Un article de Richard Lang, traduit par Catherine Harding

 

 

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Richard Lang

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Catherine Harding

 

"Quelle est la finalité d’un gourou ou enseignant spirituel? Je présume qu’un enseignant spirituel authentique est conscient de ce qu’il ou elle est vraiment - le Soi, la Conscience intérieure Universelle, l’Esprit, Dieu, le,Vide, ou quel que soit le nom que vous voulez lui donner. Je présumerai aussi que le but de l’enseignant est de s’assurer que ses étudiants prennent eux aussi conscience de qui ils ou elles sont vraiment, le plus vite possible.

 

Le schéma n°1 représente la relation entre l’enseignant et les étudiants avant qu’ils aient pris conscience de leur Véritable Soi. Il montre que l’enseignant a quelque chose que les  étudiants n’ont pas. Ils comptent sur l’enseignant pour les aider à atteindre leur but qui est l’Illumination. Evidemment, leur attention est concentrée sur le professeur puisqu’ils cherchent à apprendre de lui ou d’elle plutôt que les uns des autres. C’est une structure hiérarchique. De par sa nature, la relation enseignant-étudiants n’est pas égale. La structure est centrée sur un seul point.

 

 

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 Schéma n°1

 Le schéma n°2 représente la relation entre enseignant et étudiants après qu’ils aient vu qui ils sont vraiment.

 

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 Schéma n°2

On ne peut plus distinguer l’ancien enseignant des anciens étudiants puisqu’ils ont tous maintenant la même conscience de leur Véritable Soi. C’est une relation d’égal à égal. Elle n’est pas hiérarchique, elle a de multiples centres. Chaque personne est consciente qu’il ou elle est l’UN et que tous les autres le sont également. N’importe qui et tous sont vos enseignants puisque vous reconnaissez que chaque personne est une expression unique de l’UN. Et maintenant, non seulement les anciens étudiants ont atteint leur but, mais l’ancien enseignant aussi, car je présume que son intention était de vivre dans une société où tous les êtres sont conscients de leur véritable nature. A mon avis, le rôle d’un enseignant se limite à guider les gens vers le Soi. Une fois qu’il ou elle a réussi, son travail est terminé et il ou elle peut abandonner ce rôle - et participer à la fête ! La relation a évolué d’enseignant-étudiant à ami-ami. Quel schéma, et donc quelle communauté, semble avoir le plus d’énergie ? Il semble évident qu’une communauté non-hiérarchique, à centres multiples, est plus dynamique, et plus équilibrée et stable. Elle est plus propice à l’interaction créatrice entre ses membres, et donc à l’épanouissement personnel de chaque membre.

 

Je suis parfois dans le rôle de l’enseignant spirituel parce que j’anime des ateliers de Vision Sans Tête. Je guide les gens vers leur Véritable Nature en utilisant les « expériences » que propose cette voie. Avant d’introduire les gens aux expériences, dans un certain sens j’ai quelque chose qu’ils n’ont pas. Je suis conscient de mon Véritable Soi et eux pas. Mais cette situation est extrêmement temporaire car il faut à peine une minute pour montrer à quelqu’un son Véritable Soi. Tel est le pouvoir des expériences. Elles sont efficaces et rapides. Par exemple désignez du doigt votre propre visage. Le voyez-vous là ? Bien sûr que non. Que voyez-vous à la place? Le monde ? Ceci est l’expérience de votre Véritable Soi. Regardez quelqu’un d’autre. Etes-vous face-à-face ou face-à-non-face avec cette personne ? Face-à-non-face, bien sûr. C’est ça. Nous échangeons les visages. Je suis en vous et vous êtes en moi ! Quand vous tournez sur vous-même, est-ce que vous tournez ou c’est le monde qui tourne ? Là vous voyez que vous êtes le centre immuable du monde qui tourne ! Dès l’instant que vous voyez, tout le monde est égal dans l’atelier puisque chacun a désormais accès à volonté à son Véritable Soi. Il n’y a rien de plus à voir, rien de plus à trouver. Vous êtes « à la Maison ». Félicitations !

