Yongey Mingyour Rinpoche evoque ici son père, le grand maitre dzogchen Tulkou Ourgyen.

jlr

 

galets

 

"J'ai demandé un jour à mon père (Tulkou Ourgyen) : << Quand j'aurai accédé à l'Illumination, est-ce que je me souviendrai encore de moi ? De celui que j'étais ?»

Mon père accueillait souvent mes questions par un rire affectueux, mais cette réflexion-là l'a particulièrement amusé. Il m'a expliqué qu'accéder à l'Illumination et être possédé par un esprit étaient deux choses bien différentes. Il existe dans la culture tibétaine une tradition d'oracles, des indivi­dus possédés par des esprits et faisant des prédictions et des prophéties. Lorsque cela leur arrive, ils oublient leur person­nalité antérieure pour devenir quelqu'un d'autre; ils tournent sur eux-mêmes et tombent comme des ivrognes pris de folie. Ce jour-là, pour imiter leur comportement insensé, mon père s'est mis à agiter les bras, à lever un genou, puis l'autre, et à danser en rond.

Soudain, il s'est arrêté et m'a dit : << Ce n'est pas comme ça. L'Éveil tient plus de la découverte de toi-même.»

Mettant ses mains en coupe, il a poursuivi :

<< Si tu as une poignée de diamants mais que tu ne sais pas ce que c'est, tu les traiteras comme des galets. Lorsque tu auras reconnu que ce sont des diamants, tu pourras exploiter leurs précieuses qualités. Devenir un bouddha, c'est comme décou­vrir un diamant dans ta main. Tu te découvres toi-même, tu ne te débarrasses pas de toi-mêrne.»

Mingyour Rinpoche

De la confusion à la clarté, Ed. fayard

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