Le livre de Steve Taylor

S'éveiller, Pourquoi les expériences d'éveil surviennent-elles et comment les rendre permanentes?

est sorti en 2011 (éditions Le Dauphinc Blanc), mais à l'époque je ne l'avais pas vu en librairie. C'est mon ami le philosophe Bruno Giuliani qui me l'a signalé. C'est un livre très intéressant qui cherche à décrire l'éveil avec beaucoup de précision.

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Voici par exemple un  passage sur les enfants qui me touche particulièrement. Quand j'étais enfant, j'avais une grande proximité avec l'Ouvert et ma vraie nature, notamment lorsque je jouais dans la campagne dans la ferme de ma grand-mère en Bretagne.

Steve Taylor pense, à juste titre, que les enfants ont un ego moins fort, moins structuré, et vivent dans un monde moins duel que les adultes.

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"Les êtres humains ne naissent pas dotés d'un ego. Selon le psychologue du développement Jean Piaget, les bébés ne com­mencent à développer une conscience d'eux-mêmes qu'à six mois environ. Dès lors, l'ego se développe très lentement, devenant de plus en plus puissant alors que nous passons de l'enfance à l'adolescence, pour ensuite devenir pleinement formé sur le plan structurel vers la fin de l'adolescence. Du fait de la délicate structure de leur ego, les enfants - plus particulièrement les jeunes enfants - expérimentent certains aspects de l'éveil.

Plusieurs poètes et auteurs se souviennent de leur enfance comme d'une période de bonheur et de conscience accrue. Fameux entre tous, William Wordsworth décrit son enfance comme un temps où le monde était « nimbé d'une lumière céleste » avec « la gloire et la fraîcheur d'un rêve ». Un autre poète mystique, Thomas Traherne, décrit la sienne comme un état d'extase constante, quand « tout semblait nouveau, et même étrange d'abord, indici­blement rare, et aussi beau que merveilleux».

Il ne s'agit pas simplement ici de romantisme. J'ai déjà suggéré que les enfants sont conscients de l'estité (l’être) et de l'éclat de la réalité. Quiconque a de jeunes enfants aura sûrement été frappé par l'intensité de leur perception. En fait, c'est l'un des meilleurs côtés de la paternité-maternité : vos enfants vous enseignent à être à nouveau émerveillé par le monde. Animés d'une insatiable curiosité, ils sont aussi étonnés que fascinés par toutes sortes de choses « banales », auxquelles la plupart des adultes font rarement attention et considèrent comme normales. Leur expérience semble tellement plus réelle que la nôtre et le monde leur apparaît d'autant plus lumineux, pittoresque, complexe et de toute beauté.

Plusieurs psychologues du développement l'ont remarqué.

Ernest Schachtel, entre autres, croit que les enfants perçoivent le monde ambiant de façon très directe et immédiate, qu'ils sont complètement ouverts à son estité, l'esprit non obscurci par la familiarité ou les concepts. (C'est ce qu'il appelle la perception allocentrique.) Cependant, en devenant adultes, ce que Schachtel appelle l'autocentricité secondaire commence à prendre la relève. L'estité des objets devient moins importante au fur et à mesure que nous les voyons en fonction de leur utilité et à travers un voile de familiarité'". Résultat : nous perdons ce que la psychologue du développement Jane Loevinger décrit comme le « plaisir de l'enfant au contact sensuel du monde». Alison Gopnik l'énonce de façon plus directe : «Je crois que les bébés et jeunes enfants ont en fait une conscience accrue et plus vivante du monde extérieur et de leur vie intérieure que celle des adultes ... Je pense que, pour les bébés, chaque jour est comme leur premier amour à Paris. »

Des chercheurs comme Edward Hoffman et Edward Robinson ont accumulé plusieurs exemples d'adultes se souvenant des émotions et des visions spirituelles de leur enfance (j'en ai déjà cité quelques-uns). Certains se rappellent avoir vécu de telles émotions alors qu'ils n'avaient que trois ans, bien qu'elles soient plus courantes entre les âges de cinq à quinze ans, Et leur compilation retrace les souvenirs de nombreuses personnes appa­rentés à la forme d'intensité perceptuelle décrite par Gopnik. Une personne parle d'une « perception claire, presque comme un radar» et d' « une relation plus directe avec les fleurs, les arbres et les animaux ». Une autre cite la description de l'auteur victorien John Ruskin, qui écrivait que durant son enfance il avait « une perception continuelle du caractère sacré de la nature entière - de la plus petite chose à la plus grande».

Steve Taylor

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