Je lis avec beaucoup de plaisir le dernier livre de Thierry Janssen, et je constate que de plus en plus d'enseignants spirituels n'hésitent plus à parler de leur expérience d'éveil à la non-dualité.

Mais on voit que cela demande à Janssen une certaine audace puisqu'il sait que son lecteur peut penser qu'il est en train de délirer. Il écrit  "Au risque de me faire une nouvelle fois traiter de mystique", "Au risque d’être, cette fois, traité de fou".

L'éveil peut paraitre fou à celui qui ne l'a pas vécu mais il est la connaissance la plus profonde pour celui qui le vit.

jlr

 

janssen

 

"Ce matin-là, alors que j’étais en train de travailler dans mon bureau, j’ai été dérangé par le bruit de travaux effectués dans la rue en bas de chez moi. Je ne voulais absolument pas éprouver le moindre agacement car il fallait que je puisse rester concentré sur la tâche en cours. Ainsi, au lieu de laisser mon attention se porter sur le bruit des travaux, je me suis focalisé sur les mouvements de ma respiration tout en veillant à bien ouvrir la zone du chakra du cœur.

 

Après quelques secondes de cette méditation vécue dans mon corps, je continuais à percevoir le vacarme qui venait de la rue et, en même temps, je me sentais paisible et détendu. Le bruit ne me dérangeait plus vraiment. Il était comme éloigné, assourdi. Puis, subitement, j’ai entendu un profond silence au-delà du bruit, à l’arrière-fond. De façon tout à fait inédite pour moi, ce silence a envahi l’entièreté du champ de mon attention, à tel point que je suis devenu silence. Je devrais plutôt dire que « je » était silence.

 

Les mots sont bien imparfaits pour décrire ce qui s’est produit alors. Cette expérience était vertigineuse, au-delà des mots, au-delà de toute pensée. J’ai eu l’impression de me dissoudre dans un espace paisible et silencieux. Un immense vide lumineux. « Je » était complètement désidentifié de ma petite personne. « Je » n’était identifié à rien. « Je » était, tout simplement. « Je » constatait ce qui était, en l’occurrence le bruit qui venait de la rue, sans éprouver la moindre émotion, sans échafauder la moindre réflexion, sans manifester la moindre réaction. « Je » était pure conscience. Un sentiment d’amour inconditionnel a surgi et une joie intense a jailli. Des larmes ont coulé et un sourire s’est déployé sur mon visage. Une quiétude et une plénitude indescriptibles se sont installées dans tout l’être. J’évite d’écrire « dans tout mon être » car, à ce moment, il n’y avait personne pour posséder quoi que ce soit. « Je » contenait tout, y compris le bruit des travaux dans la rue. « Je » était un avec tout. « Je » était tout. « Je » était en tout. Tout était en « je ».

Ce que je décris ici n’a duré qu’un bref instant car, à peine dissous dans le silence, mon mental s’est réactivé pour analyser la situation, interpréter ce qui venait de se produire et élaborer un discours à même de traduire ce qui avait été vécu.

 

J’étais bouleversé, profondément déstabilisé et, en même temps, extrêmement confiant, joyeux et aimant. En consignant cet événement dans mon journal intime, j’ai eu le sentiment d’accéder à la connaissance intime d’une série de concepts spirituels dont, jusque-là, je n’avais qu’une compréhension intellectuelle. Un voile s’est levé, j’ai eu l’impression d’une révélation. Comme une illumination.

 

Cette extraordinaire expérience m’a fait comprendre que le silence n’est pas l’absence de bruit. Le silence est l’espace dans lequel tous les bruits apparaissent et disparaissent. Il contient tous les bruits. Beaucoup de gens cherchent à le créer en éliminant toute sonorité. En réalité, cela n’est pas possible car on ne peut pas créer quelque chose qui est de toute éternité. Le silence n’apparaît pas et ne disparaît pas. Il est toujours là, à l’arrière-fond, tout au fond, au-delà des phénomènes passagers que sont les bruits intérieurs et extérieurs. Le silence était là avant que nous existions et il sera encore là après que nous aurons cessé d’exister. Il est, tout simplement. Pour y accéder, il suffit de l’écouter, au-delà des sons, entre les sons. Nous pouvons constater alors que le silence est l’espace dans lequel surgissent tous les sons. Il est l’espace de la création. C’est de là que nous venons, c’est là que nous retournerons. Écouter le silence, c’est contacter la part d’éternité qui est en chacun de nous. La part d’éternité qui est en tout être et en toute chose."

 

Thierry Janssen

 

"Mon expérience du silence éternel m’a montré que la vraie conscience – la pure conscience – n’est pas liée au mental. Elle est au-delà de la pensée. Elle n’a pas besoin de la pensée pour être. Un court instant, j’ai pu dire « je suis conscience ». Le « je » qui disait cela n’était pas mon ego mais la conscience elle-même. Cela n’est possible que si le sentiment d’être une personne séparée de son environnement disparaît. Il n’y a alors plus de sujet ni d’objet. Il n’y a plus personne pour analyser, commenter et interpréter. Il y a simplement la conscience qui constate ce qui est. La conscience qui accueille et qui contient ce qui est. La conscience qui ne fait qu’un avec ce qui est.

 

Ce sentiment d’unité est vertigineux. Il est particulièrement bien décrit, en Inde, dans les enseignements de l’Advaita Vedanta, une philosophie de la non-dualité dont l’origine se perd dans la nuit des temps."

 

Thierry Janssen