Mon ami Jean-Louis Accarias publie un nouveau livre d'Alain Porte sur Jean Klein avec des inédits de Jean Klein.

Alain Porte l'a très bien connu et nous livre ici un beau témoignage.

jlr

Jean Klein Une présence

« Le véritable bonheur, c’est l’état
de conscience
sans référence à rien, sans objet,
où la conscience jouit de l’immense
absence qui la remplit. »
Emil Cioran

 

COUV

 

 

"Je me souviens d’un tête-à-tête avec Jean Klein dans un appartement donnant sur les toits, en plein Paris. Les rayons d’un soleil couchant baignaient la pièce spacieuse et mansardée. Près de son fauteuil, sur une table basse, dans un vase aux reflets de nacre, quelques roses aux pétales blancs ourlés de carmin. Le silence se prolongeait et devenait proche de la rupture, ce qu’il est toujours insolite de vivre. On se sent vite tétanisé par le mutisme. Peut-être n’est-il pas nécessaire d’avoir quelque chose à dire pour posséder une bonne raison de se taire. Au bout d’un temps dont je ne sais plus la durée, Jean Klein a semblé émerger d’une longue rêverie intérieure. Il s’est à demi tourné vers moi avec
sur les lèvres un sourire d’une sérénité gourmande ; quelques bruits de gorge ont précédé ses paroles ; il a levé ses mains de violoniste aux doigts si fins, il a doucement frotté l’une contre l’autre ses dernières phalanges, puis il a murmuré plus qu’il n’a dit, comme si sa voix était le soupir d’un silence : « Voyez-vous, la non-dualité, je la ressens jusque dans le bout de mes doigts. »

Alain Porte

Extraits de Jean Klein, Une présence

"–Jean Klein : Nous avons introduit l’expression « sans tension » ce matin. Il s’agit bien d’une attention sans intention. Lorsqu’il y a des intentions, il y a tension. La question du « qui suis-je ? » se pose très souvent chez un homme sérieux et digne de ce monde. Qui suis-je ? Après avoir regardé dans toutes les directions, dans toutes les poches, dans tous les coins, on ne peut trouver une réponse. Toute recherche est abandonnée, parce qu’il n’y a rien à trouver. Automatiquement, vous arrivez à un arrêt. On abandonne la recherche. Le chercheur est le cherché. C’est évidemment un moment extraordinaire. Tous les efforts, toutes les énergies voulaient se diriger vers le trouvé et lorsqu’on se rend compte qu’on a cherché partout et qu’il n’y avait rien à trouver, c’est un arrêt qui est très créatif. C’est une énergie qui se dirige spontanément sur le chercheur. Et on se trouve dans une direction complètement opposée, et toutes les énergies sont dirigées vers le chercheur. Et cette énergie, on ne peut pas l’évaluer. Le chercher est donc totalement abandonné ; il n’est pas abandonné, il s’abandonne... Avez-vous quelque chose à me demander ?

 – Question : Monsieur Klein, s’il n’y a rien à trouver, rien à chercher, pourquoi ce passage obligé auprès du maître ?

Jean Klein : Vous dites qu’il n’y a rien à chercher parce qu’il n’y a rien à trouver. Quand vous constatez qu’il n’y a rien à chercher, rien à trouver, alors que se passe-t-il ? La personne répond :

– Je n’ai pas encore constaté, mais apparemment : rien...

Jean Klein: À ce moment-là, vous réalisez que celui qui cherche est le trouvé.
La personne reprend :
– S’il vous plaît, est-ce que vous pourriez me répéter votre dernière phrase ?

Jean Klein: Après avoir été ouvert à toutes les directions, toutes les possibilités, que vous avez cherchées, et que vous n’avez pas trouvées, il y a à ce moment-là un état d’abandon, un lâcher-prise total. C’est un non-état.

– Est-ce qu’on peut comprendre que celui qui cherche, qui veut trouver, et ce qui est à trouver sont la
même chose ? Ce que l’on cherche et ce que l'on est, est-ce la même chose ?

Jean Klein: Aucun langage ne peut vous l’expliquer.

– Monsieur Klein, est-ce que vous pourriez préciser, approfondir, la connaissance de soi, je veux dire par là la descente profonde dans ce que l’on appelle l’inconscient au sens freudien ?

Jean Klein : À un moment donné, vous arriverez à un « je ne sais pas ». Un « je ne sais pas » où il n’y a vraiment rien à savoir. Lorsqu’il n’y a rien à savoir, il y a une expansion. Ce n’est pas un rétrécissement, ce n’est pas une tension, c’est une expansion. Vous allez sentir ce que j’appelle : une vacuité universelle... C’est une vacuité qui dépasse le négatif et le positif, c’est un vide total. Et un plein.

– Peut-on voir d’un seul coup d’oeil tout le contenu de la conscience et s’en libérer ?

Jean Klein : Cela se passe instantanément.

– Et vous, Monsieur Klein, ce que vous proposez, c’est d’observer ?

Jean Klein : Il n’y a plus d’observation. L’observateur est l’observé, l’observé est l’observateur."