Voici un extrait d'un livre d'Alain Sainte-Marie, grand connaisseur de la mystique chrétienne.

Avec une préface de Michel Hulin. Sorti en 2016.

Ce passage est intéressant parce qu'il montre que l'expérience d'éveil est à la fois une expérience de vacuité et de présence.

Certains courants spirituels mettent l'accent sur la vacuité (bouddhisme) d'autres sur la Présence (Vedanta), mais en réalité l'absolu est une vacuité-présence, un Rien qui est Tout, une non-chose-toutes-choses.

jlr

 

le flux de la vie

« Jusqu’à ce jour, par un remarquable travail de traduction de textes de mystiques avec lesquels il est manifestement en résonance, Alain Sainte-Marie a assumé un rôle de véritable passeur.
Aujourd’hui, avec Le Flux de la vie, il offre à travers cette suite de réflexions philosophiques et ontologiques, sous forme d’aphorismes, le témoignage de l’être ancré dans la non-dualité, miroir pour ainsi dire à double face, qui laisse jaillir sous nos yeux de lecteurs le vibrant paradoxe de la vie, et trace à chaque instant le chemin toujours neuf vers la connaissance de soi.
Loin d’être exclu de ce “chemin sans chemin”, l’autre y est l’ami et compagnon indispensable qui nous révèle à nous-même nous aidant à nous défaire des griffes de l’ego, qui nous entrave et nous réduit, libérant et restaurant ainsi l’Être, le témoin que nous sommes, dans le flux de la vie. »

Marie Charlotte Grandry

 extrait du chapitre 3

"1. Le flux est l’être dans la concrétude de son avènement.

2. En tant que connaissance indifférenciée et naissance différenciée de l’être en flux, le témoin est essentiellement vacuité de présence. Il est l’origine sans cause qui englobe toutes les spontanéités.

3. Par vacuité de présence, j’entends l’essence de la conscience et du témoin dans la visée de l’être, c’est-à-dire l’absolue plénitude.

4. La conscience est le dynamisme qui préside aux diverses manifestions de la vie consciente. Réciproquement, les faits de conscience sont l’expression de ce dynamisme. La conscience est donc spontanément connue dans ses mani­festations, comme lumière réfractée. C’est cela qui la différencie d’un simple miroir. Mais elle est également connue en tant que telle quand elle se saisit elle-même par un acte réflexe à l’occasion de la saisie d’un objet (une impres­sion, une idée, une impulsion). C’est à cette occasion-là qu’apparaît le témoin.

5. De même que la source est à la fois béance d’où l’eau jaillit et eau jaillis­sante, de même la vacuité de la conscience fait un avec le témoin dans le flux de la manifestation.

6. La vacuité est l’essence de la présence, de même que la présence est le signe de la vacuité, sa plénitude. Toutes deux sont un même absolu.

7. Présence et vacuité sont simultanément transcendante et immanente l’une à l’autre. Chacune est elle-même tout en étant l’autre.

8. L’absolu est le dynamisme des processus en acte. Tous les moyens lui sont ordonnés et sont donnés avec lui. C’est pourquoi nous finissons par trouver nécessairement ce que nous cherchons, si nous employons les moyens ordon­nés à cette fin.

9. Le témoin (vacuité) et le flux (présence) sont les deux modes (connaissance et naissance) par lesquels nous connaissons l’absolu en y participant, car l’ab­solu conçoit mais n’est pas conçu : il est connaissance participée.

10. L’esprit dualiste connaît l’être tantôt comme plénitude, tantôt comme va­cuité. Mais dans l’expérience de l’absolu, présence et vacuité sont données simultanément comme unique réel.

11. La présence et la vacuité peuvent être vues comme le dehors et le dedans de l’être.

12. Le changement est alors perçu dans la présence, où rien n’est inerte ; l’immutabilité réside dans la vacuité, qui est la condition du changement.

13. Quand la conscience se connaît dans le témoin, la connaissance de la causalité et, avec elle, le changement, est, en quelque sorte, abolie dans la vision unifiée de l’absolu."

Alain Sainte-Marie