Jean de Saint-Samson, le mystique aveugle de Rennes

Jean du Moulin plus connu sous le nom de Jean de Saint-Samson (1571-1636) est un moine de l'ordre des Grands Carmes à Rennes. 

Aveugle dès l'enfance, il devient musicien avant d'entrer au Carmel à 25 ans. Grand mystique, il dicte de nombreux traités, lettres, poésies et ouvrages qui seront par la suite publiés. Son tombeau, au couvent des Carmes de Rennes est un lieu de visites et de dévotion importante  jusqu'à la Révolution Française  qui verra la destruction du couvent et de l'église. (wiki)

Histoire_littéraire_du_sentiment_religieux

 

« Mon exercice consiste en une élévation d'esprit, par-dessus tout objet sensible et créé, par laquelle je suis fixement arrêté au dedans, regardant d'une manière stable Dieu, qui tire mon âme en simple unité et nudité d'esprit. Cela s'appelle oisiveté simple, par laquelle je suis possédé passivement par-dessus toute espèce sensible, en simplicité de repos, duquel je jouis en cela même toujours également, soit que je fasse quelque chose au dedans de moi, ou bien au dehors de moi, par action ou discernement raisonnable. C'est ce que je puis dire de mon intérieur. Ma constitution est simple, nue, obscure et sans science de Dieu même. C'est une nudité et obscurité d'esprit, élevé par-dessus toute lumière inférieure à cet état. En quoi je ne puis opérer de mes puissances internes, qui sont toutes unanimement tirées et arrêtées par la force de l'unique et simple espèce, qui les arrête nûment et simplement en suréminence de vue et d'essence, au plus haut de l'esprit, par-dessus l'esprit; je veux dire, en la nudité et l'obscurité du fond, tout à fait incompréhensible à cause de son obscurité. Là tout ce qui est sensible, spécifique et créé est fondu en unité d'esprit, ou plutôt en simplicité d'essence et d'esprit.

Et les puissances sont là fixement arrêtées au dedans, toutes attentives à regarder fixement Dieu, qui les arrête toutes également à le contempler. C'est lui qui les ravit et occupe simplement par l'opération de son continuel regard, qu'il fait en l'âme et que l'âme fait mutuellement en lui. En cet état, il n'y a ni créé, ni créature ; ni science, ni ignorance ; ni tout, ni rien; ni terme ; ni nom ; ni espèce; ni admiration; ni différence de temps passé, futur, ni même présent, non pas même le maintenant éternel. Tout cela est perdu et fondu en cet obscur brouillard, lequel Dieu fait lui-même, se complaisant ainsi dans les âmes, en qui il lui plaît de faire cette noble opération « 

Jean de Saint-Samson, cité par Brémond histoire du sentiment religieux en france