 

Evidemment, comme cette façon de vous voir vous-même est totalement différente de la façon sociale conventionnelle de vous voir, les gens qui viennent de prendre conscience de leur Véritable Nature vont sans doute avoir des questions et des doutes. Dans un atelier de la Vision Sans Tête, l’ex-enseignant - qui a maintenant changé de rôle pour celui de facilitateur de groupe - est probablement en mesure de répondre à ces doutes et questions. Parce qu’il ou elle vit l’expérience de la Vision et y a réfléchi. Mais le facilitateur va répondre en tant que quelqu’un qui n’est pas différent des autres au Centre. Voir qui vous êtes vraiment c’est voir que vous êtes essentiellement rien. Une personne ne peut pas faire l’expérience de Rien plus clairement ou profondément qu’une autre. Ce n’est plus l’enseignant qui apporte de l’aide, mais un ami, un égal, pas quelqu’un qui a quelque chose d’essentiel que les autres n’ont pas. Et assez souvent, un nouveau venu à la Vision répondra mieux que le facilitateur à un doute ou une question. En fait, une fois que la Vision a été partagée, il est clair que chacun est à la fois débutant et expert. Au Centre, comme vous n’êtes Rien, vous n’accumulez jamais aucune connaissance, ne gagnez aucun statut. Chaque fois que vous voyez cette Vacuité sans visage, vous voyez que vous ne savez rien, n’avez rien, n’êtes rien. Pourtant, paradoxalement Ceci est la seule chose que vous sachiez réellement, la seule chose que vous ayez réellement, la seule chose que vous soyez réellement. Votre Véritable Soi est la seule ‘chose’ qui vous est vraiment familière, avec laquelle vous êtes vraiment intime, à laquelle vous pouvez vraiment faire confiance et dont vous pouvez parler avec autorité.

 

Parfois les gens passent du temps en présence d’un enseignant à cause de son ‘darshan’. Ceci est un terme indien indiquant que la conscience du Soi de l’enseignant déteint sur les autres. L’enseignant transmet sa Vision à l’étudiant non-verbalement. Dans un sens, c’est une transaction à sens unique. L’enseignant diffuse le Soi, l’étudiant reçoit. Quand je vois qui je suis vraiment, je transmets aux autres mon Ouverture Sans Visage. Si je suis avec quelqu’un qui n’a pas conscience de son Véritable Soi sans visage, il n’est guère surprenant que cette personne perçoive mon Ouverture d’une certaine façon. Vous ne pouvez pas la garder pour vous-même. Mais que se passe-t-il dans une communauté où chacun est conscient d’être sans visage, d’être espace d’accueil pour l’autre ? Là, vous êtes sans cesse renvoyé, par tout le monde et de tous côtés, à votre Véritable Nature sans visage. Ici, chacun donne et reçoit le ‘darshan’. Ce ‘darshan’ est devenu un virus ! Il est très contagieux.

 

Avant d’avoir fait l’expérience du Soi, il n’est pas rare d’imaginer que la connaissance du Soi nécessite une compréhension particulière, ou exige que l’on ressente et se comporte d’une certaine manière. Mais lorsqu’on fait l’expérience du Soi on réalise que c’est une expérience non-verbale, non-conceptuelle, non-émotionnelle, qui n’est liée à aucune compréhension, aucune émotion ni aucun comportement particulier. Dans une communauté de gens qui Voient, cette expérience du Silence partagé, du Non-mental, de la Neutralité fondamentale et de la Non-action engendre la compréhension qu’il n’y a pas une seule voie juste de penser ou ressentir le Soi. La réponse de chaque personne est unique et valable. A mesure que la communauté d’amis qui Voient murit, il se forme petit à petit entre eux un mode de relation non-dogmatique, tolérant,  plein d’empathie et d’amour. Il peut subsister (il subsistera) des tensions et désaccords - ce n’est pas une recette pour Utopia - mais du moment que vous Voyez, vous voyez qu’il n’y a pas de tensions ni de désaccords au Centre. Cette conscience qu’au Centre il n’y a aucun sujet de désaccord, que vous êtes vide pour l’autre, que vous êtes l’autre, fait toute la différence quand des désaccords surgissent au niveau humain.

 

Je crois qu’il y a une bonne chance qu’émerge une société mondiale de personnes qui Voient, que nous évoluions vers une sorte de société où la conscience de qui nous sommes vraiment sera la norme, et non l’exception. Cela n’a pas encore existé. Nous avons beaucoup à apprendre. Nous vivons une époque fascinante. Il est vrai qu’en tant qu’espèce nous évoluons de la conscience du petit moi à la conscience du Soi, tout en conservant une saine conscience de notre moi individuel séparé. Alors, les enseignants spirituels vont de plus en plus se retrouver à Pôle-Emploi simplement parce qu’ils ont fini leur travail ! Puissent tous les enseignants spirituels perdre leur boulot aussi vite que possible et rejoindre la fête des amis qui Voient ! Nous jouons de la belle musique !"

Richard Lang