L. , qui est en train de lire mon livre "L'éveil spirituel" m'écrit ceci:

 

"En lisant votre livre "L'éveil spirituel" (chapitre "Les éveils sauvages") il m'est venu à l'esprit que peut-être les jeunes mamans traversent aussi une sorte d'éveil tant la fusion avec leur bébé est intense au point de s'oublier elles-mêmes... Je ne suis pourtant pas une femme, ni même parent (juste un oncle qui a des neveu et nièces) mais c'est parfois en observant le lien "maman-son bébé" que cette réflexion m'est venue... Les vierges à l'enfant dans l'iconographie chrétienne évoqueraient-elles aussi cela?... Peut-être ma réflexion est naïve et puérile et surtout fausse et injustifiée, mais je voulais vous la partager et vous la soumettre... Quoiqu'il en soit sachez que j'apprécie énormément votre livre (L'éveil spirituel) les livres que vous nous donnez à lire à travers votre maison d'édition, et votre démarche d'ouvrir l'Occident et les milieux intellectuels et universitaires à cette notion d'éveil et pourquoi pas à l'éveil lui-même. Respectueusement et cordialement à vous,

L."

 

vierge

botticelli

 

Merci L. pour votre message.

Je suis tout à fait d'accord avec vous. Il est certain que des mamans éprouvent des moments de fusion avec leur bébé, moments où la dualité s'efface pour un temps (et cela arrive à des pères aussi surement).

Je n'ai pas de témoignage à ce sujet et j'invite les mamans qui me lisent à m'en envoyer.

Voici cependant une expérience de non-dualité pendant l'accouchement relatée par Annie Leclerc dans un de ses romans. Mais là c'est aussi l'intensité de la douleur qui provoque cette soudaine ouverture de conscience.

J'ai présenté ce texte dans L'éveil spirituel.

jlr

 

 

Parole_de_femme

 

"Il y avait le moment étrange où tout s'apaisait, où mon corps se déliait de toutes parts, s'étendait immobile, recueilli dans le silence comme un lac au crépuscule. Et j'attendais, religieuse, les yeux clos, la montée de la prochaine vague qui allait me soulever. hauteur insoupçonnée, vertige ; ce qui commence à naître en moi est une sorte d'effroi sacré, de nudité grande comme le ciel.

J'ai oublié les autres.

J'ai oublié les jambes en l'air, écartées, le sexe chauve, à l'air et dilaté, comme l'amour triomphant oublie la décence.

Et de nouveau mon corps se concentre, se resserre.

Cela s'insinue, semble-t-il, par les cuisses. je prends mon souffle, je halète, et voilà que ça monte, ça ouvre, ça se répand, ça presse tandis que craquent les limites de mon corps.

Une porte de bronze s'entrouvre en grinçant sur une sorte de nuit immense, jamais vue.

Au début, dans le choc de l'étonnement, me viennent des mots, plus que des images, qui cognent dans ma gorge avec mon souffle haché, labyrinthe, inquisition, schismatique, et toujours, avec cette bizarre idée, raide comme une lame fichée dans le ciel, au goût d'un noir triomphe : "ils ne m'auront pas". Qui "ils" ? Avoir quoi de moi ? La réflexion que j'ai pu faire depuis ne m'a pas appris grand chose là-dessus. Ils ne m'auraient pas, c'est tout, et je le savais dans la plus brûlante, la plus merveilleuse certitude. je "leur" avais échappé. Je leur échappais.

Au fur et à mesure que cela s'intensifiait je perdais, alors que le conscience, elle, allait se dilatant, toute conscience de moi, de ma vie. Je perdais peu à peu tout ce qui antérieurement me faisait dire "moi", limites, temporalité, séparation.

J'accédais à l'éblouissante conscience de la vie brute, la vie une et seule à travers toutes les formes fragiles, assaillies puis rejetées, la vie dépassante, folle, irrespectueuse de toute permanence, fondamentale, ivre...

J'ai perdu les mots mêmes qui me choquaient la tête. Je suis devenue immense, tentaculaire.

Plus vaste que la mer.

Plus vide que le ciel."

Extraits choisis du roman "parole de femme" d'Annie Leclerc