Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

Ce blog présente la philosophie comme un chemin d'éveil à notre vraie nature. La philosophie n'est pas un simple discours mais une voie de transformation et de connaissance de soi.

15 octobre 2009

un rien

L'attention aux détails du monde révèle l'absence de spectateur du monde et fait se lever la joie tapie dans les choses, comme un chien s'ébroue en sortant de l'eau.

Ainsi, tout à l'heure, en attendant ma fille à la sortie de l'école, j'ai prêté attention aux ombres des balcons de fer sur les murs d'un immeuble type Hausmann dans le soleil couchant de Paris...Les ombres, le détail du mur, et ...soudainement une évidence...pas de spectateur.

Comme si l'intense présence des choses m'invitait à sortir de la perception, comme si le sujet était gênant devant tant d'intimité de l'être. Pas de place pour deux dans ce regard, juste les noces de l'Un.

Un détail, une ombre, et voilà le rien qui se lève, un rien qui est l'aurore du monde.

Et voilà ma fille qui vient dans l'espace avec son sourire.

ombre

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14 octobre 2009

Qui a autorité parmi les philosophes?

Sur ce blog, nous défendons la vraie philosophie qui mène à l'éveil. Le vrai philosophe est un homme éveillé et doit être distingué du simple penseur, du simple intellectuel capable de penser mais qui n'a aucune connaissance directe de sa vraie nature.

Voici un texte du philosophe et mystique persan Al-Suhrawardi  (traduit par Christian Jambet ) qui ne dit pas autre chose.

Christian Jambet introduit ce texte ainsi :

"La philosophie est théurgie, elle s'achève en une divinisation de soi, qui est assimilation de soi à Dieu. Cette unification avec la lumière divine fut expérimentée par Plotin, elle se situe au-delà de l'intelligence. De là Suhrawardï classe les philo­sophes selon qu 'ils pratiquent seulement la recherche dialectique, qu 'ils sont dans l'expérience mystique pure, ou qu 'ils rassemblent les deux, et sont les hommes parfaits. Ce sont eux les « califes de Dieu sur la terre », et Suhrawardï distingue avec soin cette autorité du pouvoir politique"

philosophie_arabe

Al-Suhrawardï écrit :

"Ne crois pas que la philosophie a existé à une époque récente mais non pas en une autre. Bien plutôt, le monde n'a jamais été privé de la philosophie, pas plus que d'une personne qui la soutienne par l'exercice de la démonstration rationnelle et des élucidations. C'est lui, le calife de Dieu sur Sa terre. Il en ira ainsi tant que dureront les cieux et la terre. Les philosophes anciens diffèrent seulement des modernes par leurs façons de s'exprimer et par leurs usages respectifs, qu'ils exposent ouvertement leurs pensées, ou qu'ils les présentent en des symboles allusifs. Mais tous ils parlent des trois mondes. Tous ont agréé à l'affirma­tion de l'Un. Il n'y a aucune controverse entre eux quant aux sources des problèmes. Même si le Premier Maître [Aristote] fut grand, éminent, profond, même s'il eut une vue complète des choses, il n'est pas permis d'exagérer son importance, d'une manière qui conduise à déprécier son maître [Platon]. Parmi eux, il y a un groupe d'auteurs de livres saints et de législateurs, tels que Agathodaïmôn, Hermès, Asclépios et d'autres.

Les degrés [de la philosophie] sont multiples et se hiérar­chisent de la façon suivante: Le philosophe divin qui a pénétré la divinisation de soi mais à qui manque le savoir dialectique; le philosophe qui possède le savoir dialectique mais à qui manque la divinisation de soi ; le philo­sophe divin qui a pénétré la divinisation de soi mais qui est moyen ou faible dans le savoir dialectique ; le philosophe qui est maître en savoir dialectique mais moyen ou faible en la pénétration de la divinisation de soi; le chercheur en ces deux disciplines, la divinisation de soi et le savoir dialectique; le chercheur en la divinisation de soi et elle seule ; le chercheur en savoir dialectique et lui seul.

