Alain Porte a retraduit le chapitre 33 du livre anglais I am That , de Nisargadatta Maharaj. En voici un premier extrait.

Alain a eu la chance de rencontrer Nisargadatta chez lui à Bombay et d'entendre ces enseignements.

Merci à Alain pour cette traduction.

L'extrait fait écho au texte de Catherine Harding posté hier.

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"Question. J’ai en moi la conviction : ‘Je suis le corps’. Bien, je vous l’accorde, Je ne parle pas à partir de la sagesse. Mais le sentiment de se sentir soi même le corps, corps-pensée ou pensée-corps, ou même pensée pure, quand cela a-t-il commencé ?

Maharaj . Vous ne pouvez pas parler de commencement de la conscience. L’idée même de commencement et le temps sont à l’intérieur de la conscience. Pour parler de façon sensée du commencement de quelque chose, vous devez vous en écarter, et au moment où vous vous en écartez, vous vous rendez compte alors qu’il n’y a rien de tel, qu’il n’y a jamais eu rien de tel. Il y a seulement la réalité, où aucune ‘chose’ n’a d’existence propre. Comme les vagues sont inséparables de l’océan, ainsi toutes  les existences sont enracinées dans l’être.

Q. Mais le fait est que c’est ici et maintenant que je vous demande quand a surgi le sentiment  ‘Je suis le corps’. À ma naissance ? Ce matin ?

M. Maintenant.

Q. Mais je me rappelle l’avoir éprouvé également hier.

M. Le souvenir d’hier a lieu seulement aujourd’hui.

Q. Mais c’est bien dans le temps que j’existe. J’ai un passé et un futur.

M. C’est votre manière de l’imaginer – maintenant.

Q. Un commencement a forcément dû avoir lieu.

M. Maintenant.

Q. Et qu’en est-il de la fin ?

M. Ce qui n’a pas de commencement ne peut finir.

Q. Mais je suis conscient de ma question.

M. À une fausse question on ne donne pas de réponse. On ne peut la regarder que comme fausse.

Q. Pour moi elle est réelle.

M. Quand vous est-elle apparue réelle ? Maintenant.

Q. Oui, elle est tout à fait réelle pour moi – Maintenant.

M. Qu’y a-t-il de réel dans votre question ? C’est un état de pensée. Aucun état de pensée ne peut avoir plus de réalité  que la pensée elle-même en possède. La pensée est-elle réelle ? Ce n’est qu’une collection d’états, tous transitoires. Comment considérer comme réelle une succession d’états transitoires ?

Q. Comme des perles sur une corde, les événements succèdent aux événements – continuellement.

M. Ils sont tous rattachés à l’idée fondamentale : ‘Je suis le corps’. Mais cela est un état de pensée et il ne dure pas. Il vient et va comme les autres états. L’illusion d’être le corps-pensée n’existe qu’en raison de l’absence d’investigation. L’absence d’investigation est le fil sur lequel sont attachés tous les états de pensée. C’est comme l’obscurité dans une pièce fermée. L’état de pensée est là – en apparence. Mais quand la pièce est ouverte, où va-t-il ? Nulle part, car il n’était  pas dans la pièce. Tous les états d’esprit, tous les noms et toutes les formes de l’existence sont enracinés dans l’absence d’interrogation, dans l’absence d’investigation, dans l’imagination  et la crédulité. Il est juste de dire ‘Je suis’, mais dire ‘Je suis ceci, je suis cela’ traduit un manque d’interrogation, un manque d’examen de la faiblesse mentale  ou de la léthargie."

Nisargadatta Maharaj, I am That, traduction Alain Porte, octobre 2016