Alors là, c'est vraiment très beau !

Zundel écrit :

"Plus vaste que l’océan, plus libre que le désert et plus intime que le cloître le plus reclus, où l’esprit entre dans sa grandeur, par ce recueillement au centre qui le rend présent à tous les points de la circonférence"

jlr

 

zundel

 

 

”Et ainsi toujours, dès que vous êtes attentif, les limites du monde où vous paraissiez enfermé s’évanouissent en l’espace infini où s’élance votre esprit. C’est là que se font toutes les rencontres et que résonnent toutes les musiques, là que s’échangent les divines tendresses et que jaillissent les sources où s’étanche la pensée. A quelle poussée invisible ont cédé les murs qui vous tenaient captifs ?

 

La culture est le sens de cet espace : plus vaste que l’océan, plus libre que le désert et plus intime que le cloître le plus reclus, où l’esprit entre dans sa grandeur, par ce recueillement au centre qui le rend présent à tous les points de la circonférence; le sens de la valeur que confère à tout être l’Infini auquel il est tangent; le sens de l’aventure promise à toute âme qui s’ouvre à la source d’où l’univers jaillit en son inépuisable nouveauté; le sens de la gratuité, surtout, capable de découvrir en toute réalité le visage intérieur qui l’introduit dans l’ordre intelligible où se meut la pensée, en laissant transparaître en chacune le mystère où son rôle utile s’efface en la Lumière immuable qui l’éclaire au dedans.

 

Ainsi s’abolit toute limite et se décante toute opacité. Le Tout se livre dans un atome et les choses les plus banales paraissent vêtues d’un secret d’amour qui les soustrait à toute possession, en remplissant nos yeux de respect et d’admiration, en faisant naître en nous le regard désintéressé de la contemplation. C’est ce monde gratuit qui est seul à la mesure de votre âme, comme il est seul à vous révéler le privilège de votre liberté; c’est lui que vous demandez à la musique et à la poésie; c’est lui que vous accueillez, ainsi qu’une gerbe de tendresse, dans ce bouquet où la main d’un enfant a caché une Présence qui survivra à l’éclat des fleurs.

 

Il n’est pas nécessaire de nommer cette Présence, dont le discernement constitue à nos yeux toute la culture, et peut-être n’est-ce pas possible, attendu qu’elle est unique et que rien d’autre qu’elle-même ne la peut faire adéquatement connaître. Ceux qui l’ont éprouvée la reconnaissent, toujours identique et toujours nouvelle, comme le lieu vivant où confluent, dans un présent toujours plus riche, les moments éternels où la vie atteint son sommet.”

 

Maurice Zundel : Allusions