Le Néant n'est pas une notion seulement orientale (shunyatâ) ; on le retrouve dans la philosophie occidentale (néoplatonisme, l'idéalisme allemand...) et la mystique chrétienne.

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Voici des extraits d'Angélus Silésius, tirés du Pélerin Chérubinique.

L'ERRANT CHÉRUBINIQUE (extraits)

 

Il faut passer Dieu même

Où se tient mon séjour ? Où moi et toi ne sommes.
Où est ma fin ultime à quoi je dois atteindre ?
Où l'on n'en trouve point. Où dois-je tendre alors ?
Jusque dans un désert, au-delà de Dieu même (I, 7).

 

On ne saisit pas Dieu

Dieu est un Rien pur, nul maintenant, nul ici ne Le touchent ;
Plus tu cherches à Le saisir et plus II t'échappe (I, 25).

 

Non-chose bienheureuse

Chose heureuse je suis, si je puis être non-chose,.
Inconnue, étrangère à tout ce qui existe (I, 46).

 

La Déité est un Rien

La Déité frêle est un Rien, un Sur-Rien :
Qui rien ne voit en tout, crois-moi, homme, le voit (I, 111).

 

Un abîme appelle l'autre

L'abîme de mon esprit sans cesse appelle avec clameur
Celui de Dieu, quel est, dis-moi, le plus profond ? (I, 68).

 

Dieu hors du créé

Va là où tu ne peux ; regarde où tu ne vois ;
Ecoute où rien ne bruit : tu es où parle Dieu (I, 199).

 

Rien est la meilleure consolation

Rien est la meilleure consolation ; si Dieu se retire,
Le Rien pur te consolera dans la désolation (II, 6).

 

Le calme est égal au Rien éternel

Rien n'est si égal au Rien que solitude et calme ;
C'est pourquoi le veut, autant qu'il veuille, non vouloir (II, 248).

 

Tout vient de ce qui est caché

Qui l'eût pensé ! Des ténèbres vient la lumière.
De la mort vient la vie, du rien le quelque chose (IV, 163).

 

Devenir Rien c'est devenir Dieu

Rien ne devient, qui est ; si d'abord tu n'es rien,
Jamais tu ne naîtras de l'éternelle lumière (VI, 130).