Nous publions chez Almora un nouveau livre de Jeff Fotser

Tomber amoureux de ce qui est

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Traduction Dominique Anglesio

Jeff Foster est un enseignant spirituel qui nous invite à nous ouvrir totalement à la vie, à lui dire enfin «Oui !» et à embrasser le quotidien dans toutes ses dimensions. 

Une des contributions les plus importantes de Jeff Foster à la spiritualité contemporaine est sa demande sans concession que nous honorions notre humanité et que nous prenions le risque de voir combien la « vie ordinaire » est réellement sacrée. 
En nous ouvrant ainsi à la vie et à l’amour, nous nous réveillons de notre rêve de séparation et pouvons être un avec chaque aspect de notre existence, même les plus inconfortables. 
Avec patience et générosité, Jeff Foster nous guide vers notre véritable identité et nous montre que nous sommes déjà parfaits : il n’y a nul besoin de s’efforcer vers un idéal lointain mais simplement d’aimer l'instant présent tel qu’il est.

Extraits

 

"L’AMOUR UNIVERSEL

 

Avant que je naisse, avant d’avoir 5 ans, 49 ans, 84 ans, avant que je meure

Avant d’être étudiant, avant d’être enseignant, avant d’être artiste, commerçant, docteur, moine, prêtre, fermier, scientifique, chercheur spirituel

Avant d’être chrétien ou bouddhiste

Avant d’être bon ou mauvais, bien ou mal

Avant d’être dans le succès ou dans l’échec

Avant d’être illuminé ou l’inverse

Avant d’être un homme ou une femme

Avant d’être ce corps-ci ou ce corps-là

Avant d’être une personne quelconque

Avant d’être « celui qui sait »

Avant d’être « celui qui ne sait pas »

Avant d’être ceci ou cela

Avant d’être quelque chose

Avant d’être quoi que ce soit

Je suis

Cette non-chose qui admet toutes les choses,

Ce vaste espace ouvert,

Illimité, incompréhensible,

Dans lequel chaque pensée, chaque sensation, sentiment, survient et s’en va,

Comme des vagues sur l’océan,

Toujours présent

Sans changement.

 

Je suis.

La vie elle-même.

Ce mystère.

Création, destruction.

Comme une grosse averse dans l’immensité…

 

Je suis né. L’absolu est relatif. Le temps. L’espace. L’expansion. La contraction. J’inspire et j’expire. Je suce le sein de ma mère. J’ai 5 ans, 49 ans, 84 ans. Je grandis et j’apprends. Je suis étudiant, enseignant, artiste, danseur, commerçant, docteur, mystique, moine, prêtre, fermier, scientifique, aventurier, meurtrier, voleur. Je suis un homme. Je suis une femme. Je suis homo, hétéro, noir, blanc, riche et pauvre, aimé et sans amour.

 

Je suis chaque mère, chaque père, chaque fils, chaque fille. Je suis chaque esclave dans l’ancienne Rome. Je suis chaque enfant dans les rues de Calcutta. Je suis chaque soleil qui meurt. La naissance de chaque étoile.

Je ne peux pas être quelque chose sans être rien du tout.

Je ne peux pas être rien sans être tout ce qui existe.

C’est la crucifixion et la résurrection.

C’est un amour au-delà de la compréhension.

C’est le battement de cœur du cosmos.

Je suis Cela."

 

COMMENT FAIRE FACE AU CHAGRIN

 

J’étais en train de parler avec un ami qui avait d’un coup perdu une personne qui était très proche de lui. Il avait le cœur brisé. Il se sentait nu, exposé, sans protection, vulnérable, vide de réponses, incapable de comprendre les mystères de la naissance, de la mort et de la perte soudaine, incapable de se réconforter avec des clichés. Pourquoi les personnes que l’on aime disparaissent-elles d’un coup ? Pourquoi une telle beauté semble s’évanouir si rapidement ? Pourquoi y a-t-il une telle douleur, et pourquoi une telle grâce ?

        À la recherche de réponses, il avait parcouru le circuit des enseignants spirituels contemporains ; chacun lui avait fait un discours sur la réalité et ce qui est ou n’est pas « au-delà ». L’un d’eux lui avait fait un discours à propos de la réincarnation, un autre à propos de l’expérience sans expérience du sommeil profond et sans rêve, un autre à propos du voyage de l’âme après la mort, un autre à propos de la pure perfection de la conscience pure et non contaminée, et un autre se mit à rire simplement devant ses questions et lui fit sentir qu’il était un idiot et loin d’être illuminé. Aucune de ces réponses ne parlait à son cœur brisé.

        Qui serait allé à sa rencontre au milieu de ce feu déchaîné ? Qui aurait validé sa douleur brûlante et la perte de ses rêves ? Qui se serait, simplement pour un moment, arrêté de lui faire des discours, arrêté de lui dire ce qu’il savait ou croyait être vrai, et aurait simplement fait sa connaissance tel qu’il était ? Qui se serait arrêté de se cacher derrière son rôle d’ « expert spirituel », d’ « enseignant parfait », qui se serait permis d’éprouver du chagrin avec lui, simplement pour un moment ? Qui aurait désiré être avec lui sans protection, vulnérable, ouvert à la vie et à la perte de son image ?

        Amis, sommes-nous prêts à arrêter de prétendre que nous avons les réponses ? Sommes-nous prêts à mettre fin à notre régurgitation incessante de clichés spirituels (« il n’y a pas de moi », « personne ne meurt », « tout est parfait », « il n’y a que l’Unité »). N’est-il pas temps pour nous de nous éveiller de ce rêve de non-dualité, de laisser tomber nos dernières béquilles, de laisser choir ces dernières barrières qui nous séparent de la vérité brute, fragile et précieuse de l’existence, et d’aller vraiment à la rencontre de celui qui nous fait face ?

        Car ce sont nos fils, nos filles, nos mères et nos pères, nos maris, nos femmes et les amis que nous aimons qui sont morts. Nous ne faisons que faire connaissance avec nous-mêmes, et nos cœurs pleurent ensemble, comme ils le doivent. Aucun mouvement vers une réponse n’est nécessaire. Aucune formule éculée à propos de la réincarnation, du karma, du voyage de l’âme et de l’existence ou de l’inexistence de l’après vie ne tiendra ici. Aucun enseignant, aucun étudiant, aucune spécialisation personnelle, ne survivra à cette fournaise de l’intimité.

        Un cœur brisé ne demande pas de discours. Donc retrouvons-nous, maintenant."