Un ami vient de me faire parvenir un beau témoignage sur sa lecture d'un livre de Douglas harding.

J'aime particulièrement le rêve qu'il fit juste après la lecture.

merci à P. L.

jlr

 

"Cette participante n’imaginait peut-être pas, et moi encore moins, que le don qu’elle me faisait de son livre changerait radicalement ma manière de voir le monde et de m’identifier, changement complet mais seulement près de quarante ans plus tard. Malgré mes tentatives récentes je n'ai jamais pu retrouver cette personne pour la remercier et lui exprimer ma gratitude.

 

Le livre qu'elle venait de finir contenait ce qui a provoqué un bouleversement récent, rapide, direct et abrupt dans ma recherche du Soi. Muni d’une étrange couverture violette montrant de dos un homme assis regardant son visage dans un miroir tenu devant lui dans ses mains, miroir et reflet que j'ai pris à l’époque pour un masque de théâtre, ce livre portait un titre original qui m’intriguait : Vivre sans Tête d’un certain Douglas Harding. Sans tête et avec masque, je ne sais pourquoi, mais c’était pour moi forcément un livre sur le théâtre. 

vst

 

 

À l’époque, milieu des années 70, mes deux partenaires et moi animions des séminaires intitulés Alpha de Dynamique Mentale, version « new age » californienne de l’ancien nidra yoga ou yoga du sommeil éveillé. C’était un séminaire d’entraînement à l’auto hypnose, proche de la sophrologie, matiné d'expériences de parapsychologie, qui remportait un grand succès ces années-là. Ma donatrice participante, Jocelyne R., m’a donc fait avec ce livre un immense cadeau à la fin de la dernière journée d’un ces ateliers. J’étais déjà depuis quelque temps en recherche spirituelle, faisant suite à des années de psychanalyse et de travail d’évolution personnelle en groupes psy divers et variés. Cela comprenait dès lors yoga, gourou, sanscrit, ashrams en Inde et aux USA, avec toute l’exotique et respectable quincaillerie accessoire. Je cherchais à étancher ma soif de l’essentiel, le Soi disait-on dans l’enseignement que je recevais.

 

Quelques semaines après ce séminaire j’entame le livre sur le théâtre. Après une trentaine de pages j’en abandonne la lecture me disant que cela n’avait rien à voir avec le théâtre et que ce n’était pas du tout ce que je croyais. Je le range sur un étagère puis direction grenier au milieu de tous les autres ouvrages déjà lus ou abandonnés en route.

 

Près de 35 ans plus tard nous déménageons de notre maison de banlieue pour un appartement parisien avec moins de place, m’obligeant à me séparer d’une bonne partie de ma bibliothèque. Je décide de donner tout ce que je ne garderai pas. A cet effet je passe deux jours dans la poussière du grenier et des livres pour établir la liste de ce dont j’allais me séparer et la communiquer à mon réseau d’amis. Rapide coup d’oeuil sur 1ère et 4ème de couverture de quelques milliers de livres avec en tête la question «Le relirai-je ou pas ? ». Si c’est non il passe sur la liste des bouquins à donner, soit plus des trois quarts en fin de course. Le deuxième jour je tombe sur le livre sur le théâtre dont je reconnais immédiatement l’étrange couverture et une page blanche pour la 4ème. Je l’ouvre, lit le sommaire. « Mais ça n’a rien à voir avec le théâtre », en tous cas pas celui auquel je pensais à l’époque. « Cela peut m’intéresser, c’est le témoignage d’un chercheur spirituel donc je le garde. J’ai envie de le lire. »

 

Une fois installé dans notre nouveau logis, je décide enfin de l’ouvrir il y a deux ans, en 2016. Je m’étais désormais éloigné de ma recherche depuis quelques année de la pratique au long cours, assidue, et indisciplinée en même temps, des yoga, mantras, méditations, bougies, encens, retraites, prières, silences, lectures etc. En bref, un peu déçu et parfois désabusé je me disais en dépit de très belles expériences ponctuelles et d’une réelle confiance dans le témoignage et l’enseignement reçu de maîtres vénérés qu’en gros l’éveil, la réalisation, l’illumination, le satori, la libération quelque soit le nom qu’on donne à l’expérience vécue sans retour du Soi, eh bien ce n’était pas pour moi en cette vie et que ce serait pour une prochaine fois s’il y en a.

