Gérard Nannini a rencontré Douglas Harding en 1996. Il vient d'écrire un texte sur sa pratique de la Vision Sans Tête et les effets que cela a produit sur sa vie.

Ci-dessous, j'en propose un extrait.

Le texte entier "Vision sans tête et investigation de Soi" (70 pages) est accessible gratuitement à cette adresse en téléchargement (fichier PDF)

https://www.visionsanstete.com/investigation-de-soi-vst

jlr

 

"La première étape de mon investigation a été de reconnaître avant tout que je n'étais ni un corps, ni la personnalité et son profil psychologique que je m'imaginais être avant ce jour de juin 1996 où "j'ai perdu la tête" et retrouvé dans l’instant mon vrai visage. La pratique quotidienne de la VST, a été pour moi comme un "raccourci" providentiel, pour reconnaître la Présence Consciente qui se sait exister à jamais, d'abord en moi, puis en tout. Depuis ce jour je ne suis plus jamais seul, la Présence m'accompagne.

Ce "raccourci" est toujours là, "à portée d'index" si je puis dire, à chaque fois que je perds de vue CE que je suis vraiment, et que je décide d’y revenir. Revenir sans cesse à ma véritable nature a aussi pour effet de m'y familiariser plus facilement. L'enseignement que nous a laissé Douglas Harding pour partager sa Voie m'a permis de voir mon "absence de tête" avec toute la rigueur qu’elle mérite, d'y reconnaître simplement ma véritable nature ("le SOI" de la philosophie traditionnelle indienne) et de réaliser que c'était aussi celle de l'univers. Autrement dit j'ai dû réaliser avec méthode et objectivité que je suis, en essence, la Cause absolue de toute existence vivante ou inanimée. Que ça! C'est énorme quand on sait qu'à l'origine de cette découverte il n'y a eu qu'un simple détournement de mon regard à 180º, un simple demi-tour sur place de mon attention. C’est aussi ce qu'affirme l'Advaita vedanta : le SOI en moi n’est autre que le SOI en tout. Autrement dit, pour ceux qui se réfèrent aussi aux textes de la grande Tradition, ma nature profonde, "Atman" en sanskrit, est identique à celle de l'univers ou "Brahman". Pour la philosophie occidentale " le SOI " est la Conscience , et c'est " Dieu " pour toutes les religions. J'ai clairement le sentiment aujourd'hui que le concept qui fonde la pensée védantique de la non-dualité (l'Advaita) : « Il n'y a que la Conscience et la Conscience est tout ce qui est », (en sanskrit « Atman EST Brahman »), fait partie de mon vécu, et qu'il désigne CE que je suis vraiment.

Douglas n'a jamais voulu de son vivant être considéré comme un "Guru", mais il restera toujours pour moi mon "karana Guru", celui qui m'a donné le moyen de réaliser ma véritable nature, directement et dans l'immédiateté, .

Pour répondre à la question: "qu'est-ce que je suis vraiment?" je fais référence la plupart du temps à l'expérience "de l'index qui pointe" car elle a été déterminante pour moi, dès la première fois. Mais le génie spirituel de Douglas Harding en a créé des dizaines d'autres pour que chacun puisse y trouver "la sienne".

Quand je détourne mon regard du monde extérieur et que je regarde à l'opposé, vers l'intérieur de moi-même, je retrouve en effet à chaque fois et qu'elles que soient les circonstances, un Espace vide et infini en guise de tête. Il surgit du dessus de mes propres épaules, à la racine même de mon regard. Dans le même instant cette Vacuité est en fait Espace d’accueil pour tout sans distinction. Je constate ainsi que ce que j'ai pris l'habitude d'appeler « l’Espace de mon absence de tête » est rempli de tout ce qui est en train d'arriver et de l'expérience subjective (la représentation mentale) que j'en ai : les sensations, les sentiments, et les pensées qui sont associés au contexte de l'instant présent. Ce grand Vide est donc de toute évidence spontanément conscient de tout ce qui s'y trouve. De plus, alors que Tout son contenu change d'un instant à l'autre, la Vacuité d'accueil, elle, demeure inchangée . Combien de fois ai-je pu percevoir qu'il y avait en moi un "quelque chose" qui ne changeait jamais malgré le temps qui passe et les contextes inconstants et capricieux de ma vie ! Malgré tous les changements que mon corps a dû subir depuis sa naissance, malgré toutes les fluctuations de ma vision du monde et de moi-même, paradoxalement j'ai vraiment l'impression d'être toujours le même ! Ce "quelque chose" d'indéfini, d'impalpable, hier, est devenu aujourd'hui pour moi quelque chose de tangible. Ce "quelque chose" est bien réel, ce n'est plus une simple intuition, : c'est l'Espace conscient, anonyme et immuable, que je vois à chaque fois à la place de ma tête. « l'Espace de mon absence de tête ».

Gérard Nannini