Si, en une époque donnée, il arrive qu'existe [un philo­sophe] qui ait pénétré dans la divinisation de soi et dans le savoir dialectique, à lui revient l'autorité, et c'est lui le calife de Dieu. Si ce n'est pas le cas, l'autorité revient à celui qui a pénétré la divinisation de soi tout en restant moyen dans le savoir dialectique. Si cela ne se présente pas, alors ce sera le philosophe qui a pénétré dans la divi­nisation de soi, mais à qui manque le savoir dialectique. Le monde ne sera donc jamais privé d'une personne qui ait pénétré en la divinisation de soi. L'autorité sur la terre de Dieu ne reviendra pas à celui qui est maître en savoir dialectique, mais qui n'aurait pas pénétré en la divinisa­tion de soi, car le monde ne sera jamais privé de celui qui a pénétré en cette divinisation de soi, et qui est plus digne de l'autorité que le dialecticien. Car le califat requiert la réception directe de la connaissance. Je n'entends pas, par cette autorité, la domination politique. Il arrive parfois que le guide divinisé exerce son autorité en plein jour, et parfois qu'il reste caché. C'est lui alors que la foule nomme « le Pôle »'. Il possède l'autorité, même s'il est entièrement inconnu des hommes. Lorsque le gouvernement est entre ses mains, c'est un âge de lumière. Lorsque l'époque est privée de la gouvernance divine, les ténèbres triomphent."

Al-Suhrawardï, Le Livre de la sagesse orientale (Kitâb Hikmat al-Ishrâq), 1186

Tout en haut de l'échelle se trouve le mystique capable de dialectique; tout en bas celui qui ne s'interesse qu'à la dialectique seule, c'est-à-dire de nos jours  à peu près tous ceux qu'on appelle philosophes et qu'on ne devrait appeler que "penseurs".

Le vrai philosophe est donc bien celui qui expérimenté la lumière  de l'absolu.

josé le roy

13 octobre 2009

Atelier à Paris vendredi 16 octobre

Je vous invite à venir chez moi à Paris pour un atelier consacré à l'enseignement de Douglas Harding :

l'éveil à notre vraie nature par la voie directe

Vendredi 16 octobre à 20h30 à Paris 17, durée deux heures

tel: 0603930627 ou josleroy@aol.col

gratuit

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11 octobre 2009

éveil subit ou graduel

La Vision Sans Tête est une voie subite. En un instant, soudainement, maintenant, nous pouvons nous éveiller à notre vraie nature.
Cette voie subite se retrouve dans le T'Chan par exemple chez Chen-houei  (668-760)

"Un visiteur demanda s’il était possible d’accomplir le chemin de Bouddha en une vie. On le peut, répondit Chen-houei... Selon la doctrine du Mâhayâna, les obstacles du karma, nombreux comme les grains de sable du Gange, en une pensée instantanée, sont réduits à néant, et la substance de la nature propre, qui est non produite, en un instant accomplit le Chemin.
Comment, à plus forte raison, ne pourrait-on l’obtenir en une vie?


Les Six facultés étant sans souillure, on possède les vertus inhérentes à la concentration et à la sapience
L'éveil détruit et l'esprit n'étant plus que vacuité
Dans une union née d'une pensée instantanée
On transgresse subitement le profane et le sacré
On ne peut plus considérer le non-être ni l'être comme être
Que l'on soit en marche, debout, assis couché
L'esprit reste inébranlable, et il est, à tout instant, vacuité et insaisissable "

Traduction annotée par Jacques Gernet

Voici un article intéressant de Hubert Benoit sur ce sujet :

Dr HUBERT BENOIT

Hubert_Benoit

 

DOCTRINES PROGRESSIVES ET DOCTRINE ABRUPTE

 

L'homme qui souffre de sa condition intérieure et y applique sa réflexion conçoit la possibilité d'un changement, d'un accom­plissement, d'une Réalisation de l'être humain. S'il étudie alors l'essentiel de ce qui a été dit sur cette question « depuis qu'il y a des hommes et qui pensent »,il découvre un grand nombre de doctrines. L'une d'entre elles, dont la formulation la plus frappante se trouve dans le bouddhisme Zen, revendique le nom de « doc­trine abrupte », s'opposant ainsi à toutes les autres qu'elle nomme « doctrines progressives ». Nous voulons tenter de définir ce qui distingue la doctrine abrupte des doctrines progressives, car cette importante distinction nous semble généralement mal comprise, du moins en Occident.

