n'est simplement qu'un objet dans la manifestation inconcevablement fantastique et son fonctionnement impersonnel auto-généré. Si seule existe la manifestation impersonnelle et son fonctionnement auto-généré, le fait unique et simple qui en ressort est que l'être humain comme entité séparée est tout simplement un concept, une illusion.

Et un simple concept, une simple illusion, ne peut avoir ni obligations ni responsabilités d'aucune sorte, ou encore ni culpabilité ni remord dont il pourrait souffrir - précisément comme le personnage d'un rêve individuel dont les facéties ne peuvent qu'être vues d'un regard témoin neutre et sur lesquelles il n'est jamais possible d'intervenir. Une telle acceptation équivaut à un immense sentiment de liberté ou de soulagement, qui se trouve souvent décrit de façon erronée (donnant lieu à beaucoup de malentendus) comme étant Félicité ou Amour. Mais, quelle que soit la manière dont elle est décrite ou étiquetée (assez inutilement), la Vérité suprême est qu'elle n'est pas un objet à atteindre ou à accomplir par l'illusoire être humain à travers un quelconque effort, tout aussi illusoire." Balsekar, p 41

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Voici la quatrième de couverture:

« ...l’illumination ou la compréhension, c’est l’éviction du sentiment d’un agir personnel et autonome qui a engendré la séparation en tant qu’entité indépendante...

Les mots à la fois écrits et parlés deviennent nécessaires pour provoquer une situation où l’intellect, à un moment précis, rend les armes et où l’ego, nu et vulnérable, est démasqué comme le simple concept qu’il est.»

Les lettres qui suivent, adressées à deux disciples en qui la recherche tire à sa fin, représentent un parfait condensé de l’enseignement de Ramesh S. Balsekar à la fin des années quatre-vingt.

Claires, touchantes, pleines d’une patiente compassion pour les tourments dont ses interlocuteurs sont le théâtre, elles sont émaillées d’anecdotes personnelles tirées de sa relation avec Nisargadatta Maharaj et de ses rencontres avec des visiteurs en quête de vérité du monde entier.

Jamais dupe des limitations de l’esprit et de l’intellect, Ramesh s’en sert ici à merveille pour accompagner ses correspondants dans l’inéluctable reddition de tout concept. Un lâcher-prise spontané qui préfigure et annonce l’advenue d’une aperception en laquelle ils sont sur le point de se perdre pour toujours et de se retrouver à jamais.


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