Un lecteur du blog me pose cette question :

 

"Bonjour José,

Tu dis dans le billet Qu’est-ce que le moi finalement ? "En cessant nos vains efforts pour être quelqu’un....".

Il me semble que c'est possible quand on est en vacances... Ca semble compliqué "d'abandonner" ce quelqu'un quand on travaille en entreprise par exemple... ou bien on accepte d'être relégué uniquement à des "tâches subalternes" et subir ce regard condescendant voire méprisant des collègues. Certes on peut être libre mais on ne change pas l'attitude des autres. "Ne plus être quelqu'un même dans des proportions raisonnables" c'est être prêt à être rejeté avec toutes ses conséquences.

Pour conclure à l'emporte pièce : Cesser d'être quelqu'un c'est possible pour les retraités, les nantis, ceux dont le métier ne les expose à aucune pression."

 

Bonjour

Ne pas se prendre pour quelqu'un signifie vivre à partir de l'espace vide qui n'a aucune caractéristique individuelle. C'est être conscient que le monde est vu à partir d'une immense transparence éveillée, où en effet il n'y a personne.

Bien sûr, pour les autres, je suis quelqu'un : José Le Roy, professeur de philosophie par exemple...Mais cela c'est l'histoire de mon personnage public, de mon apparence humaine.

Ici, au centre, je suis libre de ces déterminations. Je suis quelqu'un pour les autres, et personne pour moi-même.Cela me rappelle la phrase de ce moine zen : "De l'extérieur un moine, de l'intérieur le ciel".

De l'extérieur, un professeur de philosophie, de l'intérieur, la vacuité.

Il ne s'agit pas d'être personne pour les autres, de se laisser mépriser, rabrouer, humilier...Il s'agit de voir qu'on est personne pour soi-même. Tu as deux identités: une identité périphérique : un individu; une identité centrale, un espace conscient. Ne mélangeons pas les deux.

Il y a deux erreurs à éviter :

-Faire de mon identité périphérique, mon identité centrale : croire que je suis seulement cet individu dans le monde.

-Nier mon identité périphérique au nom de mon identité centrale : croire que mon humanité individuelle a disparu et que l'individu n'est personne.

L'individu existe mais il est périphérique. Au centre, il y a l'Ouvert.

La vie consiste à vivre ces deux dimensions de nous-même, en même temps, et cela est possible partout tout le temps, pas seulement en vacances, pas seulement pour les nantis. En fait,tu es la Vacance Eternelle.

Il ne s'agit pas d'aller dire aux autres : "Eh les gars, au centre, je ne suis personne". Non, tu vis cette réalité en secret, pour toi-même. Tu disparais en faveur des autres. Ce qui ne signifie pas que tu laisses les autres "marcher sur ton individualité". Non, tu trouveras comment faire. Tu agiras à partir de cette liberté intérieure, et de cette immense espace secret et qui est désormais ta ressource. Tout sera plus fluide, plus simple, plus joyeux. Pas  besoin de se retirer dans une salle de méditation, le monde entier est ma salle de méditation.

Et je trouve d'ailleurs qu'il est passionnant de vivre l'éveil dans le monde, avec une vie de famille, un métier, des obligations...Incarner cette liberté transcendante dans l'immanence et les limites d'une individualité est bouleversant; quelle aventure extraordinaire !

amicalement

jlr