Pour distinguer deux choses l'une de l'autre, il nous faut trou­ver, parmi les divers aspects qu'elles présentent et dont beaucoup sont identiques, le juste critère. Avant d'exposer notre opinion sur ce point, nous devons éliminer deux idées inexactes qui se présentent tout d'abord à l'esprit.

Une première erreur consiste à croire que l'Illumination « abrupte » n'implique pas de travail intérieur préparatoire. Lorsque le Zen nous dit : « Il vous suffit de voir directement dans votre propre nature », cela ne signifie pas que cette « simple » vision soit possible sans une préparation. Dans la doctrine abrupte comme dans les doctrines progressives, un processus préparatoire est impli­qué, et ce point n'est donc pas le critère que nous cherchons.

D'autre part, le mot « abrupt » exprimant l'idée que l'Illumination se produit de façon soudaine, instantanée, nous pourrions être tentés de croire que c'est cette idée qui caractérise le Zen. Nous nous tromperions; un patient effort pour obtenir quelque chose peut être couronné de succès d'une façon soudaine sans qu'il y ait pour cela le moindre doute sur le caractère progressif de la méthode utilisée. Ainsi voit-on s'effondrer en un instant la falaise que les vagues ont longuement minée.

La différence réelle entre doctrines progressives et doctrine abrupte doit être cherchée dans la manière dont ces doctrines conçoivent les rapports existant entre le processus qui précède l'Illumination et cette Illumination elle-même.

Les doctrines progressives se fondent sur l'idée que la conscience de l'homme, avant l'Illumination, est séparée de son Principe. La discrimination métaphysique fondamentale entre la Manifes­tation et le Principe tend un piège à notre pensée, et ces doctrines tombent dans le piège. L'erreur n'est pas de concevoir une discri­mination, mais de considérer comme deux entités les deux termes discriminés. Ici, par exemple, les concepts de Principe et de Manifestation sont deux aspects de la Réalité Une; en tant que concepts, mon intellect discursif a le droit de les disjoindre, et cette disjonction analytique est féconde; mais je me trompe si, prenant ces deux aspects pour deux entités, j'oublie l'artifice qui les sépare et si, par là, je les crois réellement séparés. C'est comme les deux faces d'une médaille; je ne me trompe pas en distinguant l'avers et le revers, mais je me trompe si je considère ces deux faces comme deux entités et si je m'interroge sur la façon de les réintégrer en un tout.

Selon le degré de subtilité des doctrines progressives, le Prin­cipe dont la conscience humaine est supposée séparée est conçu comme extérieur (notion de « Dieu ») ou comme intérieur (notion du « Soi »). De toutes manières, il s'agit de relier ce qui est sup­posé disjoint, délié; c'est ce que nous proposent les religions. Cette entreprise de relier deux pôles disjoints est conçue de façons diverses selon la modalité attribuée à la séparation. Ou bien la conscience est supposée séparée de son Principe par un vide à travers lequel il faut jeter un pont : le travail intérieur est alors considéré comme une construction; par exemple la conscience informelle du Soi est supposée endormie et il faut l'éveiller; c'est comme une fonction qui n'existe que virtuellement et dont il s'agit de construire l'actualisation. Ou bien la conscience est supposée séparée de son Principe par des obstacles, des écrans, et il faut alors détruire ces obstacles; l'obstacle est, par exemple, l'imagina­tion, et il faut apprendre à vider le mental de toute image; le Principe du mental est conçu comme un miroir pur et brillant que ternit la poussière de l'imagination formelle; le travail inté­rieur doit enlever cette poussière. Selon ces conceptions, le travail intérieur, qu'il soit constructeur d'un pont ou destructeur d'obsta­cles, est évidemment vu comme progressif; plus je construis mon pont ou détruis mes obstacles, plus je progresse dans la réintégra­tion de ce qui est supposé désintégré, dans la réunion de ce qui est supposé désuni.

