Nouveau livre chez Almora à paraitre en mai.


Le bouddhisme tibétain :

origines, histoire, philosophies et écoles

de Serge Zaludkowski

 

Tout ce que vous avez voulu connaitre sur le bouddhisme tibétain sans savoir à qui le demander : enfin !

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Extrait

Atiyoga / Dzogchen (la grande perfection)

 

Dans le dzogchen, aucune importance n’est donnée aux opinions et convictions philosophiques. La façon de voir dans le dzogchen n’est pas basée sur un savoir intellectuel, mais sur la conscience de sa véritable condition d’individu.

 - Chögyal Namkhai Norbu -

 

L’ati-yoga ou dzogchen (la grande perfection) est totalement particulier à l’école nyingma (et à la tradition bön). Ce sont les instructions ésotériques de cette tradition.

Il est dit que l’origine « ultime » de la grande perfection est Samantabhadra, le bouddha primordial, le dharmakaya. Il fut révélé en Inde par le sambhogakaya bouddha Vajrasattva au premier maître humain, Garab Dorjé (skt. Prahevajra, tib. dga’ rab rdo rje). Celui-ci transmit les enseignements de la grande perfection à Manjushrimitra qui les organisa en trois séries  semdé, longdé et mengagdé. L’élève de Manjushrimitra, Sri Simha approfondit cette classification et transmit les enseignements à Jnanasutra et Padmasambhava. Jnanasutra donna les enseignements à Vimalamitra. Padmasambhava et Vimalamitra sont les deux plus grands enseignants de la grande perfection au Tibet. Les tantras du dzogchen, codifiés par les anciens maîtres indiens, furent traduits en tibétain au VIIIème et IXème siècle. On les retrouve aujourd’hui dans la collection des tantras de nyingma et dans les préceptes transmis (bka' ma). En tibétain, atiyoga est traduit par shin tu rnal ' byor, le plus haut des yogas, parce que c’est le point culminant de l’étape de perfection des phases de création et perfection, et parce que c’est le sommet de tous les véhicules.

 

Concernant l’essence, ce sont les moyens habiles dans lesquels la vérité de la bouddhéité primordiale est directement libérée. Elle est dotée d’une nature libre de renonciation, acceptation, espoir et doute. L’atiyoga est introduit par l’initiation de « l’énergie expressive de la connaissance » (tib. rig pa'i rtsal dbang). L’entrée effective est le fait que l’on entre dans rien du tout.

 

Puisqu’en ce qui concerne la doctrine

Il n’y a rien qui doit être fait,

On y entre sans effort.

 - Le roi tout accomplissant -

 

Concernant la vue, il est affirmé que toutes choses, résumées par les apparitions de l’existence, samsara et nirvana, sont la bouddhéité primordiale suprême sans effort, dans l’essence du corps de réalité naturellement présent, et la connaissance immaculée.

Les enseignements dzogchen coïncident avec ceux du prasangika en affirmant qu’aucune entité n’existe « de manière inhérente », même d’un point de vue conventionnel. Mais les termes et concepts utilisés par le dzogchen divergent complètement de ceux utilisés couramment par le prasangika et les textes canoniques du troisième tour de la roue du dharma, et dans les écoles philosophiques telles que yogacara, madhyamaka-svatantrika-yogacara et les sous-écoles zhentongpa et mahamadhyamika. En exemple, le concept et terme svasamvedana (conscience spontanée non duelle, tib. rangrig).

 

Les divisions du dzogchen

 

La catégorie de l’esprit pour ceux dotés d’un esprit conceptuel,

La catégorie de l’espace pour ceux dotés d’un esprit semblable à l’espace,

Et la catégorie de la transmission directe pour ceux qui n’ont pas besoin de s’efforcer par étape.

 

- La collection suprême -

 

On trouve la série de l’esprit (sem sde) qui est l’absorption dans la disposition du corps de bouddha de la réalité, la série spatiale (klong sde) qui est l’absorption dans la disposition de la réalité sans activité ni effort et la classe des instructions ésotériques (man ngag sde) qui est l’absorption dans la disposition de la réalité libérée primordialement et dépourvue de rejet et d’acceptation.

 

La méditation de la grande perfection

 

Elle est divisée en deux grandes catégories, « trancher la rigidité » ou trancher la résistance, trekchö (khregs chod) et « l’approche directe » ou réalisation qui surpasse tout, tögal (thod rgal).

 

Trekchö, trancher la rigidité

 

Demeurant dans quatre modes de libération, la conscience apparaissant naturellement

Est reconnue, et déterminée avec confiance.

Pour l’amélioration, on pratique le yoga tel que le triple ciel.

 

Dans trekchö, le yogi voit au-delà des apparitions pour percevoir l’esprit pur primordial. Il ne laisse pas apparaître la pensée discursive, permettant ainsi à la conscience primordiale de briller à travers les obstructions mentales. Ce faisant, il perçoit la réalité, de la perspective de la conscience non duelle des êtres éveillés.

 

Tögal, l’approche directe

 

Dans le mandala du ciel vide

Quatre lampes naturelles

Se manifestent clairement par la nature ultime sans entraves.

 

- [Rig pa] rang shar [chen po'i rgyud] -

 

En s’appuyant sur les six essentiels (tib. gnad drug)[1], les quatre apparitions visionnaires[2] apparaissent progressivement et le but est réalisé.

En terme de conduite, elle est sans acceptation ni rejet parce que tout ce qui apparaît s’élève en tant que représentation de la réalité.

Le but est atteint en restant dans l’instant présent de la reconnaissance du spontanément parfait Samantabhadra. En atteignant les limites des quatre assurances (tib. gding bzhi)[3], le samsara est libéré dans le nirvana. Par cette technique, le pratiquant acquière deux sortes de pouvoir : le contrôle de la naissance[4] et le contrôle de l’émergence[5] (tib. skye ' jug).

 



[1] Les trois supports essentiels du corps (tib. bca' ba lus kyi gnad gsum) : les positions du lion, éléphant et sage, et les trois essentiels qui guident les yeux en direction de l’espace (tib. ' khrid pa dbyings kyi gnad gsum) : les trois fixations en haut, sur les cotés et en bas qui dirigent les yeux, respectivement, vers l’étendue du corps de bouddha de réalité, le corps de bouddha de parfaite extase et le corps d’émanation.

[2] La perception directe de la réalité (tib. chos nyid mngon sum gi snang ba), augmentation de l’expérience contemplative (tib. nyams gong ' phel ba'i snang ba), atteindre la limite de la connaissance (tib. rig pa tshad phebs kyi snang ba) par la perception de la conscience pure et la cessation de l’attachement à la réalité (tib. chos nyid du ' dzin pa zad pa'i snang ba) par la dissolution dans la nature de la réalité.

[3] 1) ne pas avoir peur des existences malfaisantes, 2) ne pas avoir besoin de désirer la maturation de la cause et du résultat, 3) étant libéré sur la base de la réalité, ne pas avoir besoin de désirer l’objet de réalisation et 4) notre grande joie est purifiée dans l’identicité parce qu’on a atteint la base où les bouddhas ne sont pas différents de la connaissance qui est notre essence.

[4] Le contrôle sur la naissance permet au pratiquant de dissoudre les éléments du corps dans la lumière afin de  faire beneficier les êtres.

[5] Permet de transcender le monde physique et son apparition. Le pratiquant, en dissolvant le corps dans la lumière, se mélange avec la sphère de la réalité et peut ainsi, pour le bénéfice des êtres, travailler en tous lieux et tous temps.