J'ai reçu un texte d'un ami, Erone, qui est venu plusieurs fois à mes ateliers à Paris.

Erone est un jeune homme, avec une formation scientifique d'ingénieur et de culture luthérienne.

Ce récit raconte comment il a découvert sa vraie nature en partant d'un passage de la Bible et grâce à une video de Douglas Harding.

 Ce passage biblique se trouve dans Esaie, 45, 7. et on y lit ceci :

"Je forme la lumière, et je crée les ténèbres, Je donne la prospérité, et je crée l'adversité; Moi, l'Éternel, je fais toutes ces choses."

J'avais été très intéressé lorsqu'il m'avait raconté cette histoire, et sa réflexion sur le mal.

Car le texte dit clairement que Dieu est à l'origine du Bien et du Mal, de la lumière et des ténèbres.

Comment intégrer cela quand on est croyant et qu'on est censé fuir le mal et se tourner vers le bien?

Car alors Dieu est partout, même dans le mal.

C'est cette réflexion qui a conduit Erone a sortir de cette dualité et a rencontré la Présence partout.

jlr

 

Raffael_-_The_Prophet_Isaiah_-_1511-1512

 

 

"Bonjour,

je suis devenu désormais ce qu’on peut appeler un méta-chrétien, c’est-à-dire un chrétien qui est allé au-delà de sa tradition spirituelle. Le chemin a duré plusieurs années, et il en valait plus que jamais la peine.

J’ai une petite trentaine d’années et je suis issu d’un milieu protestant luthérien. Je n’ai jamais remis en cause mes croyances, même si ma période creuse de la pré-adolescence et de l’adolescence avait sensiblement émoussé ma ferveur religieuse. Je me rends compte que le lycée m’a mis sur le chemin de « l’éveil » car j’aspirais à atteindre une vérité profonde au cours de ces années. La dimension spirituelle m’attirait de plus en plus et une partie de moi prenait ses distances avec le matérialisme ambiant. Il n’y avait aucune évocation chrétienne dans cette appétence philosophique, mais je restais profondément attaché à ma tradition religieuse.

La fin de l’adolescence et le début de l’âge adulte ont coïncidé avec une pratique chrétienne assidue. Je me remettais à prier quotidiennement, en particulier avant chaque repas, j’assistais au culte chaque dimanche et je me suis surtout remis à lire la Bible. Je n’étais plus un chrétien culturel, j’étais devenu un chrétien pratiquant de mon plein gré. Ce retour à ma tradition spirituelle m’a donné la joie d’appartenir à une communauté soudée, où chacun se soutient et veut participer au corps du Christ. Ma tradition luthérienne m’a toujours fait tolérer le catholicisme, vu la proximité des liturgies, c’est pourquoi je me suis toujours senti appelé à prier dans une église catholique romaine dès que j’en avais l’occasion. J’ai de plus toujours eu un intérêt pour les autres confessions chrétiennes, qui s’est concrétisé par une semaine œcuménique il y a neuf ans à Nîmes. Le cadre chaleureux de cette rencontre, l’écoute qu’on se témoignait les uns les autres a affermi ma fierté d’être chrétien.

Il faut savoir que j’ai toujours eu une polarité tolérante/intolérante en ce qui concerne les traditions spirituelles non-chrétiennes. Je me rappelle en particulier d’un moment où j’ai maudit Bouddha alors que j’avais neuf ans. Une autre partie de moi voulait cependant croire que toutes ces traditions spirituelles pouvaient s’épanouir dans un climat d’entente et non de destruction mutuelle.

Le chemin spirituel que j’ai arpenté a pris un tournant décisif à partir du moment où j’ai lu le Tao Te King. Ce livre m’a paru cryptique, mais il a exercé sur moi un attrait inexplicable. Il n’a pas fallu longtemps pour que je lise ensuite la Bhagavad Gita commentée par Sri Aurobindo. Cette lecture m’a cette fois-ci ébranlé, en particulier le passage où Arjuna voit la manifestation ultime de Dieu. La logique de l’athéisme d’Epicure a exacerbé cet ébranlement. Je me suis alors senti obligé de relire des passages de l’Ancien Testament pour mettre à l’épreuve ma croyance devant des faits bibliques.

Le septième verset du quarante-cinquième chapitre du livre d’Esaïe m’a confirmé que dans la version hébraïque il est écrit que Dieu crée le mal. Une colère intérieure profonde s’est soudainement manifestée car j’avais compris mon aveuglement de croyant. Je me suis donc décidé à mettre Dieu au défi et d’assumer les conséquences de ce fait biblique, quelles qu’elles puissent être. Sur le chemin du travail, dans le train, je ruminais ce que j’avais découvert et remettais en question ma croyance jusqu’au point de non-retour spirituel. C’est à ce moment de bascule qu’une extinction ineffable survint et que je compris ce fait incontestable : tout est manifestation de Dieu, tout vibre de sa présence et il n’y a pas d’au-delà à rechercher. Dieu est omniprésent.

Mon éveil spirituel s’est donc déroulé ce jour ci : le 10 décembre 2014.

J’ai eu une compréhension en deux étapes : celle-ci transcendante et l’immanente le lundi d’après. J’avais visionné la vidéo biographique « L’homme sans tête » sur Douglas Harding et je n’avais pas compris le message lors du premier visionnage. Je me suis alors dit qu’après mon éveil je comprendrai ce que veut dire Douglas Harding si j’effectue l’exercice du doigt avec sincérité. Je faisais ainsi cet exercice et au moment où je pointai là où ma tête devrait se trouver, je vécus une sorte de dilatation intérieure qui fit émerger cette pensée : Je suis Dieu, Je suis celui qui était, qui est et qui vient. Ce que j’avais toujours cherché était présent devant mes yeux depuis le début de mon existence.

Ces moments d’éveil sont les plus beaux que je vivrai dans ma vie, cela est certain, tout s’est déverrouillé spirituellement depuis lors. J’ai en quelque sorte reçu une clef qui ouvre toutes les portes des diverses traditions spirituelles afin d’en comprendre le message central. Je lis avec plaisir les homélies de Maître Eckhart, le livre Zen et Tao de Thomas Merton entre autres. Ma tradition chrétienne me fait apprécier encore plus les différences de langage entre les autres traditions. J’aime cette diversité et je la défendrai quoi qu’il arrive.

Un conseil que je peux donner à tous ceux qui recherchent : faites confiance à la Vie sans réserve, et vous trouverez ce que vous cherchez. Un deuxième conseil est celui-ci : n’idolâtrez pas la présence en en faisant un objet à atteindre ou en lui conférant un caractère fixe. C’est le piège ultime du matérialisme spirituel dont parlait le moine Thomas Merton. Comme Jean-Yves Leloup nous appelle à l’être : ne soyez plus des croyants, soyez des sachants.

Je suis en tout cas heureux d’avoir rencontré d’autres personnes qui se sont éveillées à leur véritable nature, et je suis également reconnaissant à José et Lorène pour leur travail désintéressé afin de transmettre les exercices de Douglas Harding.

Merci à la Vie !