J'ai animé hier un atelier à Epinal consacré à l'éveil à notre vraie nature.

Et lors de cette journée, Michel Brun, psychanalyste et professeur de yoga, a raconté une anedocte que j'ai trouvée très intéressante. Je lui ai demandé de me l'écrire et de me l'envoyer. La voici.

Michel évoque ici un souvenir d'enfance d'une époque où il se vivait comme transparent et uni au monde. Je pense que nous sommes nombreux à avoir vécu ainsi dans l'Ouvert quand nous étions enfants.Je me souviens très bien de nombreux moments d'ouverture de ce genre.

Le texte de Michel me rappelle le poème de Rilke (8ème Elégie):

"Car dès l'enfance
on nous retourne et nous contraint à voir l'envers,
les apparences, non l'ouvert."

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L’ENFANT SANS TÊTE

"Lorsque j’étais enfant j’étais totalement ouvert sur le monde et immense. En état de découverte permanente. Tout ce sur quoi portait mon regard était une occasion d’étonnement ou d’émerveillement. L’éclat d’un caillou riant dans le soleil, la courbure d’un brin d’herbe ayant renoncé à résister au souffle du vent, la trace luisante d’un escargot en marche vers une improbable destination... Mais il serait inexact de parler de bonheur car c’est un mot exclusivement réservé à l’usage des adultes. À l’âge d’environ cinq ans c’était l’ignorance qui faisait ma force tout en me plongeant dans un abîme d’étrangeté : je ne savais pas vraiment que j’étais moi et j’étais traversé par toutes sortes d’impressions qu’aujourd’hui j’appellerais des « sentiments ».

Un jour je découvris, entre autres nouveautés, quelque chose comme de la peur. Traverser une rue ne posait pas de problème pour le petit bout d’homme que j’étais. En revanche, y croiser ceux qui étaient censés être mes semblables déclenchait en moi un profond malaise . Tous les gens avaient une tête, une sorte de chose bizarre et vaguement menaçante juchée sur leurs épaules, alors que moi je n’en n’avais pas. Je vivais ma vie d’enfant depuis une forme de transparence, de porosité, qui me rendait consubstantiel au monde. Seule la vue des humains venait troubler mon petit paradis. Mon absence de tête était mon trésor, mon originalité. J’étais à la fois enfant de la terre et des nuages.

Mais le temps fit son œuvre . Et quelques années plus tard en gagnant une tête, je perdis un monde comme l’a dit, je crois, Douglas Harding. Toute ma vie fut ensuite hantée par une nostalgie de la transparence jusqu’au moment béni où je réalisai que si je n’étais rien je pouvais être tout, sans avoir jamais rien lu à ce sujet. Et aujourd’hui l’enfant est ressuscité car les cailloux brillent à nouveau dans mon cœur."

Michel Brun.

 

 

Michel Brun est aussi l'auteur d'un livre : Dieu, encore ? Jalons pour une théologie négative contemporaine

dieu encore