L'autre jour j'ai animé un atelier avec une vingtaine de personnes sur l'éveil à soi.

Dans cet atelier, il s'agit de quitter la périphérie de nos identifications (corps, personnage social, pensées...) pour revenir "à la maison", pour revenir au centre.

Il s'agit d'aller des apparences périphériques à la réalité centrale.

Et quand on revient au centre de soi-même, celui-ci explose à l'infini. On découvre alors qu'il n'y a en fait pas de centre, mais que nous sommes une vacuité sans limite, sphère de conscience sans périphérie ni foyer central.

Ce basculement de conscience nous invite à changer de point de vue sur soi et sur le monde.

C'est un bouleversement immense, incroyable.

Car en général nous sommes ancrés dans notre individualité, ce que Douglas Harding appelait "le petit", nous sommes identifiés à notre moi individuel (son corps, ses croyances, son statut social etc.). Nous vivons en nous prenant pour lui.

Or, avec la découverte de la vacuité, c'est un peu comme si on enlevait le tapis de dessous nos pieds ce qui peut donner l'impression de ne plus avoir rien à quoi se tenir.

Chungyam Trunpa comparait l'éveil à un saut dans l'espace , il disait ceci :

"La mauvaise nouvelle, c'est que vous êtes en train de tomber dans le vide,
Il n'y a rien à quoi vous raccrocher, pas de parachute.

La bonne nouvelle, c'est qu'il n'y a pas de sol".

Et je rajouterai même qu'en réalité personne ne plonge dans l'espace : il n'y a que l'espace.

Dès lors des doutes, voire des angoisses peuvent se lever :

Si je suis l'espace vide, sur quoi m'appuyer ?

Sur quoi vais-je baser mon être ?

Qu'y a-t-il de solide dans mon existence?

En découvrant cet espace ouvert, c'est exact, il peut y avoir dans un premier temps une perte de repères, voire un vertige, devant l'incapacité où nous sommes de retrouver notre ancien moi. Maintenant, il n'y a plus d'observateur au centre de la perception !

Mais rapidement, on retrouve une stabilité nouvelle et beaucoup plus solide qu'avant.

Le petit moi n'est pas fiable : il change sans cesse, il vieillit, il meurt et il n'a pas de substance.

Paradoxalement, l'espace, lui, est ferme. Parce qu'il est la Présence; il est Tout ce qui est.

Il est permanent, inconditionné, parfait, immuable.

Reconnaitre cette Présence, c'est trouver le seul Réel sur lequel on puisse vivre en toute sécurité.

Solide comme une montagne.

Vaste comme l'espace.

Sans doute, faut-il accepter de faire confiance à la Présence : oser ce saut dans l'inconnu, dans le sans limite.

Oser ce voyage au grand large.

Mais d'ailleurs on a le droit aussi d'y aller petit à petit.

Avant de se jeter dans la piscine, on peut y tremper son pied, ou commencer par le petit bain.

La méditation est une manière de se familiariser avec l'espace, avec la présence, petit à petit à son rythme.

Jusqu'au moment où on se sent prêt pour le voyage inouï de l'immensité.

jlr

arunachala