J'ai déjà cité ce texte du maitre tibétain Padmasambhava dans mon livre Petit traité de la connaissance de soi

Je le redonne ici tant il est magnifique et direct.

jlr

padmasambava01

"Dans cette claire vacuité où les pensées passées se sont évanouies sans trace aucune,

Dans cette fraîcheur où les pensées à venir ne sont pas encore :

A l'instant où s'établit le mode naturel sans fabrications,

Voici cette conscience qui, à ce moment, est en elle-même tout ordinaire,

Et dès que vous tournez votre regard nu sur vous-même,

Ce regard qui n'a rien à voir débouche sur la clarté,

La Présence dans son évidence, nue et vive,

C'est une pure vacuité qui n'a été créée d'aucune manière.

Un état inaltéré où clarté et vide sont indivisibles,

Ni éternel puisque rien n'y existe vraiment

Ni néant puisqu'il est clair et vif.

Il ne se réduit pas à l'un, étant présent et limpide en toutes  choses.

Et n'est pas le multiple, car tout y est d'une saveur unique dans l'inséparabilité,

Telle est cette Présence intrinsèque et elle n'est rien d'autre.

(...)

19. Même si on examinait avec attention l'univers entier, il serait

impossible de l'y trouver. Il n'est pas possible de découvrir la bouddhéité en dehors l'esprit.

Quand bien même, ne reconnaissant pas cela, vous rechercheriez l'esprit à l'extérieur,

Comment pourriez-vous vous trouver vous-même en vous cher­chant ailleurs ? Ainsi d'un idiot qui, immergé dans la foule

Et fasciné par son spectacle, se serait perdu lui-même,

Et, ne se reconnaissant plus, se chercherait lui-même partout,

Prenant à tort les autres pour lui-même.

De même, puisque vous ne voyez pas l'état naturel qui constitue la condition authentique des choses,

Vous vous diluez dans le samsara, ne sachant pas que les appa­rences sont l'esprit,

Et, sans voir que le bouddha est votre propre esprit, vous occultez l'au-delà de la souffrance.

Samsara et nirvana sont distincts, compte tenu de la connaissance et de l'ignorance,

Mais, en l'espace d'un instant, la différence entre eux s'abolit.

En les voyant ailleurs qu'en votre esprit, vous vous illusionnez.

Or la méprise et la non-méprise sont d'une unique essence.

Comme il n'est pas établi que la série psychique des êtres est double,

La nature de l'esprit sans artifices se libère quand on la laisse simplement en elle-même,

Mais  si vous n'êtes pas conscient que l'illusion même gît dans l'esprit,

Vous  ne comprendrez jamais ce sens ultime de la Réalité.

Par conséquent, observez en vous-même et par vous-même ce qui émerge et surgit naturellement,

Ces apparences, observez d'où elles surgissent d'abord

Puis où elles résident entre-temps

Et la destination où elles se rendent pour finir.

A l’instar d'un corbeau [qui regarde dans] un puits

Puis s'envole du puits sans y retourner,

Les apparences émergent de l'esprit,

Et, étant surgies naturellement de l'esprit, s'y libèrent.

Cet esprit essentiel vide et clair connaît toutes choses, étant conscient de tout,

Sa clarté et sa vacuité étant indivisibles depuis l'origine, on le compare au ciel ;

Etabli  définitivement en tant que claire évidence de la sagesse née : elle-même,

Il est de fait la Réalité même.

Comprendre ce qu'il est, c'est se rendre compte que toutes les apparences phénoménales de l'existence

Sont connues au sein de votre propre esprit, et que cette nature de l'esprit

Présente et radieuse est comme le ciel.

Toutefois, cet exemple du ciel qui illustre la Réalité

Ne peut être que partiel et provisoire, un simple signe indicateur.

Car la nature de l'esprit est un vide accompagné de présence vive clair en tous ses aspects,

Tandis que le ciel est un vide sans présence, une béance inanimée.

Par conséquent, le véritable sens de l'esprit ne saurait être montré par le ciel.

Reposez donc dans cet état sans aucune distraction !"

p 118, traduction Philippe Cornu, Le livre des morts tibétains

livre en poche !