Nous publions aux éditions Almora, un livre magnifique sur un soutra essentiel du Bouddha

 

Satipatthana Le chemin direct vers la réalisation

De Bikkhu Analayo

 

sati

 

4ème:

La méditation de pleine conscience ou pleine présence est aujourd'hui à la mode ; elle est pratiquée par beaucoup de nos contemporains. Mais ce type de méditation provient directement de l'enseignement du Bouddha et en particulier d'un de ses sutras (ou sutta) : le Satipaṭṭhāna sutta.
Le présent ouvrage est une exploration détaillée de la signification et de la pratique de la méditation de pleine conscience telle qu'elle est présentée dans le Satipaṭṭhāna Sutta, replacée dans le contexte canonique et philosophique du bouddhisme ancien. C'est un retour à la source de la méditation qui permet de comprendre ce que le Bouddha lui-même et les maitres bouddhistes de méditations qui lui ont succédé entendaient par pleine conscience, ou pleine attention.
L'auteur, qui est professeur d'université mais aussi moine pratiquant, combine harmonieusement l'objectivité scientifique et la préoccupation engagée du praticien pour qui la méditation est un mode de vie plutôt qu'un simple sujet d'étude.
Ce texte sera précieux à la fois pour les érudits du bouddhisme originel et pour les méditants sérieux. Publiée pour la première fois en 2003, cette magistrale étude est déjà traduite en quatorze langues ; et est proposée ici pour la première fois en français.

 

Auteur

Bhikkhu Anālayo est né en Allemagne en 1962 et est devenu moine bouddhiste au Sri Lanka en 1995. En 2000, il a achevé sa thèse de doctorat, dédiée au Satipaṭṭhāna, à l’Université de Peradeniya. En 2007, Anālayo a obtenu son habilitation de professeur à l'Université de Marburg, grâce à une étude comparative du Majjhima Nikāya pāli à la lumière de ses versions homologues en sanskrit, en chinois et en tibétain. Bhikkhu Anālayo est l'auteur de plus de trois cents publications, dont des articles de recherche et des monographies. Il est actuellement professeur titulaire d’Études bouddhistes au Numata Center for Buddhist Studies de l’Université d’Hambourg, co-directeur du groupe de recherche Āgama au Dharma Drum Institute of Liberal Arts (Taiwan) et membre du Barre Center for Buddhist Studies, au Massachusetts, où il réside. Bhikkhu Anālayo passe la plupart de son temps en retraite solitaire silencieuse et enseigne des retraites d'étude et de pratique en Europe, en Asie, en Australie et aux États-Unis

 

Extrait (sans les notes)

I.5 L’EXPRESSION « CHEMIN DIRECT »

 

La première partie du Satipaṭṭhāna Sutta lui-même présente les quatre satipaṭṭhānas comme étant le « chemin direct » pour la réalisation. Le passage dit ceci :

 Moines, ceci est le chemin direct pour la purification des êtres, pour le dépassement de la tristesse et des lamentations, pour la disparition de dukkha et du mécontentement, pour acquérir la vraie méthode, pour la réalisation du Nibbāna, à savoir les quatre satipaṭṭhānas.

 Le qualificatif de « chemin direct » apparaît dans les suttas quasiment exclusivement comme un attribut de satipaṭṭhāna, lui conférant donc un degré d’emphase considérable. Cette emphase est certes justifiée, étant donné que la pratique du « chemin direct » de satipaṭṭhāna est une condition sine qua non de la libération. Comme l’indique un ensemble de vers du Satipaṭṭhāna Saṃyutta, satipaṭṭhāna est le « chemin direct » pour traverser la crue dans le passé, le présent et le futur.

 « Chemin direct » est une traduction de l’expression pāli ekāyano maggo, composée des éléments eka, « un », ayana, « allant », et magga, « chemin ». La tradition des commentaires a transmis cinq explications alternatives pour comprendre cette expression particulière. Selon les commentaires, un chemin qualifié d’ekāyano pourrait être compris comme un chemin « direct » au sens où il mène directement à l’objectif ; comme un chemin à parcourir par soi-même, « seul » ; comme un chemin enseigné par l’« Un » (le Bouddha) ; comme un chemin qui se trouve « uniquement » dans le bouddhisme ; ou comme un chemin qui mène à « un » objectif, à savoir le Nibbāna. Ma traduction de ekāyano par « chemin direct »  suit la première de ces explications. Une traduction plus couramment rencontrée pour ekāyano est « le seul chemin », correspondant à la quatrième des cinq explications trouvées dans les commentaires.

 Pour juger de la signification d’un terme pāli particulier, il est nécessaire de prendre en compte ses différentes occurrences dans les suttas. Dans le cas présent, outre plusieurs suttas où il apparaît en relation à satipaṭṭhāna, ekāyano se trouve aussi une fois dans un contexte différent. Il s’agit d’une analogie dans le Mahāsīhanāda Sutta, qui décrit un homme marchant sur un chemin qui mène à une fosse, de telle façon que l’on peut prévoir qu’il va tomber dans la fosse.1 Ce chemin est qualifié d’ekāyano. Dans ce contexte, ekāyano semble exprimer la rectitude du parcours plutôt que l’exclusion. Dire que ce chemin conduit « directement » à la fosse serait plus approprié que de dire qu’il est « le seul » chemin menant à la fosse.

Le Tevijja Sutta est aussi intéressant en lien avec ce point : il décrit deux étudiants brahmanes débattant pour savoir lequel de leurs professeurs enseigne le seul chemin correct pour l’union avec Brahmā. Bien que dans ce contexte on pourrait s’attendre à une expression exclusive comme « le seul chemin », le qualificatif ekāyano est remarquablement absent. La même absence se répète dans un verset du Dhammapada, qui présente le noble sentier octuple comme « le seul chemin ». Ces deux cas suggèrent que les suttas n’utilisaient pas le qualificatif ekāyano pour exprimer le caractère exclusif.

 Ainsi, ekāyano, exprimant le caractère direct plutôt que l’exclusivité, attire l’attention sur satipaṭṭhāna comme étant l’aspect du noble sentier octuple le plus « directement » en charge de révéler la vision des choses telles qu’elles sont réellement.  C’est-à-dire que satipaṭṭhāna est le « chemin direct », car il mène « directement » à la réalisation du Nibbāna.

 Cette façon de le comprendre correspond bien également avec la dernière partie du Satipaṭṭhāna Sutta. Ayant déclaré que la pratique de satipaṭṭhāna peut conduire aux deux stades les plus élevés de la réalisation dans un délai maximum de sept ans, le discours se termine par la déclaration suivante : « À  cause de ceci, il a été dit – ceci est le chemin direct ». Ce passage souligne le caractère direct de satipaṭṭhāna, au sens où il a le potentiel de mener jusqu’aux stades les plus élevés de la réalisation dans une période de temps limitée."