"Jacques Bertot (1620-1681) fut confesseur du couvent des bénédictines de Caen fondé par la sœur de Monsieur de Bernières, puis confesseur du couvent de Montmartre à Paris. Son rayonnement déborda sur un cercle laïc, animé par la suite par Madame Guyon.

Les écrits de « Monsieur Bertot » furent publiés anonymement à des dates très espacées et furent associés au quiétisme, deux raisons qui expliquent que ces écrits, comparables aux plus grands textes de direction, soient restés méconnus. Ils furent rédigés sans concession par ce Directeur Mystique (tel est le titre de la partie principale du corpus, publiée en 1726). Ils sont remarquables par la précision apportée aux descriptions du vécu spirituel à tous niveaux et par de profonds exposés des degrés d’oraison". D. Tronc

bertot


"Et dans cet état d'anéantissement de la vie intérieure il ne paraît plus à l’âme ni haut ni bas, ne se trouvant aucune distinction ni différence entre le fond et les puissances, tout étant réduit dans l’unité, simplicité et uniformité, et comme une chose sans distinction ni différence aucune. D’où vient que quelques uns appellent aussi cet état, état d’unité et de simplicité.

Mais dans la dernière consommation de cet état, il ne paraît plus dans l’âme ni unité ni simplicité, tout cela étant comme perdu et anéanti. Et bien plus, elle n’a plus de chez soi, c’est-à-dire elle n’a plus d’intérieur, n’étant plus retirée, ramassée, recueillie et concentrée au-dedans d’elle-même; mais elle est et se trouve au-dehors dans la grande nudité et pauvreté d’esprit dont je viens de parler, comme si elle était dans la nature et dans le vide. D’où vient qu’elle ne sait si elle est en Dieu ou en sa nature.

Elle n’est pourtant pas dans la nature ni dans le vide réel, mais elle est en Dieu qui la remplit tout de Lui-même, mais d’une manière très nue et très simple, et si simple que Sa présence ne lui est ni sensible ni perceptible, ne paraissant rien dans tout son intérieur qu’une capacité très vaste et très étendue".

Jacques Bertot, Directeur Mystique, Editions du Carmel, 2005.