La doctrine abrupte ne voit pas les choses ainsi. Elle sait que la discrimination Principe-Manifestation est un simple artifice ana­lytique; cette discrimination, qui préexiste en nous subconsciemment, doit être faite consciemment, sans quoi nous ne pourrions jamais la dépasser, mais elle ne doit être faite que pour être dépassée; je ne dois pas l'énoncer sans me rappeler aussitôt que ses deux termes sont seulement deux aspects de l'unique Réalité. Ainsi fait la doctrine abrupte qui n'aboutit nullement à la néces­sité de relier ce qui n'a jamais été désuni. Si elle reconnaît la nécessité d'un travail intérieur, c'est du seul point de vue des apparences, parce qu'il nous paraît affectivement qu'il y a en nous quelque chose de désuni qu'il faut réunir; c'est d'un point de vue nullement ontologique mais seulement phénoménologique, nul­lement récî mais seulement illusoire. Le travail intérieur n'est plus nécessaire tout court, nécessaire en soi; il est seulement nécessaire si je tiens à ne plus souffrir de mes illusoires angoisses (angoisses dans lesquelles je puis tout aussi bien rester si je veux) ; il n'y a pas de salut qu'il faille absolument obtenir, et l'homme qui ne fait aucun travail intérieur n'est pas considéré comme passant à côté de la réalité de l'existence. Relativement le travail intérieur est donc nécessaire (si je veux cesser de souffrir, ce qui ne regarde que moi), mais absolument il est inutile; il est subjectivement nécessaire mais objectivement inutile.

Ce travail qui n'a rien à obtenir de réel mais seulement une modification de phénomènes illusoires, qui se fait donc dans l'il­lusoire, est lui-même illusoire. Rappelons ici une distinction que nous avons développée ailleurs, entre le « satori-état » et le « sa-tori-événement » : selon le Zen, tout homme est de toute éternité dans l'état de satori. Le satori-événement est seulement cet instant historique, anecdotique, où l'homme cesse soudain de ne pas se rendre compte qu'il a toujours été dans le satori-état. Et ce sa­tori-événement n'a d'apparente réalité qu'aux yeux de l'homme qui ne l'a pas encore vécu. Celui qui l'a vécu se rend compte qu'il a toujours été dans le satori; pour lui, le satori-événe­ment, cette frontière entre deux périodes jadis supposées dif­férentes, perd toute réalité lorsque a disparu l'illusoire différence de ces deux périodes. Le travail intérieur qui aboutit au satori-événement, et qui ne semble réel que tant que le satori-événement semble lui-même réel, n'a pas plus de réalité véritable que l'événe­ment auquel il aboutit. A mesure que se poursuit ce travail inté­rieur qui n'aboutit en somme à rien, on ne peut donc pas parler de progrès. D'ailleurs les confidences des maîtres Zen, et notre propre expérience si nous travaillons le Zen, confirment effective­ment cette idée; à mesure que notre travail se poursuit, nous sen­tons en nous une double modification : notre intuition de la vérité se développe en profondeur, et en même temps nous nous sentons de plus en plus ignorant et asservi par cette ignorance; gagnant d'une part et perdant de l'autre, nous avons l'impression de rester dans l'ensemble sur place, de ne faire aucun progrès. Ce travail peut nous rapprocher chronologiquement du satori-événement sans constituer pour cela le moindre progrès. Comment pourrions-nous progresser puisque nous n'avons rien à acquérir, l'homme étant de toute éternité de la nature de Bouddha? Ainsi Hui-neng a-t-il pu dire : « // n'y a pas d'accomplissement, il n'y a pas de Réali­sation. »