 

Première soirée de lecture :passionnant. Le lendemain je termine la deuxième pa rtie dans mon lit avant de m’endormir, en faisant tranquillement les exercices proposés à la fin, puis je m’endors, comme toujours, très rapidement. C’est un rêve puissant qui a tout déclenché cette nuit-là. Je m’élève lentement comme une fusée vers le ciel sans limite, dans nuit éternelle avec étoiles et galaxies qui défilent de plus en plus vite, l’éloignement de ma base, la terre, augmente sans cesse, l’espace qui m’entoure devient infini, il règne un noir lumineux dans cet illimité éternel et sans horizon, je vois que c’est sans retour possible, je suis largué dans l’infini comme un cosmonaute abandonné, le temps s’évanouit et je commence à me dissoudre dans cette immensité, à me sentir disparaitre, à ne plus être, à devenir rien, absence de quoique ce soit. Brutalement je deviens immense peur, panique, anéanti d’angoisse, tellement terrorisé que cela me réveille brutalement. Quelques secondes pour réaliser que je ne suis pas mort, ce n’est pas encore pour cette fois, soulagé de retrouver les sensations de mon corps, mais quand même sacrement secoué par l’expérience.

 

Le soir même je parle de ma lecture et de ce rêve à ma partenaire de focusing qui m’informe de l’existence à Paris d’un jeune professeur de philosophie grand ami de Douglas Harding qui deux vendredis par mois ouvre gracieusement chez lui un atelier de Vision sans Tête depuis plus de 20 ans. Une deuxième bienfaitrice après celle du cadeau du livre. Avec lui, José Le Roy, je pourrai refaire les expériences proposées dans le livre mais cette fois éveillé et accompagné, et éventuellement comprendre.

 

J’appelle, rendez-vous est pris, je m’assieds parmi une dizaine personnes et dès le premier exercice je vis de façon limpide, immédiate, sans aucun doute ni retour en arrière possible l’expérience que je recherchais sans la connaître depuis plus de la moitié de ma vie : l’accès instantané à ce qui contient tout, d’où tout émerge, où quand mon petit je commence à devenir encombrant il peut et sait comment s’immerger ou disparaître en se dissolvant dans sa source,

dans ce dont il émane, sa matrice, l’indescriptible infini éternel. Cette fois c’est sans peur, c’est lumineux et empreint d’une sorte de ravissement calme et paisible sans aucune cause extérieure à soi. Instantanément je comprends que c’est cela le Soi.

 

La merveille par rapport aux pratiques dites progressives pratiquées si longtemps, c’est d’être certain de Cela, de découvrir sa permanence, d’en détenir l’accès à volonté, et pour moi la fin d’une recherche parfois fastidieuse et décevante de ce qui avait toujours été là sans le voir ni le savoir. Maintenant je le sais par expérience vécue qu’il m’est impossible de contester. Je découvre peu à peu que c’est aussi une voie de bienfaits permanents dans la vie incarnée en y prêtant simplement attention. Ma pratique est donc devenue y faire attention un peu, souvent, partout, sans cérémonie, ni complication rituelle inutile. Un délice dont les effets bénéfiques diffusent continûment dans ma vie concrète, au bénéfice aussi de ceux qui m’entourent, me dit-on. Merci à tous ceux cités qui ont balisé ce chemin imprévu me permettant d’aboutir enfin à ce qui est un bien entendu un commencement.

 

P. L.

Le 02 mars 2018