Voici un témoignage sur l'éveil d'Adyashanti, intéressant (quoiqu'un peu dramatique peut-être)

Adyashanti

 

"Imaginez que vous vous arrêtez pour vous asseoir sur un banc dans le parc. Alors que vous vous asseyez, tout s'arrête, complètement. Votre mental est tellement calme et immobile que vous pouvez entendre les particules de poussière qui flottent dans l'air. Tout à coup, vous tombez, encore et encore. Il n'y a pas de sol au-dessous ou de ciel au­-dessus de votre tête, rien qu'un silence écrasant et fra­cassant, qui déferle de plus en plus rapidement. Vous réalisez soudain que cela va vous tuer, arracher vos membres un à un et réduire vos poumons en poussière. Il n'existe aucune échappatoire, aucun moyen possible de survivre. Et vous faites donc la seule chose qu'il vous reste à faire.

Vous abandonnez.

Tout s'efface et se vide, tout devient plus dépouillé que l'espace sans limites.

Non soumis à la vie ou à la mort, vous disparaissez de (ou serait-ce dans ?) l'existence. Il n'existe, il n'a jamais existé ou il ne pourrait exister que l'intempo­ralité. L’éternité règne en maître et est intensément présente dans chaque particule de l'être.

Quelque chose qui ne connaît ni la naissance ni la mort s'anime et ouvre les yeux - vos yeux. Vous ou cet être êtes toujours assis sur le banc du parc. Il est souriant, rayonnant et comblé. Une petite fille passe à côté en rollers. Le soleil scintille à travers les feuilles de tremble tandis qu'un vieil homme fume sa pipe sur un pont traversant une rivière qui alimente un étang rempli de poissons rouges. Partout où vous regardez, vous trouvez la vacuité. Chaque « chose » est un voile, un linceul dissimulant l'Infini. Rien n'est comme il semble être, et tout est exactement comme il doit être. En quelque sorte parfait dans tout ce chaos apparent, l'Infini prévaut. Vous savez avec une précision infaillible qu'il n'existe rien d'autre - rien qui ne puisse être séparé de cette vacuité immense et absolue, ce Potentiel pur et illimité, cette Infinité sans fondement ni forme.

Vous repensez à votre vie et réalisez que tout ce qui est jamais arrivé ou pourrait jamais arriver, de la naissance à toutes les péripéties de cette vie éphémère, jusqu'à la réalisation étrange de l'éveil spirituel et à cet instant précis vécu hors du temps, constituait et constitue la représentation temporaire - un écho, en réalité - du potentiel illimité de l'Éternité pénétrant, et quittant, l'existence.

 

Une vieille amie vous trouve assis sur le banc dans le parc. Elle s'assied à vos côtés et vous demande :

« Alors, quelles nouvelles ? »

Vous l’appréciez comme des amis peuvent le faire, mais que pouvez-vous dire La voix vous manque encore, et vous êtes aussi calme à l'intérieur qu'un mort. Elle ne le sait pas, mais vous vous trouvez dans deux mondes différents, qui se rejoignent étrangement ici sur ce banc. Comment franchir l'Infini pour communiquer avec elle ? Pendant un moment, vous vous efforcez de trouver en vous les mots avec lesquels lui répondre. Vous marquez une pause silencieuse - lit-elle en vous? Soupçonne-t-elle que quelque chose a changé ? Une brise rafraîchissante caresse votre visage et l'univers sourit en vous.

« Oh, rien en fait, lui répondez-vous. Absolument rien ».

Adyashanti, La voie de la délivrance, Ed. Macro, 2017

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