Le Zen compare celui qui cherche la Réalisation à un homme qui, monté sur son bœuf, cherche ce bœuf partout. Chacun de nous a un certain domaine à explorer ainsi; tout se passe comme si nous devions constater l'absence de notre bœuf, dans le domaine où nous espérions le trouver, pour que nous voyions tout à coup que notre bœuf était là depuis le début. Cette comparaison n'est pas bonne du point de vue de la distinction « doctrines progres­sives-doctrine abrupte », car, comme toute illustration prise dans le plan des phénomènes, elle renferme inévitablement la notion de causalité et par conséquent de progression. Mais elle va nous être utile d'une autre manière. L'adepte de la doctrine abrupte, s'il comprend clairement le caractère illusoire de tout travail intérieur en même temps que sa relative nécessité, est dans une situation bien particulière : puisqu'il désire échapper à l'angoisse, il désire faire le travail intérieur qui est nécessaire pour cela; mais en même temps il ne croit pas à ce travail; il est tiraillé entre un désir de travailler intérieurement, de chercher et de trou­ver quel effort faire, et une certitude intellectuelle que tout effort est illusoire. Cet antagonisme entre l'affectivité et l'intuition intel­lectuelle pure se traduit par une succession de tentatives avortées; cet homme va, malgré son intuition intellectuelle et parallèlement à elle, espérer un moment en tel effort intérieur, il va s'y adonner; et puis, plus ou moins vite, il vérifie la vanité de cet effort par­ticulier et il l'abandonne. Cet homme sait qu'il est monté sur son bœuf, mais il ne le voit pas encore; malgré ce qu'il sait, la partie de lui qui ne voit pas encore espère que le bœuf doit se trouver dans tel coin de son domaine, et il va fouiller ce coin; il ne trouve rien et il interprète correctement cet échec grâce à ce qu'il sait; il recommence dans un autre coin de la même manière, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'enfin il ne sache plus où chercher.

Ceci nous amène à parler de la notion de « voie ». L'adepte d'une doctrine progressive croit qu'il y a une voie (celle qui fait progresser) et, selon sa conception de ce qui le « sépare » de son Principe, il conçoit ce qu'il estime être la « vraie voie ». Il suit alors cette voie, et son travail intérieur revêt par conséquent un caractère plus ou moins fixé, systématisé; ceci comporte des exeioloes répétés avec persévérance, une ou plusieurs disciplines. L'adepte de la doctrine abrupte, au contraire, sait qu'il n'y a pas de voie. Pour son travail intérieur relativement nécessaire, quoique illusoire, il a pourtant besoin d'une forme, d'une voie; mais, parce que cet homme sait que toute voie est impasse, il reconnaît vite pour impasse la voie qu'il explore, puis la sui­vante, etc. Le travail intérieur de cet homme est morcelé, semblable à une ligne brisée dont les segments se raccourcissent de plus en plus. A la fin, ce travail n'est plus qu'une question constante sur l'introuvable voie, il n'est plus qu'un doute pur. Aussi le Zen appelle-t-il « Grand Doute » l'état intérieur ultime qui précède immédiatement le satori-événement.

il y a autant de voies que d'hommes différents. » Ceci émane d'une conception « progressive ». Pour la doctrine abrupte, il n'y a pas mille voies pour mille hommes; pour chaque homme, il y a une multitude indéfinie d'impasses qu'il s'agit d'intégrer en une impasse unique, et cette impasse unique est la même pour tous les hommes; cette impasse unique consiste à comprendre avec tout son être que l'idée de « Réalisation » est illusoire, que l'idée d'une « voie réalisatrice » est illusoire, parce que tout est réalisé de toute éternité.

Ceci explique pourquoi nous avons parlé des doctrines pro­gressives et de la doctrine abrupte. Il y a autant de doctrines progressives que d'adeptes de ces doctrines; il ne saurait au con­traire y avoir qu'une seule doctrine-abrupte.

Doctrines progressives et doctrine abrupte ne sont pas des méthodes adaptées à différentes structures humaines et menant au même résultat. La doctrine abrupte dénie à toute doctrine progres­sive le pouvoir de concilier réellement notre dualisme intérieur apparent. Est-il nécessaire de préciser que ceci ne constitue pour­tant pas la moindre condamnation des doctrines progressives par la doctrine abrupte, puisque, selon celle-ci, il n'y a aucune nécessité objective à concilier en nous quoi que ce soit?"

