Namkhai Norbu est décédé, le 27 septembre 2018.

Il était un des maitres dzogchen les plus importants du 20ème siècle.

Il a apporté, avec d'autres, l'incroyable richesse des enseignements dzogchen en Occident.

Certains maitres tibétains lui ont reproché de donner dirctement accès à la nature de l'esprit, sans exiger auparavant  de la part de ses disciples de passer par des pratiques préliminaires.

Dans le passage que je partage ici, il se justifie contre ses attaques en disant que

-la vie est courte , on n'a pas le temps de se perdre en pratiques superflues

-sans l'introduction à la nature de l'esprit, c'est-à-dire sans réalisation de la vacuité, on  ne retire aucun avantage réel du chemin spirituel

-Garab Dorje, le fondateur du dzogchen, le premier maitre humain, a présenté les choses ainsi : directement, sans pratiques préliminaires.

jlr

 

""Vraiment, dans l'enseignement, nous devrions aller à l'essentiel, sinon il n'y a pas beaucoup d'avantages.

Quand j'ai commencé à donner des enseignements Dzogchen, beaucoup d'enseignants tibétains m'ont critiqué directement ou indirectement en disant que Namkhai Norbu donnait l'enseignement Dzogchen aux étudiants qui n'avaient pas fait le ngöndro (pratiques préliminaires).

Mais cela ne m'inquiète pas parce que je connais l'enseignement du Dzogchen. Garab Dorje a dit que le premier point est l'introduction directe à la nature de l'esprit, qui est la voie principale pour obtenir la réalisation. C'est ce que j'ai déjà expliqué. Ati Guruyoga est une introduction.

Il y a différentes façons de présenter les choses, mais c'est essentiellement ce que j'enseigne. Je ne demande pas aux gens s'ils ont fait des pratiques préliminaires ou non. Je ne les leur apprends pas. Nous savons très bien que notre vie est très courte et nous essayons de faire de notre mieux pour en tirer des avantages.

Je ne suis donc pas inquiet parce que Garab Dorje n'a pas dit de faire les pratiques préliminaires en premier. Puisqu'il était omniscient, il l'aurait dit et aurait fait quatre déclarations si c'était nécessaire ; d'abord les pratiques préliminaires, puis ensuite l'introduction directe."

Namkhai Norbu

 

“Really, in the teaching we should go to the essence otherwise there is not much benefit. When I started to give Dzogchen teachings many Tibetan teachers criticized me directly or indirectly saying that Namkhai Norbu was giving the Dzogchen teaching  to students who had not done the ngöndro. But I’m not worried because I know the Dzogchen teaching. Garab Dorje said that the first point is direct introduction from mind to nature of mind, which is the main path for having realization. This is what I already explained. Ati Guruyoga is an introduction. There are different ways of introducing but essentially I’m teaching that way. I’m not asking people if they did preliminary practices or not. I’m not teaching them. We know very well that we have a very short life and we try to do our best for having some benefit. So I’m not worried because Garab Dorje did not say to do preliminary practices first. Since he was omniscient, he would have said it and would have given four statements if it was necessary; first preliminary practices, then direct introduction.“

 

J'ai édité chez Almora deux livres de cet immense maitre:

Enseignements dzogchen

et

Yantra Yoga.

Enseignements dzogchen est une très bonne introduction aux enseignements de Namkhai Norbu.

Hommage à ce grand maitre.

jlr

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Extraits d'Enseignements Dzogchen

 

"Le même goût

Dans l’enseignement dzogchen, le pratiquant sait que tous les mouvements de l’esprit, et toutes les circonstances, font partie intégrante de sa clarté. Ainsi selon le dzogchen il n’est pas fondamental de transformer le mauvais en bon, parce que dans l’état de contemplation nous sommes véritablement dans l’état où il n’existe pas de différence entre le bon et le mauvais. Dans l’état de contemplation ces opposés ont le « même goût ». Cela est vrai aussi quand le but final du tantra, le mahamudra, est atteint, bon et mauvais ont alors la même saveur, exactement comme dans le dzogchen. On peut voir ainsi qu’il n’est pas fait grand cas dans le dzogchen de la distinction entre vision pure et vision impure. C’est la raison pour laquelle la méthode qui caractérise l’enseignement dzogchen est appelée « autolibération » et non pas « transformation ». Dans le tantra il y a l’idée que quelque chose est transformé en quelque chose d’autre, et ce concept est fondamental pour la pratique tantrique. Pour cette raison, il existe toujours dans l’enseignement tantrique un concept précis de vision pure et de vision impure, et la compréhension de la transformation de la vision impure en vision pure. Cette idée de vision pure et impure est absente dès le début, dans le processus d’apprentissage au sujet du dzogchen. Bien entendu, par l’accumulation infinie de karma,  l’expérience de l’individu est constituée de visions pures et impures. La vision impure apparaît comme une conséquence du karma négatif.

 

L’état naturel

Dans le dzogchen le principal est la connaissance de l’état naturel. Si on a cette compréhension, tout peut être intégré dans cet état. C’est pourquoi on parle toujours d’intégration lorsqu’on pratique le  dzogchen. « Intégration » ne signifie pas mettre deux choses ensemble ou changer les aspects de quelque chose. Tout simplement présents dans l’état lui-même, nous ne faisons absolument rien. C’est la méthode caractéristique de l’enseignement dzogchen et le sens véritable de la clarté. Dans la pratique du dzogchen, il n’est pas nécessaire de s’asseoir les yeux fermés tout en fixant un point unique comme on le pratique dans les soutras. Ce n’est pas le principe. Nous ne considérons pas que la contemplation ou méditation consiste à rester silencieux. Cette attitude appartient à la tradition des soutras, qui s’est beaucoup développée partout. Certains pensent que si quelqu’un s’assoit sans bouger, même avec les yeux fermés, de cette façon il médite. Mieux encore, la personne qui agit ainsi croit également qu’il, ou elle médite.

 De nombreux Occidentaux ressentent un grand intérêt pour l’enseignement tantrique, mais n’aiment pas le pratiquer. De leur point de vue ce n’est pas véritablement la méditation, mais plutôt seulement des psalmodies et des rituels. Ces personnes ne savent pas réellement ce qu’est la contemplation, et considèrent que la méditation c’est seulement être assis en silence, sans bouger. Le véritable sens de méditation ou contemplation, telle que l’a enseigné Bouddha Shakyamouni, est de demeurer dans notre nature véritable. Comment pouvons-nous nous trouver dans cette nature véritable ? Puisque notre nature véritable n’est pas seulement la vacuité, mais qu’elle comprend aussi la clarté et l’énergie, nous devons nous trouver à la fois dans notre énergie et dans notre clarté. Si la nature de notre énergie est le mouvement et non pas le silence, alors comment pouvons-nous être dans cette nature sans bouger ? Pratiquer le dzogchen ne consiste pas seulement à rester silencieux, mais implique aussi bouger, s’intégrer à la clarté et au mouvement de l’énergie. Ainsi il vous est facile de comprendre pourquoi, dans la pratique tantrique, il y a tant de récitations, de chants, de déplacements et autres, parce qu’elle implique l’intégration à l’énergie en mouvement. Parfois trouverez-vous des explications à ce sujet dans les enseignements tantriques, mais généralement, il est seulement appliqué sans être expliqué, bien qu’il soit possible d’en découvrir et d’en comprendre le principe en y réfléchissant. Dans les enseignements dzogchen, ces choses doivent être apprises directement."