Les éditions Almora sont heureux de vous annoncer la sortie d'un nouveau livre au mois de septembre

EXPERIENCE ZEN

de Dumè ANTONI

 

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Dumè ANTONI est né en 1953 en Corse, où il vit à l’année. Il commence à dix-huit ans sa carrière professionnelle en tant que musicien et enseignera le Hatha Yoga, d’après la méthode d’André Van Lysbeth, qui fut son professeur. Il devient bouddhiste en 1977 après sa prise de refuge avec Kalou Rinpoche, et un an plus tard s’inscrit à une première sesshin de Zen rinzaï, au Centre zen du Taillé (Falaise Verte), en Ardèche, sous l’autorité de Taïkan Jyoji. Il décide finalement d’arrêter la pratique du Bouddhisme tibétain – qu’il juge inadaptée à son existence mondaine – et poursuit la double pratique du Hatha Yoga et du Zen rinzaï durant quelques années encore pour finalement se consacrer exclusivement au Zen. Après une carrière d'ingénieur, il prend sa retraite en 2015 et se consacre depuis à l’écriture de romans dans le domaine de l’imaginaire. Suite à une expérience zen décisive en 2010, il ouvre dans la région d’Ajaccio une antenne de Zen rinzaï (le Zendô de la Fontaine) où il reçoit des amis qu’il forme au zazen et avec qui il pratique de manière hebdomadaire. 

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Il n’y a pas de zen sans une expérience décisive, sans satori. Le but du zen n’est pas d’améliorer notre quotidien, de vivre « zen » comme on dit, sous entendant par là une espèce de calme mental, non, il ne vise à rien moins qu’à nous libérer du samsara. Le zen vise à ouvrir son « Œil de l’esprit » et à trouver en soi la nature de bouddha.

Ce livre est à la fois le récit autobiographique d’un chemin d’éveil mais aussi une exposition des principes fondamentaux du zen. Il insiste tout particulièrement sur l’expérience imprévisible et bouleversante du satori et du kensho, et sur la dimension de prajna – la sapience . On y trouvera également des explications claires sur le karma, la pratique de zazen ou la compassion.

Distinguant l’expérience zen d’autres expériences mystiques, Antoni Dumè rappelle que la réalisation de la vacuité est cruciale à l’éveil bouddhique.

Cet ouvrage éclairera le pratiquant du zen afin de lui éviter quelques pièges dans sa pratique quotidienne mais il intéressera aussi des lecteurs non pratiquants et curieux de connaître le zen et plus largement le bouddhisme.

Ce petit livre incandescent vibre de la force de l’éveil des maitres anciens.

 

Extrait :

 

"Le dimanche 13 juin, dernier jour de la sesshin, je fis zazen dans le Zendô avec les autres, comme chaque matin à la même heure. Peu de temps après le coup de claquoir et les quatre coups de clochette qui marquent le début de zazen, je plongeai au coeur de l’esprit. Celui-ci nourrissait depuis longtemps un doute sur sa véritable nature. Il devait exister un « refuge », un  « esprit pur, débarrassé de toutes les choses acquises de l’extérieur, »ainsi que l’affirmait Taitsu ; un esprit « pur » qui n’est pas celui qui réagit aux moindres sollicitations internes ou externes, causes parfois de bonheur, mais aussi et peut-être surtout de souffrances. Ces deux sortes d’esprits (« pur » et « souillé ») sont-elles foncièrement de la même nature ou de natures différentes ? À vrai dire, ces questions n’habitaient pas mon mental durant zazen. Elles étaient là, au tréfonds de la conscience, dans une sorte de « mijotement » imperceptible ; une activité livrée à elle-même, en quelque sorte, et que je laissai de côté pour le moment. 

Puis je vis mon esprit s’ajuster à lui-même, comme s’il se chevauchait parfaitement, et je constatais qu’il n’y avait plus de limites nulle part. Je pouvais atteindre le commencement de l’univers comme n’importe quel point de l’espace tout en restant immobile. Et ce fut alors qu’une pensée traversa clairement ma conscience : « il n’y a pas d’esprit ! » Je me souviens de l’intensité incroyable de cette découverte ; de cette réalisation. C’était comme si un mur immense s’écroulait sous son propre poids et que tout devenait limpide. Puis vinrent le coup de clochette et les deux coups de claquoirs qui marquèrent la fin de zazen. Ces coups résonnèrent en moi, à « l’intérieur » de moi, comme si mon corps emplissait  encore tout l’espace. Et je vis ensuite une sorte de fine couche de peau recouvrir progressivement les formes alentour. Le monde « objectif » reprenait ses droits, en quelque sorte, en le vêtant de ses apparats.

J’étais à ce point bouleversé par ce que je venais de vivre que je me demandai si je n’avais pas eu un monumental makyô. En effet, toutes les traditions, y compris bouddhistes, affirment l’existence de l’esprit ; tout du moins, c’était ce que je pensais jusqu’alors1. Or, je venais de réaliser qu’il n’y a rien de tel ; rien qui soit un esprit. C’était incompréhensible et troublant à la fois en sorte que mon expérience, après zazen, continuait d’occuper mes pensées sans cesse. Cependant, j’étais incapable d’en parler à quiconque.

 Après samu, une séance de « questions-réponses » était prévue à partir de onze heures. Mais je ne pouvais bien sûr pas poser la question qui me troublait tant sur la nature – makyô ou pas ? – de mon expérience zen, car elle était trop personnelle. Je décidai de me contenter d’écouter les questions d’ordre général auxquelles Taitsu répondait sans détour. Mais un moment, quelqu’un posa la question suivante : « Vous avez dit qu’en zazen les cinq sens se taisent, ne sont plus utilisés. Or, certains nous disent qu’au contraire en zazen on est présent à tout, on entend tout, etc. Pouvez-vous nous éclairer sur ce point ? » Taitsu me parut prendre un certain temps pour répondre. Puis il reparla de Hùn Tùn et évoqua un poème écrit par le Maître Daïto Kokushi au moment de son satori. Il prononça exactement les mots suivants : « De ce point où il avait les cinq sens fermés, où il n’y a plus rien, le Maître Daïto Kokushi tout d’un coup réalisa qu’il n’entendait plus la pluie avec ses oreilles, mais il voyait la pluie avec ses oreilles, de la même façon qu’avec ses yeux il pouvait aussi l’entendre. En fait, à cet instant, il avait découvert sa vraie nature et il réalisa que le monde entier, c’était lui. C’est en comprenant que sa vraie nature est vide que l’on réalise que le monde entier et soi, en fait, ne font qu’un. »

En entendant ces paroles – et en particulier la dernière phrase –, ce fut comme si tout s’éclairait d’un seul coup. Ma tension, mes doutes, à propos de l’expérience de l’absence d’esprit que je craignais être un makyô s’effondrèrent d’un seul bloc. Je réalisais que mon expérience s’ajustait parfaitement à cette phrase, qui concluait admirablement ce qui précédait : « C’est en comprenant que sa vraie nature est vide que l’on réalise que le monde entier et soi, en fait, ne font qu’un. » Je savais (comprenais et voyais) pourquoi je pouvais toucher le commencement de l’univers sans avoir à me déplacer. Ce que j’avais pris pour l’absence (ou la disparition) de l’esprit était en réalité sa Vacuité. Et c’est justement cette Vacuité qui permet le prodige d’annihiler les distances et le temps."

Antoni Dume