Hubert Benoit dans Yoga, Science de l'homme intégral, Les cahiers du Sud, 1953

Voir sa vraie nature c'est donc voir le boeuf sur lequel on est assis et qu'on cherchait partout. Où est-il ? Où est le boeuf? Où est le trésor?

Le boeuf est juste au-dessus de vos épaules!

Voilà qui est abrupt!!

josé le roy

10 octobre 2009

Catherine Harding

Et cette belle photo de Catherine Harding cet été au stage en Ardèche, en juillet 2009.

P1110524

Merci à Nadège.

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Une photographie de Douglas Harding

J'aime beaucoup cette photo de Douglas.

douglas_harding

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09 octobre 2009

Voir l'ouverture

Le plus important c'est d'avoir un aperçu de la vacuité de son propre esprit, de voir la vacuité de sa propre nature.
Cela est la grande ouverture qui nous éveille par-delà l'esprit conceptuel.

Ensuite il faut s'y maintenir dans chaque action de la vie quotidienne, pour que cette expérience ne soit pas qu'un beau souvenir.

On s'y maintient en comprenant que ne ne quitte jamais sa véritable nature. Il suffit de voir que l'immense ouverture ne se ferme jamais. Il suffit d'inverser la flèche de son attention de 180° pour voir ce qui voit en nous.

Ce n'est pas une pratique difficile. Vivre sans cette conscience, voilà qui est difficile. Comment font les hommes pour vivre sans cet éveil ?

Voir sa vraie nature n'est pas vraiment un effort mais une joie, une libération, une allégresse. Il suffit de s'abandonner à la vision de l'espace infini. Il suffit de cesser de prétendre être un corps et un mental. La vision éveillée est un repos dans l'ouverture vaste comme le ciel.

Au-dessus de vos épaules en ce moment, y a-t-il quelque chose qui regarde cet écran ? Y a-t-il quelqu'un qui regarde?
N'est-ce pas vide ? Grand ouvert? Immense et plein ? Éveillé et vivant?

C'est simple comme bonjour et cela nous crève les yeux comme on dit. Littéralement.

josé le roy

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08 octobre 2009

Matisse et la Vision Sans Tête

On sait que Douglas Harding s'est éveillé à sa vraie nature en voyant un dessin de Ernst Mach.
Dans cet autoporait, Mach se représente tel qu'il se voit à zéro centimètre.

Ernst_Mach_Inner_perspective

Point de vue de la première personne

Sur ce dessin,  on constate très clairement que personne ne regarde le corps allongé et la pièce. L'observateur est vide. Ainsi Douglas, grâce à ce dessin, vit en un instant que sa vraie nature est vide.

Curieusement, peu d'artistes ont su se voir et se peindre ainsi.

En fait, tous les autoportraits des peintres comme celui de Rembrandt, par exemple,  ne sont pas autoportraits mais des hétéroportraits, puisqu'ils se représentent non pas comme ils se voient mais comme les autres les voient ou comme le miroir les montre.

rembrandt
Point de vue de la troisième personne, extérieur

C'est toujours un point de vue excentré, extérieur.
Pourtant, certains artistes semblent plus lucides que d'autres, c'est notamment le cas de Matisse.
Matisse, en effet, s'est parfois représenté, dans certains dessins et peintures, du point de vue de la première personne et non de la troisième.

matisse

Paysage, Saint-Tropez,  1904

On voit sur ce dessin la main et le pied du peintre en bas à gauche. Il s'agit bien d'un dessin en première personne. C'est un véritable autoportrait.

matisse2

Nu couché dans l'atelier, Nice, 1935

Dans ce nu couché, on voit la main du peintre en bas à droite.

villacoublay_matisse

Route de Villacoublay, 1917

La voiture est peinte en première personne également.

