L’éveil nous fait expérimenter la Présence absolue ou l’état au-delà de l’ego.

Mais voir une fois cette dimension transcendante de la conscience ne suffit pas ; ensuite il convient de stabiliser cette expérience jusqu’à ce qu’elle devienne naturelle. Il n’y aura aucun progrès dans la vision elle-même, puisque la pure conscience est au-delà du temps, mais il y en aura un dans sa stabilisation. Quand la dualité du sujet et de l’objet nous ressaisit et nous replonge dans le mode de vie séparée et limitée, la pratique de l’éveil consiste à se dégager de cette dualité pour retrouver la clarté de l’évidence de la conscience. Au fond, il s’agit de cesser de résister à l’évidence, il s’agit de cesser de prétendre être un individu.

Être quelqu’un demande un véritable effort de tous les instants et une grande dépense d’énergie. Ce personnage est le produit d’une crispation, comme un poing que nous tenons serré.

Nous maintenons à bout de bras un personnage fictif que nous construisons avec nos mémoires et nos attentes et qui voile l’ouverture de la conscience. Comme cette ouverture est absolument évidente et imparable, ne pas la remarquer exige de notre part un travail énorme de distraction, d’inattention.

Il n’est pas étonnant dès lors que nous soyons heureux d’aller nous coucher le soir : nous pouvons enfin déposer nos masques et nos défenses et nous reposer dans la Présence.

Mais il ne tient qu’à nous de relâcher la main, et de nous détendre dans la grande vacance de la Présence, maintenant.

José Le Roy