Un extrait de "I am That", de Nisargadatta Maharaj,

Chapitre 34,

traduction Alain Porte

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"Maharaj.  L’être n’a nul besoin d’être mis au repos. Il est la paix elle-même, sans besoin d’être en paix. L’esprit est agité. Tout ce qu’il connaît est l’agitation, avec nombre de variétés et de degrés . L’agréable est jugé supérieur et le désagréable est dévalué. Ce que nous nommons progrès est simplement le passage du désagréable à l’agréable. Mais les changements ne peuvent par eux-mêmes nous conduire à l’immuable, car ce qui a un commencement  doit avoir une fin. Le réel ne commence pas, il se révèle seulement  sans commencement et sans fin, imprégnant toute chose, tout-puissant, immuable, précurseur initial, éternellement sans changement.

Question. Alors, que faut-il que l’on fasse ?

M. Par le yoga vous avez accumulé connaissances et expérience. On ne peut le nier. Mais tout cela, à quoi vous sert-il ? Yoga signifie union, assemblage. Qu’avez-vous réuni, assemblé ?

Q. J’essaie d’assembler la personnalité et l’être réel.

M. La personnalité (vyakti) n’est qu’un produit de l’imagination. Le soi ( vyakta) est la victime de cette imagination. Vous prendre pour ce que vous n’êtes pas, c’est ce qui vous enchaîne. On ne peut pas dire que la personne existe de son propre chef ; c’est la moi qui croit qu’il existe une personne et qui a la conscience de l’être. Au-delà du soi ( vyakta ) se trouve le non-manifesté (  avyakta ), la cause sans cause de toute chose.  Parler de réunir la personne et le moi n’est pas juste, parce qu’il n’y a pas de personne, uniquement une image mentale attribuée à une fausse réalité, par conviction. Rien n’a été divisé et il n’y a rien à réunir.

Q. Le yoga aide dans la recherche et dans la découverte de soi.

M. Vous pouvez trouver ce que vous avez perdu, mais pas ce que vous n’avez pas perdu.

Q.  Si  je  n’avais rien perdu, j’aurais déjà été réalisé. Or je ne le suis pas. Je suis en recherche. Ma recherche n’est-elle pas une preuve que j’ai perdu quelque chose ?

M. Elle prouve seulement que vous croyez avoir perdu quelque chose. Mais qui le croit ? Et  que croyez-vous avoir perdu ? Avez-vous perdu quelqu’un comme vous-même ? Quel est l’être  que vous recherchez ? Qu’espérez-vous exactement trouver ?

Q. La véritable connaissance de moi-même.

M. La véritable connaissance de soi-même n’est pas une connaissance.  Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez découvrir par la recherche, en regardant partout. On ne peut le trouver dans l’espace ou dans le temps. La connaissance n’est que mémoire, structure de pensée, habitude mentale. Toutes ces données sont animées par le plaisir et la  souffrance. C’est parce que vous êtes tenaillé  par le plaisir et la souffrance que vous êtes en recherche de connaissance. Être soi-même est au-delà de toute motivation. Vous ne pouvez pas être vous—même pour une raison quelconque. Vous êtes vous-même, aucune raison n’est nécessaire.

Q . En pratiquant le yoga, je trouverai la paix.

M. Peut-il y avoir une paix en dehors de vous-même ? Parlez-vous à partir de votre propre expérience ou seulement à partir de livres ?Votre savoir livresque est utile au début, mais il doit être rapidement abandonné au profit de l’expérience directe,  qui, en raison de sa nature même, est intraduisible. Les mots peuvent aussi avoir un effet destructeur, des mots dérivent des images, qui dont détruites par des mots, Vous vous êtes identifié à votre état actuel en verbalisant votre pensée. Vous devez en sortir de la même façon.

Q. J’ai atteint un degré de paix intérieure. Dois-je le détruire ?

M. Ce qui a été atteint peut être de nouveau perdu. C’est seulement quand vous accédez à la paix véritable, la paix que vous n’avez jamais perdue, que la paix restera toujours avec vous, car car elle n’a  jamais été absente. Au lieu de vous mettre en quête de ce que vous n’avez pas, pourquoi ne pas trouver ce que vous n’avez jamais perdu ? C’est ce qui est là avant le commencement et après la fin de toute chose. L’état immuable, que ne peuvent affecter ni la naissance ni la mort d’un corps ou d’un esprit, c’est cet état que vous devez percevoir."

traduction Alain Porte