michel-hulin-tripura

 

"Il ne convient pas d'aller au loin pour trouver le Soi : c'est en demeurant sur place qu'on l'a constamment à sa disposition.

Il ne faut pas raisonner pour le connaître : c'est lorsqu'on ne raisonne pas qu'il se manifeste.

Qui donc réussira à rejoindre l'ombre de sa propre tête en courant après elle ?

De même qu'un petit enfant peut voir mille choses reflétées dans un miroir immaculé sans soupçonner la présence même du miroir, de même les gens perçoivent le reflet des mondes dans le grand miroir de leur propre Soi et ne discernent pas le Soi lui-même, faute d'être instruits à son sujet.

Ainsi l'homme qui n'est pas informé de l'existence de l'espace perçoit bien le monde visible mais non l'espace, son substratum.

Prends bien soin de noter, cher époux, que l'univers est fait de la connaissance et du connaissable. Or, la connaissance est auto-établie, puisque sans elle rien n'existerait.

Elle s'impose d'elle-même, sans le secours des moyens de connaissance droite (pramānna), car ces derniers ne sont eux-mêmes connus qu'à travers elle.

Originellement établie, son existence n'a pas à être démontrée : c'est elle, au contraire, qui est l'âme de toute démonstration.

Ici, les questions du sceptique n'ont pas leur place et pas davantage une éventuelle réponse à ces questions. Il n'y a pas de sens à nier (la conscience), surface polie du grand miroir en qui toutes choses se réfléchissent.

Ni le temps ni l'espace ne la délimitent car ils ne se manifestent eux-mêmes que dans le champ de cette conscience.

Ils ne la délimitent qu'apparemment, comme les objets visibles le vide cosmique."