Nous publions un nouveau livre chez ALmora ce mois-ci

Les voies de l'hindouisme

de Stephen Cross

Une introduction simple et claire à l'Hindouisme

IMG_0001

IMG_0002

 

Auteur

Stephen Cross est membre de la prestigieuse Royal Asiatic Society d’Angleterre. Il est à la fois un pratiquant de l’hindouisme et un universitaire ce qui lui permet de joindre son immense culture de l’hindouisme et sa pratique dévotionnelle. Il est aussi l’auteur d’un remarquable livre sur les liens entre Schopenhauer et la pensée indienne (Schopenhauer's Encounter with Indian Thought: Representation and Will and Their Indian Parallel,  University of Hawai Press, 2013) Il vit à Sydney en Australie.

Sommaire

Introduction

Chapitre Un : L’Arrière-Plan Védique

Chapitre Deux : Le Sacrifice et les Upanishads

Chapitre Trois : Les Dieux Hindous :  La Trimurti

Chapitre Quatre : La Vision du Monde Hindoue: Samkhya et Yoga

Chapitre Cinq : Le vedanta : la voie de la connaissance

Chapitre Six : La nature de l’homme : re-naissance et karma

Chapitre Sept : Le mouvement bhakti

Chapitre Huit : La tradition tantrique

Chapitre Neuf : Le rôle du gourou

Chapitre Dix : Conclusion

Notes et Références

Glossaire

 

Extrait

La philosophie de Shankara

"Le Védanta ne s’intéresse pas à la cosmologie ou aux processus de la création.  Il considère toutes ces combinaisons comme des symboles ou des mythes, et à leur propos, il s’accommode d’emprunts faits aux traditions du Sankhya et du Yoga.  Ce qui intéresse les penseurs du Védanta, c’est le statut du monde en tant que réalité, et la véritable nature du soi: la question, Qui suis-je? Devient d’une importance centrale.  "Les êtres nobles’ écrit Shankara ‘les chercheurs de libération, ne s’intéressent qu’à la réalité ultime, non pas à des spéculations inutiles sur la création.  De ce fait, les diverses théories sur la création ne proviennent que de ceux qui croient dans la doctrine selon laquelle la création est réelle.’"

Le principe selon lequel rien de ce qui change ne peut, au sens ultime et final, être réel est largement accepté dans la pensée indienne.  La réalité n’est pas quelque chose qui survient et qui cesse.  Elle demande une stabilité d’être; comme le déclare la Bhagavad Gita: ‘Le non-être n’accède pas à l’existence, l’être ne cesse pas d’exister.  La démarcation entre ces deux domaines est évidente pour ceux qui ont l’intuition de la réalité.’   Cette façon de voir diverge des habitudes de pensée occidentales.  En Occident, la réalité est généralement assimilée à l’expérience que les sens nous transmettent.  C’est d’abord et avant tout le monde matériel – dur, solide, objectif, ‘là-bas,’ indépendant de nous.  Ce point de vue remonte au moins à Aristote et, bien que la physique moderne ait quelque peu entamé cette façon de voir, celle-ci continue de dominer.  Ce n’est absolument pas le point de vue de Shankara.  Pour lui, le monde matériel – le monde de la croissance et de la dégénérescence, du flux et du changement incessants – est précisément ce qui n’est pas réel.

Tout ce qui possède une forme est soumis au changement.  Cette forme possède une certaine stabilité d’être et donc une réalité provisoire, mais tôt ou tard elle changera et ainsi révélera sa nature irréelle.  Et si l’univers tout entier est soumis au changement, cela signifie seulement que la réalité elle-même, la Réalité finale et absolue doit reposer quelque part dans un autre mode d’être.  C’est pourquoi la philosophie de Shankara est appelée Advaita Védanta ou ‘la Non-Dualité’.  Cela signifie que la réalité absolue se trouve dans un ordre d’être différent, hors de la dualité du mode de connaissance sujet-objet.  Ce mode de connaissance ordonne normalement la totalité de notre expérience; il est caractéristique du soi individuel et de son principal instrument, le mental.  Le message de Shankara, est donc radical: le monde qui nous entoure et l’individu humain qui en fait l’expérience sont tous deux en fin de compte irréels.

Shankara cherche à supprimer l’ignorance où nous sommes de notre propre nature, une ignorance qui nous maintient attachés au monde phénoménal, en écartant les obstacles que nous nous sommes imposés et qui nous séparent d’une appréhension immédiate de notre réalité profonde.  Ces idées sont présentes dans les Upanishads; mais les Upanishads, bien que contenant des intuitions profondes, offrent les pensées d’un grand nombre de sages différents et ne suivent aucun ordre particulier.  L’objectif du Védanta est d’en tirer un système philosophique.  Pour cette école de pensée, il ne s’agit pas tant d’accroitre la foi dans les dieux, que d’accroître notre scepticisme quant à la réalité du monde et du soi individuel qui en fait l’expérience."