Je ne sais pas ce que Matisse tira de ses peintures mais j'aime croire qu'il put ainsi, de temps en temps, percevoir la vacuité de sa vraie nature. Car le véritable créateur, le véritable peintre est l'espace vide en nous. C'est lui la Source.

josé le roy

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07 octobre 2009

Nasrudin : quelle illusion !

Voici une histoire intéressante.
Vous connaissez peut-être Mulla Nasrudin; c'est un personnage mythique qu'on rencontre dans les histoires soufies.
(Je redonne cette histoire de mémoire.)

nasrudin_hodja

"Nasrudin habite Damas.
Un matin un homme vient lui dire:
-Tu devrais faire attention. Ta femme te trompe avec un autre homme.
-Quoi ? Que dis-tu , répond Nasreddin ? Tu divagues.
-Je les ai vus ensemble ; si tu veux t'en rendre compte, sois sur la place centrale de la ville aujourd'hui à minuit. Elle y a rendez-vous avec son amant. Tu n'as qu'à te cacher dans l'arbre qui surplombe la place. Ainsi tu les verras.
-D'accord, merci du renseignement.

Pendant toute la journée, Nasrudin  attend avec impatience, plein de fureur, de haine, de tristesse, de colère. On le voit tourner en rond dans la ville, hurlant de douleur.

Enfin le soir arrive, et dès 22 h, le voici dans l'arbre, attendant le rendez-vous de sa traitre femme, un couteau à la main.

23 h. Nasruddin est de plus en plus impatient ,désireux de se venger.

23h40.

23h50. La colère monte dans son coeur.

minuit.

Et soudain Nasruddin se frappe le front. Mince, je ne suis pas marié! "

Nous aussi nous sommes victimes d'une illusion qui entraine dans notre coeur la haine et la colère, la tristesse et l'incompréhension. Nous croyons être ce que nous ne sommes pas. Nous pensons être un individu humain, limité et mortel. Nous sommes identifiés avec l'image que nous renvoie le miroir. Nous aussi, comme Nasruddin, nous avons laissé les autres nous raconter une histoire sur nous-mêmes.

Mais soudain, on se réveille et on comprend que tout cela était un rêve.

josé le roy

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05 octobre 2009

Les Rolling-Stones et l'éveil

J'ai animé un stage de Vision Sans Tête à Valence avec d'autres amis.
Je rappelle que le but de ses ateliers est de nous permettre de répondre à la question :"Qui suis-je?" grâce aux exercices mis au point par le philosophe et mystique Douglas Harding. Il s'agit de s'éveiller à sa vraie nature par une attention directe à ce que nous sommes.

Un des amis  présents, Gérard, a mené une expérience sur le son ; et il nous a raconté comment il s'était éveillé grâce aux Rolling-Stones !

rolling_stones

Gérard habite un petit village en Auvergne, très calme et très tranquille ; dans ce village il y a une femme, un peu étrange, qui écoute les Rolling-Stones à fond quand elle passe l'aspirateur une fois par semaine. Tout le village résonne ainsi de cette musique.

Gérard, soudainement, en entendant cette chanson, s'est aperçu que la musique apparaissait en lui, à zéro centimètre de distance, et non pas à l'extérieur de lui, là-bas dans une maison. Ce choc fut assez puissant pour lui faire prendre conscience de l'espace qu'il est, de l'espace de conscience, sans forme, sans limite, immense et éveillé dans lequel, à zéro centimètre, apparaissent les sons.
J'ai déjà donné de nombreux exemples d'éveil par le son( voir ici). C'est peut-être parce que Gérard n'aimait pas Mike Jagger et avait une préférence pour Bach que l'éveil s'est produit. Pour accepter cette musique, il n'avait d'autre moyen que d'être vide pour accueillir le bruit.

L'exercice qu'il a mené nous a permis de prendre conscience que ce n'est pas une oreille qui entend des sons extérieurs, mais un espace silencieux et infini qui entend les sons en lui-même. Plus d'intérieur, plus d'extérieur, mais la symphonie de l'unité.

Avoir les Rollings-Stone comme guru, c'est Rock-n-Roll...

josé

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