Hier j'ai écouté la très intéressante conférence de Colette Poggi à Paris dont le thème était : L'expérience du Réel chez Abhinavagupta.

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Colette Poggi

Abhinavagupta est un philosophe indien du 10ème, 11ème siècle et appartient à la tradition qu'on appelle Shivaïsme du Cachemire.

La réalité pour Abhinavagupta est la Conscience, et sans elle il ne peut y avoir d'ailleurs aucune expérience du tout.

Pour faire l'expérience de cette conscience, Colette nous a rappelé qu'il s 'agit d'opérer un retour vers le coeur de la conscience elle-même, d'opérer une véritable métanoïa. Il faut passer de la circonférence du cercle à son centre, là où la conscience se reconnait (d'où le nom de ce courant de pensée : pratyabhijna : reconnaissance)

Cette conscience est dynamique, vibratoire et le monde des apparences en est sa manifestation. Colette Poggi a bien distingué la conscience du Shivaïsme avec la conscience dans l'advaita vedanta : pour le premier la conscience est agissante et vibrante ; elle est comme un danseur qui produit le monde par son jeu; pour le second, la consciente est non-agissante, impassible.

La conscience est l'Acte supême ainsi que la Parole suprême, elle scintille; et le monde est tissé par sa vibration qui est la vie même de la conscience.

Shiva (autre nom de la conscience) produit toutes ces apparences à partir de lui-même sans cause matérielle. Le monde n'est donc pas une illusion puisqu'il est la conscience elle-même dans un certain état de solidification. L'univers est une expression créatrice de Shiva; il n'est pas maya.

Comment goûter ce nectar de la conscience ? Comment jouir de ce bonheur?

Colette a cité ce texte des hymnes d'Abhinavagupta :

"Cette félicité n’est pas comme l’ivresse du vin ou celles des richesses,

ni même semblable à l’union avec la bien-aimée.

L’apparition de la Lumière consciente n’est pas comme un faisceau de lumière

que répand une lampe, le soleil ou la lune.

Quand on se libère des différentiations accumulées,

l’état de bonheur est une allégresse comparable à la mise à terre d’un fardeau,

l’apparition de la Lumière est l’acquisition d’un trésor oublié :

le domaine de l’universelle non-dualité."

Il s'agit donc de déposer le fardeau de son identification  avec l'individu (pashu), de cesser de se contracter. Alors la conscience revient à elle-même et s'épanouit.

Voir cette conscience peut se faire simplement, comme dans l'émerveillement dans un spectacle par exemple.

Ou en retournant son regard vers son coeur.

Pour que cette reconnaissance se réalise, il faut certes une motivation, il faut d'une certaine façon en avoir assez de cette dualité entre soi et le monde, et entre soi et soi.

Et alors on peut réaliser que dans le silence intérieur vibre une conscience d'avant les mots, féconde.

Colette a terminé la conférence en citant ce beau poème de Charle Juliet :

 

"Instants inoubliables
avant que mon regard
s’inverse
vienne m’explorer
dissoudre
ce qui limitait
ou altérait
ma vision

instants inoubliables
que ceux où un œil
plonge en lui-même
rejette ses brumes
saisit en un éclair
la totalité
de ce qu’il est”

Charles Juliet, Ce pays du silence. Trop ardente, Paris, 1992.

 Merci à Claire d'avoir trouvé cette autre conférence de Colette Poggi

Spanda, la Vibration Cosmique