Une amie très chère m'a envoyé ce message ce matin, et je le partage avec vous

 

"Ce matin, je me suis levée avant ma petite famille ;
je flottais encore gentiment dans un demi-sommeil.
Mon fils m'a rejoint quelques minutes après,
et je l'ai entendu me dire aussitôt en entrant dans la cuisine :
"Maman, est-ce que...?"
Et là - c'est la première fois que ça m'arrive- , j'ai été saisie en entendant "maman".
J'ai cherché une demi-seconde où pouvait se trouver cette personne et me suis souvenue que ça pouvait être moi!
Ce mot m'a aussitôt ramenée à cette identité, ce corps, cette relation parent-enfant.
Quelques secondes auparavant je n'étais personne, personne!
J'ai trouvé ça très troublant."

reveil

Le matin, quand nous sortons du sommeil profond, nous n'avons pas encore revêtu le costume étroit de la personne (être maman, papa, salarié, homme, femme, chrétien, musulman...). Il y a là un intervalle précieux, une ouverture vers l'Être profond, au-delà des masques du personnage.
Et là  nous ne sommes personne mais pur Être, pure conscience, JE absolu, vide.
Nous pouvons garder cette lucidité dans la journée; nous pouvons jouer tous ces rôles en restant conscient de la vacuité en arrière-plan.
Ce qu'a vécu mon amie me fait souvenir d'entretiens de Jean Klein où il évoquait ce moment du réveil :

"Si, le matin, vous ne vous précipitez pas dans un réveil corporel et mental, vous avez ce pressentiment intense de la vérité. Pendant cette courte période, vous n’êtes pas encore totalement sur les rails du conditionnement, et il est très important de se donner pleinement à cet instant. Si vous vous consacrez à cette méditation chaque matin, sans intégrer immédiatement toutes vos facultés, votre personnalité, vous ressentirez dans la journée cet appel en arrière-plan. C’est un émerveillement, mais surtout, ne cherchez pas à l’enfermer dans un concept, à le formuler, à l’expliquer."

Jean Klein, Etre, Ed. Almora

"Regardez attentivement le processus habituel, courant, se dérouler. La pensée, l’agitation surgissent, et c’est chaque fois au niveau du moi, de la personne. Constatez-le. Par contre si vous gardez le matin la fraîcheur du sommeil profond sans rêves, toute votre matinée sera encore teintée par cette expérience. Alors, le moi n’y a pas sa place, on vit dans cette plénitude ! On cire ses souliers, on fait son lit, on se coiffe, personne n’exécute cela, il n’y a que « faire son lit, cirer ses souliers ». Alors, vous vous « savez », non de la même manière que vous « savez » cette chaise, vous savez ce que vous êtes, toute la fraîcheur du sommeil profond vous accompagne.

          Malheureusement, à ce moment-là, vous vous identifiez immédiatement à l’entité que vous représentez : que dois-je faire aujourd’hui ? Téléphoner, écrire, gagner de l’argent, cirer mes souliers… Tout ça crée une émotivité, comme nous le remarquons à l’instant, et vous isole de votre vrai vous-même."

Jean Klein, La joie sans objet, Ed. Almora